lundi 18 avril 2011

THEODECT, pages 89-108: Le Salut; le Saint Esprit




Nouveau texte : loyaux-avec-la foi.blogspot.com



n'abordez pas les rubriques qui suivent sans avoir pris connaissance de la Présentation (pages 5 à 10)

Jacques Gruber
THÉOLOGIE
ET
DÉCONSTRUCTION (sigle : THEODECT)

essai de théologie préfigurative en tout respect
mise à jour de notre langage théologique chrétien
une redécouverte de notre foi
Paris 2011

Working out christian Theology
in regard to our western selfcriticism (namely: deconstruction)
essay on respectful advanced Theology
our christian theological language up to date
rediscovering our faith

Bearbeitung der christlichen Theologie
in Aufmerksamkeit zu unserem abendländischen Selbstkriticismus
(anders gesagt: Dekonstruktion)
Essay über respektvolle Spitzen-Theologie
unsere christliche theologische Sprache auf dem neuesten Stand gebracht
eine Wiederentdeckung unseres Glaubens

si vous reproduisez, copiez ou téléchargez ces textes, je vous demande de porter la mention :
copyright Jacques Gruber, Théologie et déconstruction, Paris 2011
vous trouverez une table des matières à la page 107bis
je répondrai aux commentaires dans la mesure de mes moyens
page 89
SEPTIÈME GROUPE : le temps du Salut
Urgence essentielle (ce qui est urgent pour l’existence ce ne sont pas les choses acces­soires, mais l‘es­sentiel, ainsi, l’essentiel ne se dissocie-t-il pas de l’existentiel). J’emploie cette expression de préférence à celle de « préoccupation ultime » (ulti­mate concern) de Paul Tillich que je trouve abstraite. De préférence aussi à la formule heideg­ge­rienne de « l’être-pour-la-mort » exprimant la déréliction (la fini­tude). Il y a urgence (ris­que, menace, danger et même péril) en ce qui concerne l’essentiel (ce en dehors de quoi rien ne vaut rien ou tout se vaut).
D’habitude nos préoccupations ne sont en rien essentielles, elles s’attachent à l’in­essentiel (non sans une certaine mauvaise foi, car nous comprenons tou­jours, en arrière-plan, que ce n’est pas l’essentiel). Que l’urgence ne concerne plus l’inessentiel, mais l’essentiel, que celui-ci vienne au devant de la scène, que nous lui donnions sa vraie place et sa vraie signification, représente un changement d’atti­tude mental et existentiel. C’est une conversion, sapientielle ou religieuse, au sens général d’épistro­phè, qui devient une méta­noïa par l’effet de la parole* de Dieu biblique. L’ur­gence essentielle n’est pas le propre de cette métanoïa, néanmoins, elle l’accompagne et s’installe désormais de façon durable dans les vies où elle s’est produite.
Le salut est l’urgence essentielle. Par amour propre ou par orgueil, l’être humain refuse d’être sauvé. Nous reconnaissons que la société ou la planète doivent être sauvées, mais nous décidons de ne pas voir que c’est de nous qu’elles doivent être sauvées. « Le salut vient des Juifs » (Jn 4, 22), peuple porteur et garant de la Parole*, il est entraîné par son histoire à se recentrer sur le rite, l’Étude (Talmoud) et l’État d’Israël. Le bouddhisme a rompu avec la migration des âmes et les retours cycliques de création et de destruction de l’hindouisme au prix d’une dé­ré­a­­lisation du monde. Le christianisme, comme l’islam, se laisse piéger par une compréhension to­talisante de l’uni­versalisme. L’humanisme athée où l’être humain ne se regarde jamais qu’à son propre miroir, est toujours dans le problème, jamais dans la solution. Le com­mu­nisme a été sub­mergé par l’histoire dont il pensait s’être rendu maître. L’écologie est en train de s’em­bour­ber dans la géopolitique. Chaque fois, nous nous embourbons un peu plus. Le secours ne peut venir que d’un autre nous-même venant de l’ex­térieur, comme le pilote de l’hé­li­coptère qui fait corps avec son appareil et corps avec ceux qu’il vient tirer de leur bourbier.
EP, p. 129-130, 245 ; VST, p. 243, 39, 59, 61-69, 115, 119, 123-126, 275, 298, 320, 343, 351
Unique nécessaire : Il ne s’agit pas de la présence naturelle de Dieu en notre tréfonds, présence à laquelle nous parvenons après avoir dégagé tout ce qui l’obscurcit (Maurice Blondel), l’unique nécessaire est en rapport avec l’urgence essentielle* (ci-dessus). Il est la rencontre avec la parole* de Dieuk qui nous fait naître à l’urgence* essentielle dans le moment même où elle réagit à cette urgence sur les plans kérygmatique et charisma­tique.
EP, p. 24 26, 28, 75-76, 180 (note), 196 ; VST, p. 115, 119, 123-129, 137, 148, 172, 182, 192, 199, 208, 212 223, 262, 292, 293, 351
Qualification (temporalisation) (qualifying, Qualifikation) : Karl Barth emploie les termes « qualifier », (qualifizieren) « qua­li­fi­cation » (Qualifikation) pour parler de l’actualité du salut, mais, autant que je sache, il ne donne pas d’expli­ca­tions à ce propos. Dans EP et dans VST, je montre en quoi elle consiste et comment elle s’actua­lise. La qualification du salut chrétien consiste dans une temporalisation spécifique. Celle-ci ou bien : a) est l’effet produit par les principes* opposants dans l’algorithme de Luther* (AML) ; ou bien : b) se produit chaque fois qu’a lieu le témoignage intérieur du Saint Esprit* comme parole* de Dieuth ou mo­ment* de l’Évangile* (Calvin).
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La qualification-temporalisation s’actualise par la médiation* de la foi, a) dans l’au­jour­­d'hui* du salut* par la foi* qui change le rapport entre temps* et his­toire ; b) comme cœur nou­veau engendrant les manières* d’être de la vie selon l’Es­prit* (VST 210-232) dont le ren­ver­se­ment* non subver­sif des valeurs fait partie ; c) dans la sortie* des histoires saintes en vue d’un Salut* dans l’his­toire et pour l’Histoire.
Voir Source (Qualité) p. 56.
Coïncidence : L’animisme nous offre une image suggestive d’une vie, non pas tant dans le mythe que dans la coïncidence. Au bout d’un certain nombre d’années, la sédenta­ri­sation du peuple Sanema (Amazonie, rives de la rivière Caura) a engendré une pénurie de viande. L’un des indiens explique ceci : « Nos grands parents prenaient plus de gibier parce qu’ils rêvaient plus des animaux. Quand ils avaient rêvé d’un animal, il se présentait à eux dans la journée » (note 1). Non seulement tout se tient, mais tout coïncide. L’être humain et les autres êtres (vivants ou morts) existent dans une contiguïté essen­tielle (utilitaire et salu­taire) qui s’effectue par le rêve, l’hallu­ci­na­­tion, la transe, au moyen de toutes sortes de « man­cies », de pratiques ma­giques, de sorts, d’astrologie, voire dans la psychose.
La coïncidence est à la fois un but universel et plénier auquel on aspire et les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Comme complétude, coïncidence des opposés, adéquation des mots et des choses, des paroles et des actes, comme preuve onto­lo­gique, cogito cartésien, perfection ou idée de parfait, comme théanthropie, plénitude, union mys­tique, animisme, panthéisme, universel concret, c’est un thème humain récurrent (logique, éthique, méta­phy­sique, reli­gieux).
La Coïncidence, complétude universelle, est le résultat de la sublimation dans un Empyrée impersonnel non tant de notre désir que de ce qu’il y a de meilleur en nous. Elle corres­pond au Dieu dénoncé comme n’étant qu’une projection de l’Homme (hégé­lia­nisme de gauche) ou une aliénation sociale (marxismes). En réalité, c’est l’Idole muette.
Notre’expérience commune de la coïncidence est l’échec, nous sommes dédiés à une coïncidence non conclue. Pourtant, les échecs ne suffisent pas à nous en dé­tour­ner parce qu’elle est une valeur, sans doute même La Va­leur*, parce qu’elle consacre l‘unité du multiple, du différent, du disparate, des contradictoires, ce qui est peut être l’aspi­ra­­tion hu­maine fondamentale (le desiderium qui ne se confond pas avec la libido).
J’oppose coïncidence et médiation (note 2). Cette dernière est l’autre moyen de com­mu­nier avec la Valeur* (de quelque Nom que nous la nommions : Un, Sagesse, Dieu, Idéal, Ab­so­lu, Infini, Des­tin, Ciel, Éternité, Paradis, Ré­a­li­té ultime…). Dans ce domaine, d’ailleurs, il faut distin­guer entre médiation, média­ti­sa­tion, médiations immanentes, immé­diateté-instanta­né­isme (voir Médiation de la foi, ci-dessous ; Unité, p. 110).
Lorsque nous nous posons les questions de fond (irréductibles*33) basiques), nous nous situons entre ce qui est Premier* et Dernier, entre un plancher constitué par nos diverses terres fermes et un plafond auquel je donne ce qui me parait être son vrai nom : la Coïncidence d’où nous déduisons la Valeur*..Voir Éléments de méthodologie, p. 42.
VST, p. 186-191.
(1) Documentaire diffusé sur France 5, le 20 novembre 2009, 10.15.
(2) Ce sont le titre et le sujet de ma thèse de doctorat en théologie (Institutu protestant de théologie, Montpellier, 1995).
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Médiation de la foi (mediation by faith, Glaubens Vermittelung) médiatisation (me­dia­tisation, Zwischenstehen), médiations immanentes (secular mediations ; weltinnen Ver­mit­telungen), immédiateté-instanta­né­isme :
a) Dans la médiation de la foi, le médiateur soutient vraiment l’analogie des deux mondes en présence et s’efface pour laisser le passage (la Pâque) de l‘un à l‘autre, ou de l’autre à l’un (VST : 199-202).
b) La médiatisation fait agir des intermédiaires (qui plus est : des intermédiaires hiérarchisés) qui s’interposent entre les termes en pré­sence et se substituent à chacun des deux (VST : 195-197).
c) Le principe des médiations immanentes (déployées par la dialectique hégélienne, mais qui ont Spinoza pour initiateur et les thèses rousseauistes pour relais) pourrait avoir pour devise : l’Homme par l’Homme et pour l’Homme, en vue d’un progrès individuel uni au progrès collectif (VST, p. 197-199) : « Que soit glorifié et ma­gni­fié le Nom de l’Homme » (Léonard Bernstein, Sym­pho­nie n° 3, Kaddiche). Vécues hors d’une réalité proleptique, les médiations immanentes se mordent la queue (nihilisme) ;
d) L’immédiateté-instan­ta­néisme court-circuite les médiations et les intermé­diaires au profit d’un contact immédiat et instantané entre les protagonistes pour une fusion qui se veut cependant sans confusion, soit qu’ils se situent dans l’immanence ou concernent l’u­nion extatique avec la Transcendance*, mais ils ne sont jamais qu’appa­rents et non avertis des multiples entremises qu’ils cachent (VST, p. 191-195). Cela n’exclut pas la spontanéité. Avec la surabondance, elle est même le propre de l’existence dans la foi (voir Inconscient de la main gauche, p. 74).
Foi : Pour la différence entre foi et croyance, voir Axiome, p. 29) : Conséquences. Par opposition à la foi comme credo (« je crois qu’il y a un Dieu » avec ablatif, sans mouvement) ou comme croyance (EP, p. 81, 89), je valorise la foi comme fido (« con­fiance et espérance en », avec accusatif marquant le mouvement) : VST, p. 83, 103, 121-122, 124, 148, 176, 328, 336, 346-347. La foi ne relève pas du psychologisme, mais de l’existentiel (Jé 20, 7, un passif fructiiant) et de la phénoménologie (voir Algorithme de Luther, p. 29 ; Médiation, p. 91).
Je distingue la foi par laquelle on croit (fides qua ; préposition-préfixe hébraïque « Le ») de la foi que l’on croit (fides quae ; rendue en hébreu par l’état construit) sans les séparer, mais je précise que la foi que l’on croit est la foi biblique (l’ancienne regula fidei scripturaire), non le credo de l’Église (la regula fidei dogmatique d’un magistère) (EP, p. 16 ; VST, p. 118). Dans la foi, il y a un irréductible*: le Saint Esprit* (EP, p. 207, 213, 225) ; le Saint Esprit agissant comme Principe dans la révélation* en voie de formation (histoire sainte) et comme Agent (voir Esprit, p. 100, Révélation* en voie de formation, p. 21) ou de façon para­clé­tique* dans la révélation opérationnelle Dans les conditions de cette dernière (de la Parole), la foi qui vient de la parole* de Dieuth* et qui est foi dans cette Parole, reconnaît l’ir­ré­ductible du Saint Esprit. Dans ce cas particulier, la pro­blé­ma­tique du mystère, de l’énigme et du pro­blème (voir Aporie, p. 26) n’a plus lieu d’être.
La foi peut dès lors se définir ainsi : une fides qua faite de confiance et d’espérance inspirées par la parole de Dieuk unie à une fides quae scripturaire biblique.
La foi vient de ce que l’on entend (EP, p. 15, 207). Foi et activisme chrétien (EP : 203). Intelligence de la foi (EP, p. 149). Réductions et démontages de la foi (EP, p. 214). La foi se transmet par rebond (EP, p. 234). Foi et histoire (EP, p. 58, 100, VST, p. 268-282). La foi marche sans se retourner, elle ne voit pas les fruits que produit son témoi­gnage.
Analogie de la foi : voir Analogie, p. 51 ;. Aujourd’hui du salut pas la foi, p . 91 ;. Épreuve de la foi : voir Dokimazein, p. 92 ; Médiation de la foi, p. 91.
Voir : Présentation : Rendre compte de la foip. 6 ; Accomplissement, p. 105 (la foi ne supprime pas la Loi, mais nous conduit à l’accomplir sans nous concentrer sur elle) ; Aujourd'hui du salut par la foi, diei fide, ci-dessous ; Confiance et espérance, p. 91; Salut dans l’histoire, p. 96.
Aujourd’hui du salut par la foi (to day salvation by faith, heutiges Heil durch den Glauben) (diei fide : Aie confiance et espérance pour la journée) : Le « mot de la fin » des Mots de Jean-Paul Sartre : « Ma seule affaire était de me sauver […] par le travail et la foi […], je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » (note 1) est sans doute l’exemple même de ce qu’il nomme la « mauvaise foi », car il a effectivement cherché, de manière passionnée une sorte d’immortalité … et y
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(1) J-P. Sartre, Les Mots, édition folio, p. 214.
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est parvenu. Même impossible (puisque la Bible, la première, ne le scelle pas) le Salut, qui n’est pas de notre ressort, reste notre ressort. En le rangeant au magasin des accessoires, l’a­vons-nous éliminé ou en avons-nous fait un objet caché ? Du Nom imprononçable n’avons-nous pas fait un innomable, un refoulé, un remords ? Obstacle opaque, tabou secret, mys­ti­que sauvage, qui hantent les dérisoires et pathétiques efforts de créativité de notre nihilisme postmoderne ?
Je parle de « salut » avant de parler de « rédemption » car le salut est plus large que la rédemption. Il inclut la ré­demp­tion et le sauvetage du fait que le péché est une situation universelle qui ne prend le sens de « chute » que dans et par la foi.
Dans son commentaire de Matthieu 5, 25-34, Kierkegaard (note 1) présente la vie de la foi comme un aujourd'hui délivré du souci des len­de­mains. Par son adossement à l’his­toire sainte biblique et sa tension eschatologique, l’au­jourd'hui du salut par la foi souligne la con­fiance pour aujourd'hui, mais aussi pour de­main.
L’unité d’espace et de temps du salut en Christ (christologie : être en Christ) n’est ni l’instant ni l’éternité ni le moment ni le maintenant, mais l’aujourd’hui (« Donne-nous notre pain de chaque jour », « Pourquoi vous mettez-vous en souci du lendemain? ») et la rupture (« Au temps marqué Christ est venu », « Naître de nouveau », la métanoïa-conversion). Ici, la rupture n‘est pas de l‘ordre d‘un vide, mais d‘une coupure, d’une césure (à vrai dire : qua­li­ta­tive) produite par le heurt et le rebond* consécutifs à une irruption de la Parole*. L’instant n’est jamais qu’apparent, le moment privilégie la rupture, je serais plus proche du « maintenant » sans lui donner le sens que lui a conféré Nietzche dans son « éternel retour du même ». L’aujourd’hui naît chaque matin, c’est chaque fois un nouveau jour qui se lève, une nouvelle étape dans un cheminement humain adossé à une histoire sainte et une histoire du christianisme qui ne sont pas notre œuvre et orienté par un renouvellement dernier attendu en com­mu­nion avec toute l’humanité et la Création entière comme un enfante­ment qui n’a pas été engendré par la « chair » (l’être humain livré à lui-même), mais par l’Esprit* (charismatique) et dont nous ne pouvons ac­cou­cher par nous-mêmes (eschato­lo­gique).
Être dans l’aujourd’hui n’est pas être dans le seul présent (maladie d’Alsheimer). L’aujourd’hui ne comporte pas d’enfermement, pas de repli sur soi. À la différence du carpe diem épicurien d’Horace, c’est un « avoir confiance pour chaque jour », un diei fide situé dans la tension eschatologique.
L’aujourd'hui du salut par la foi est la réconciliation (ou justification) et la sanctifica­tion (ou libération) vécues de manière concrète dans des vies ordinaires, comme analogie* (biblique) de la foi et du Règne, sur le mode de ce qui est Premier* et Dernier (voir Substance, p. 99). Il ne se réduit pas à la vie individu­elle, il a une existence élargie comme Église* et comme Ecclesia*.
EP, p. 18, 194,270, 284 ; VST, p. ch 5, p. 176-210
Dokimazein : mise à l’épreuve. Au sens biblique, toute foi implique une mise à l’é­preuve (Abraham, Job, Jacob-Israël, le peuple d’Israël, Jésus, l’aveugle né dans Jn 9). D. Bonhoeffer parlait de « la grâce qui coûte » (Nachfolge, 1937, traduit par Le Prix de la grâce, 1962). Cette expression est paradoxale, elle veut exprimer, je pense, que le Saint est justice et miséricorde, qu’il n’est pas miséricorde sans justice. Le doute est une épreuve tenant à l’incomplétude de la Réalité* en général et de la réalité humaine en particulier.
EP, p. 80, 82, 89, 203-205 ; VST, p. 164 et note
(1) L’éternité dans le temps, Paris, Les Bergers et les Mages, 2000, p. 66-77,
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Donum et datum (le don et le donné) : Le premier relève de la surabondance (Mt 7, 6-12), de la générosité ou de la gratitude, il relève de l’analogie de la grâce. Le second est d’ordre positif ou positiviste, il relève de l’analogie du désir (voir Analogie, p. 51). Il n’y a pas de do­num qui ne s’accompagne de data, mais l’inverse ne se vérifie pas. La psy­cha­nalyse freudienne des pulsions montre qu’il n’y a aucun don désintéres­sé, mais le charisme relève de la surabondance. On peut être doté et pas doué, doté et doué, mais sans charisme ; ou encore doté, doué et charismatique.
Voir : Absolu, p. 113 ; Écart spécifique de la grâce, ci-dessous.
EP, p. 16, 168, 178 ;
VST, p. 219
Écart (spacing, Abstand) spécifique de la grâce : L’anthropologie de la parole de Dieu* (EP), aboutit à la constatation que le témoignage intérieur* du Saint Esprit est un irréduc­tible*, de même, sur le plan de la Bible* (document historique), le « moment de l’É­­van­­gile* » est un irréductible, l’ « écart spécifique de la grâce » est l’irréductible du Saint Esprit dans le domaine de l’Écriture*. Le kérygme biblique de la grâce est la di­ffé­­rence biblique décisive. La grâce qui est sans cause, sans raison, qui n’est motivée par aucun mérite, n’est ni futile ou provocatrice (l’acte gratuit qu’Anré Gide illustre dans les Caves du Vatican, 1914), ni une visitation sub­li­mi­nale (l’au­to­ma­tisme psy­chi­que créatif dont parle André Breton dans ses Manifestes du sur­réalisme, 1924) et ce­pen­dant pas arbitraire, car elle possède son explication dans et par ses effets. Comme le Saint Esprit* (Principe et Agent), dont elle est une manifestation, nous ne pou­vons, de quelque façon que ce soit, la saisir en amont : dans ses origines anthropiques, ses mo­­ti­­va­­tions his­to­­ri­ques, ses causes psy­chi­ques, elle se mesure à ses seuls effets (re­créa­teurs).
Voir : Inconscient de la main gauche, p. 74 ; Inspiration, effusion ou illumiation assistance, p. 102 ; Dokimazein, p. 92
EP, p. 18, 76, 78, 80-81, 83-84, 86, 121-122, 142, 168-175, 195, 234
Changement de temps et d’histoire (change of time and of history ; zeitliche und ges­chichtlich-historische Umschaltung) : Change-t-on l’être humain et le monde en chan­­geant les conditions historiques, ou bien, au contraire, est-ce en changeant le temps (notre temporalité), par une nouvelle temporalisation (ci-dessous), qu’un être humain nouveau s’engendre et que l’his­­toire se trouve transformée ? La pensée chrétienne a toujours développé cette dernière alter­na­tive, mais elle peut se retrouver dans d’autres contextes (les grands maîtres du bouddhisme Théravada avancé, les freudo-marxistes). .
Voir : Engendrement, p. 79 ; Confusion et mutation, p.77 ; Temps, histoire, éternité, ci dessous.
VST : 22 (note), 74, 97, 99, 114, 124, 127, 139, 144, 146, 165-166, 174, 178, 198-199, 205, 207, 210, 218-219, 228, 230, 235, 243, 253, 269-270, 275, 279, 284, 308, 318, 333, 346
Temps et histoire, temporalisation(s), temporalité(s), temps, éternité:
La réflexion moderne des historiens sur leur propre discipline n’aborde pas de son propre mouvement la question du rapport entre temps et histoire. L’objectivité du savant suffit à Léopold von Ranke (1795-1886) ; François Guizot (1787-1874) est préoccupé par la conquête de la liberté d’ex­a­men et d’expression ; Hippolyte Taine (1828-1863) travaille avec le primat de la psy­cho­­lo­gie ; A.D. Xenopol ( 1847-1920) opère une distinction entre les faits de répétition et les faits de suc­cession ; pour Ernst Bernheim (Recherche historique et philosophie de l’his­toire, 1880) les facteurs de l’évolution historique produisent l’His­toire qui, elle, se situe sur le plan des valeurs ; Wil­helm Dilthey (1833-1911) établit la différence entre la « con­nais­sance » des faits naturels et la « compréhension » des faits humains ; selon Hein­rich Ric­kert (1863-1936), la philosophie de l’histoire est la logique des sciences historiques ;
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pour Ernst Troeltsch (1865-1923) le relativisme historique ne doit pas nous aveugler sur les va­leurs absolues transcendantes ; Georg Simmel (1858-1918) est préoc­cu­pé par les con­di­tions de possibilité de l’histoire (note 1). Le matérialisme historique donne la priotité aux in­fra­structures (écono­miques) sur les superstructures (idéologiques et poli­tiques) alors que Max Weber (1864-1920) démontre le rôle décisif des superstructures (religieuses en parti­cu­lier). Arnold Toynbee (1889-1975) voit l’histoire comme le produit des temps courts (une suc­ces­sion de ruptures provo­quées par des défis) avec le temps long des grandes civilsa­tions (bouddhisme, mono­théismes). Les notions de diachronie et de syn­chronie (Fer­di­nand de Saussure, Cours de linguistique générale, 1907-1911), reprises par les structu­ra­lismes, conviennent aux évolu­tions des phénomènes naturels au sein de leur ensemble total donné, mais ne sont pas appro­priées à l’histoire humaine tant que celle-ci n’est pas finie. Fernand Braudel (1902-1985) met en œuvre une « histoire globale » qui veut réunir tous les aspects de la vie humaine en société. Favorisé par la « globalisation » (mondialisation), il fera école, dans l’aire anglo­saxon­ne en particulier, où naîtront des variantes : histoire connectée, histoire croisée, histoire parta­gée. L’his­toire sérielle (ainsi baptisée par Pierre Chaunu, 1923-2009), illustrée, en dehors de lui, par Ernest Labrousse (1895-1988), Michel Vovelle, Emmanuel Le Roy Ladu­rie, remet à l’honneur le vécu (influence des philosophies existentia­listes ?).
La réflexion existentielle contemporaine sur l’histoire doit beaucoup à Martin Heid­eg­ger. Il reprend la distinction entre la Geschichte (le vécu historique) et l’Historie (le dis­cours sur l’histoire) pour privilégier de façon radicale la Geschichtlichkeit avec son thème de la tem­po­ralité originaire du souci. Hans Georg Gadamer (Vérité et mé­thode, 1060) et Paul Ri­cœur ne veulent pas rompre la relation entre l’histoire comme temporalité vécue et l’his­toire comme discours objectivé. Pour P. Ricœur, le « temps raconté » effectue la média­tion entre temps et his­toire, temps intérieur et temps du monde (Temps et récit, tome 3 : Le temps raconté, 1985).
2) La relation concrète entre temps et histoire présentée ici ne concerne pas le travail et les conceptions des historiens, mais le rapport humain vécu entre le temps et l’histoire. Si cela peut suggérer un rapprochement avec P. Ricœur, c’est que nous avons un même point de départ : la lecture, l’exégèse, l’herméneutique bibliques et leur appro­pria­tion par chacun. L’un est un chrétien philosophe, l’autre un théologien chrétien.
La notion d’Entièreté (kathapan-tès, cunct-itas, Entirety, « Innsgesamtheit ») : Cette notion vise à suppléer celle d’Éternité, vue de l’esprit qui est la matrice de tous les arrière-mondes et la source de faux problèmes aux conséquences désastreuses.
Bien que l’Entièreté soit exclusive de toute contingence, on ne peut dire qu’elle en serait le contraire, l’opposé, l’antithèse. Il ne s’agit ni d’une abstraction à partir de la notion « d’être entier excluant ce qui est parcellisé et successif » ni d’une déduction du type : « Du moment qu’il y a un temps, on pose son antithèse : l’Éternité », mais d’une induction à partir de la parole* de Dieuth en l’espèce de la « justice (de) miséricorde ou miséri­corde (de) justice ; de la grâce (de) vérité ou vérité (de) grâce », qui en sont les expressions bibliques.
Remplacer l’Éternité par l’Entièreté, c’est changer de vi­sion pour une meilleure approche. Le HroLaM hé­braïque, comme l’aïôn grec, peu­vent signifier à la fois perennité et monde. Ce n’est pas le : Tout, la to­talité, la totalisation (hébreu : KôL, grec : holos) mais plutôt l’« entièreté ». L’En­tiè­reté est la façon que nous avons de penser le centre* de gravité onto­lo­gique (la Gloire) du Saint* Unique (que nous rencontrons par ailleurs, comme actualité existentielle lors de notre heurt avec la parole* de Dieuth et qui s’actualise dans nos vie avec les charismes) eu égard à nos catégories spatio-temporelles.
L’Éternité, contraire de la temporalité, relève des fausses symétries ontiques abstraites tels être et néant, divinité et humanité etc. qui ne sont pas des principes opposants* con­crets. L’En­­­­tièreté n’a pas pour pen­dant le Vide, il n’y a pas une logique d’Entièreté de mort ba­lançant une Entièreté de vie. Elle nous place devant l’alter­native (De 30, 19-20), entre des vies mesurées et souvent creuses et des actu­a­li­tés de vie orientées vers leurs centres de gravité onto­lo­gique (une vie de sainteté, non une vie sainte).
Il y a la même différence entre l’Entièreté, la Gloire et la Sainteté qu’entre la Sainteté, la Gloire et l’Éternité : ce sont des angles sous lesquels l'Unique Seigneur nous rencontre. Par ailleurs, le Père est l’expression de la médiation de la foi. L’Entièreté peut être différentielle dans son intégration même (sur le modèle heuristique de la relation d’indifférence), sans se tempo­ra­liser* ni posséder aucune vitesse*, elle évoque la per­fec­tion, sans la connotation morale de cette der­nière, elle est plus concrète que la plénitude, elle n’évoque pas de satisfaction comme la complétude. Intégration de fait de l’espace et du temps, l’Entièreté représente le renverse­ment* non subversif (charismatique*) de la Coïncidence*. Ce qui est Premier* et Dernier exprime (du moins dans la foi biblique) le rapport pos­sible de l’Entièreté avec la temporalité.
À l’encontre de l’Éternité, l’Entièreté n’a pas le caractère défi­ni­tif de ce qui préexiste depuis toujours, mais celui d’un couronnement qui se confère à tout moment, une fois pour toutes. En revanche, comme l’Éternité qu’elle supplée, l’Entièreté possède un statut de catégorie. Elle doit à cela d’être anticipative. Elle nous permet d’actualiser la Réalité sur le mode de l’anticipation et ce qui est Premier et Dernier comme espérance.
Si HroLaM siginifie entièreté, l’Éternité (le Ciel, l’Au-delà), la notion monothéiste qui a fait le plus de ravages dans l’histoire, doit être réputée non biblique. Ainsi, Jésus, « Fils éternel du Père » devient : « Entièrement le Saint* Unique », « Entièrement être humain » ; la « Vie éter­nelle » s’entend comme: « entièreté de vie », accomplissement plénier de la vie, non comme une abso­lu­ti­sation (plus encore latine –aeternitas- que grecque) du temps et de l’espace, mais au sens d’une plénitude pour laquelle les notions d’espace et de temps n’ont plus de sens, alors que la qualifucation* par la sainteté lui donne tout son sens.
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(1) Alban G. Widgery, p. 348-358
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Pour l’être humain a) de façon générale : voir hors-Tout, p. 82) (le hors espace et hors temps), b) dans la perspective de la foi chrétienne : voir ci-desous, l’idée d’Éternité mé­diée, de même : Le Premier et Dernier, p. 35, 41 (qui est une Personne), la notion d’entièreté (ici et p. 116, 126).
Le HroLaM pris au sens greco-latin d’éternité con­duit à des positions peu admis­sibles, tant dans la doctrine catholique et la pensée orthodoxe (a) que dans et l’islam et dans la culure protestante (b).
(a) Un verset unique du Nouveau Testament (Mt 16, 19) -le pou­voir des clés- qui met dans la bouche de Jésus un terme qui n’appartient pas à son voca­bu­laire (l’Église), donne à l’Église (le clergé sacramentel) le pouvoir d’ouvrir ou de fermer le Ciel. Les actes accom­plis par et dans l’Église sont ratifiés dans le Ciel, homologués pour l’éter­ni­té. Ce sont des êtres humains à qui est remis ce pouvoir. Dans la théologie déductive de l’histoire sainte continuée avec la chrétienté constantinienne (la révélation* en voie de formation perpé­tuée) il y a ainsi deux façons de concevoir le rapport Éternité-temps: soit qu’il dépende entièrement du vouloir bon de Dieu, soit qu’il ait été remis à l’Église comme Institution sacramentelle.
(b) Dans la Bible*, la relation temps-éternité est régie par l’Alliance* (sinon éternelle, du moins irrévocable) et, par là, par l’Élection* (Élection du peuple et élection de l‘indi­vi­du, avec, en contrepoint, l‘endurcissement, le rejet, la damnation). La prédestination est la raison irrationnelle de l’élection : la raison dont nous n’avons pas à demander raison à Dieu, la raison que Dieu nous refuse dans sa bienveillance, car si nous la connaissions nous ne serions sans doute pas capables de la supporter. D’où l‘ampleur prise dans la logique à la fois biblique et préclassique de la double prédestination chez Calvin (nonobstant qu’il nous recommande de considérer, ici-bas, chacun comme sauvé, Institution de la religion chrétienne, livre iii, chapitre xxiii, 14).
Il est difficile d’imaginer que le terme d’Entièreté puissse un jour remplacer celui d’Éternité dans le langage courant. Il en sera comme lorsque nous disons « Le soleil se lève, le soleil se couche » tout en sachant bien que la terre a effectué une rotation sur elle-même et tourne autour du soleil. Une semblable remarque peut d’ailleurs s’appliquer à d’autres propositions présentées ici.
Éternité médiée : Karl Barth a abordé la question par la christologie: Jésus, le Christ, est à la fois l’Élu et le Réprouvé, l’Élu-Réprouvé qui ouvre la voie de la seule grâce : la tem­po­­­­­ralité produite par la temporalisation provenant de la pression exercée entre principes* op­po­­sants : justice et misé­ri­corde qui donnent la sainteté ; fidélité (ou grâce) et vérité qui di­ri­gent l’histoire sainte, onction et souffrance qui font le Serviteur du Seigneur par ex­cellence (voir Algorithme de Luther, p. 29 ; Médiation, p. 91). La relation Éternité-temps est résolue pour ceux qui sont en Christ (Alpha et Ôméga), pour autant qu’ils sont en Lui, ce qui est l’œu­vre du Saint Esprit* (cha­ris­matique) ou, mieux, de la parole* de Dieuk (les Écri­tures avec le Saint Esprit). De là, la conception paulinienne : l‘Élec­tion médiée* en Christ et par lui, par la seule grâce, par le moyen de la seule foi, c‘est l‘adop­tion qui crée les enfants adoptifs de Dieu et l‘Élection médiée, en d’autres termes : l‘Éternité médiée qui devient ici Entiéreté mé­diée.
Telle peut être la théologie inductive à partir de la parole* de Dieuth. Je l’ai reprise de deux façons: 1) avec l’idée de l’espace-temps* christologique (adosse­ment à l’histoire sainte biblique et tension eschatologique; don du Saint Esprit en nous -temples du Saint Esprit-, le « déjà-là et pas-encore » d’Oscar Cull­mann et 2) avec l’idée de la temporalisa­tion particulière, spécifique, engendrée par l’être en même temps pécheur et juste, donc toujours pénitent de Luther que je reprends dans les termes suivants: « Toujours en nous-mêmes, toujours débordés par le Ressuscité, toujours témoins ». , je résous le rapport entre éternité et temps par la tempora­li­sa­tion eschato­lo­gique. (voir Aporie : paradoxe, p. 26 ; la notion d’entièreté, p. 94, 116, 126 ; Premier et Dernier, p. 35, 40).
La temporalisation qui est l’effet de la pression de l’être humain entre deux prin­cipes* opposants est une modification de la qualité du temps (de la durée) (voir Algo­rithme de Luther, p. 29).
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Temps et histoire: on ne change pas la temporalité (la vie) en changeant l’his­toire, à l’inverse, c’est en changeant notre façon de vivre le temps (sa manière* d’être, d’exister) que l’histoire (et l’être) sont changés. Les sociologues de la veine de Max Weber ou d’Ernst Troeltsch l’ont montré à partir de ce qu’ils connais­saient bien : le protestantisme. Notre question est : Qu’en est-il aujourd'hui ? Qu’en sera-t-il demain ? La mondialisation, le multiculturalisme, le bras­sage des idées et des mœurs, la plasticité voire la malléabilité des esprits, conduisent bien des gens au con­fu­sion­nisme ou au nihilisme (soft ou hard) ou, au contraire, au passéisme, à des intégrismes, des fonda­men­ta­lismes, des nationalismes, des fanatismes, des milléna­rismes.
L’Occident pense perpétuer une histoire dont il a abandonné la temporalisation éthique (analogie de la grâce et du Royaume) ou, du moins, ce que nous en avons fait, en mettant à sa place les médiations* immanentes de l’Homme par l’Homme et pour l’Homme : les inno­va­tions techno­lo­giques, la démo­cra­tie, les Droits de l’Homme. Il s’imagine qu’il remplira, à tout coup, un rôle libérateur en impo­sant cette histoire coupée de sa temporalité propre, à des cultures et des civilisations millénaires dont la culturalité se fonde sur la terre et non dans le temps, ou qui vivent dans l’éternité ou hors du temps linéaire, dans le passé des totems et des ancêtres, dans un temps cyclique, ou encore dans les diverses inventions de temporalité : pro­gres­siste, sinu­soï­dale ou hélicoïdale, éternel retour du même, croyance en une autorégulation du temps à la manière de la « volte de mer » invoquée par Peter Sloterdijk (note 1) (comparable à l’autorégulation de l’économie –la « main invisible » d’Adam Smith- ou du climat – l’hypo­thèse Gaïa de James Lovelock-).
Ne soyons pas surpris qu’un amalgame hétéroclite de temporalités engendre l’histoire chaotique qu’évoquait Shakespeare (Beaucoup de bruit pour rien) et dont parle Jacques Derrida. Ne soyons pas étonnés si cela produit, jusque chez nous, des mutations im­prévues dans les domaines des mœurs, de l’être humain, de la personne, de la sexualité, de la famille, de la moralité, de la culture, de la civilité, de la politique. Revenant à l’algorithme de Luther*, nous pouvons dire : « Toujours dans le temps dé­cons­truit, toujours dans le temps de la Parole, toujours témoins d’un temps autre ».
VST : 180-182. ; 203-210, la temporalisation mal vécue : 334-335
Salut dans l’histoire et pour l’Histoire : Dans ET, je fais la différence entre « histoire sainte » et « histoire du salut », dans VST, je préfère parler de « salut dans l’his­toire et pour l’Histoire », qui s’adosse à l’histoire sainte ou histoire du salut (ou encore ; révélation en voie de formation). Voir : Aujourd'hui du salut par la foi, p. 91.
VST, 268-282
Histoire sainte et « Salut dans l’histoire et pour l’Histoire » : Le salut en rapport avec l’histoire et avec l’Histoire est la marque même de la Bible. La valorisation que je fais de la parole* de Dieuth peut laisser penser à un salut dans et par le kérygme, mais le témoignage qui est l’effet propre, indisociable, du kérygme, montre bien qu’il s’agit d’une théologie de la Croix et d’un salut par la Croix (1 Co 12, 26 ; Col 1, 24, ; 2 Th 1, 5 ; 2 Tm 1,8 ; 2, 12 ; 1 Pi 2, 19-21 ; 4, 1 ; 4, 19 ; Ap 2, 3 et 10).
Voir Démythisation, « charismatique » dans l’Index des thèmes.
L’histoire du salut, thème théologique chrétien classique, est considéré de deux points de vue suc­cessifs : com­me histoire sainte (révélation* en voie de formation)et comme salut dans l’histoire et pour l’Histoire (révélation opérationnelle).
La critique, tant théologique qu’agnostique, vise l’histoire sainte (ou histoire du sa­lut) continuée soit par le peuple élu, soit par un nouveau peuple de Dieu (l’Église, dans le cas de la théologie de la substitution). Ce qui est re­fusé, c’est la sacralisation épisodique ou pério­dique de la vie des êtres humains et de l’His­toire en vue d’une sacralisation totale.
(1) P. Sloterdijk, L’heure du crime et de l’œuvre d’art, Paris, Calman-Lévy, 2000, p. 146-149.
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Le salut dans l’histoire s’adosse à l’histoire sainte (ou histoire du salut) biblique (révélation* en voie de formation) , mais ne prétend ni la prolonger ni en effectuer des repristinations. Il concerne des centres de rayon­ne­ment fixes ou noma­des, l’in­ven­tion et la concrétisation de réalisa­tions historiques qui cons­ti­tuent des jalons-té­moins, éphé­mères ou durables, qui peuvent servir de base à de nouveaux dé­parts dans les vies in­dividuelles, communautaires, col­lec­tives, ecclésiales, tant sur les plans local que ré­­gional, national ou mondial. L’histoire sainte est l’équivalent de la révélation* en voie de formation, le salut dans l’histoire et pour l’Histoire* est la révélation opération­nelle.
L’histoire sainte biblique* (révélation* en voie de formation) tire du mythe et d’un certain nombre de légendes le sens du monde, de l’être humain, du genre humain, du peuple élu, et, pour le Nouveau Testa­ment, en plus, celui de l’Incarna­tion. Lorsque cette histoire est prolongée, elle se place dans une quasi continuité avec les mythes, une simple césure les sépare, elle s’en déduit même à l’occasion de certaines spiritualités, ou théologies, dans la prédication et le catéchisme (con­cor­disme). Pour la révélation* opéra­tionnelle, les mythes et légendes bi­bliques sont im­ma­nents à l’his­toire sainte et même au salut dans l’histoire, mais il n’existe aucun conti­nu­um entre mythe et histoire. La vérité (un sens exhaustif) des mythes et légendes, re­con­nus pour ce qu’ils sont, n’est pas en rupture, elle contribue, aussi bien que l’histoire sainte biblique, à l’induction théo­logique à partir de la parole* de Dieuth (voir Éléments de méthodologie, p. 42 ; Intuition charismale, p. 52, 56).
Le thème de la sortie de la religion concerne l’histoire sainte ou histoire du salut con­tiuée ou ininterrompue, non le salut dans l’histoire et pour l’Histoire*, qui ne sort pas de l’his­toire sainte à proprement parler, mais s’adosse à elle comme à un acquis désor­mais ob­jectif.
Voir Changement de temps, p. 93 ; Révélation, p. 21.
VST, : ch 5 : 233-280, en particulier, p. 268-280.
Sortie des histoires saintes : l’histoire sainte est une autre expression pour la révé­la­tion* en voie de formation, lorsqu’on passe à la révélation opérationnelle, il y a sor­tie de l’histoire sainte biblique (comme des histoires saintes, sacrées ou pro­fanes).
Les fêtes juives (le Chabbat, Roch Hachanah, Kippour, Soukoth) ou chré­tien­nes (la Messe, Temps des Rameaux à la Pentecôte, Nativité) ont un statut mixte : elles sont une appropriation réactualisante ritualisée (voire repristinatienne) de l’histoire sain­te. Hanou­kah, Pou­rim, Pes­­sah, Chavouoth sont des commémorations. L’Assomption et la Tous­saint, pour an­ciennes qu’elles soient, ne sont pas d’institution scripturaire biblique. L’office dominical, dans sa version protestante (en tout cas réformée), n’est pas une ré­ac­tualisation ritualisée de l’histoire sainte, c’est l’actualisation de l’espace temps chris­to­logique, post premier et avant dernier. L’œuvre commune du peuple chrétien (litur­gie, prédication et cène) étant ici réadossement à l’histoire sainte biblique et réactivation de la tension eschatologique.
La sortie des histoires saintes est aussi la fin des théologies de l’histoire. Le salut dans l’histoire correspond à la révélation opérationnelle laquelle rend présente une fin du monde et de l’histoire qui embrasse tout ce que le monde et l’histoire ont comporté de sainteté, de justice, de beau, de bien, de vrai.
EP, p. 98, 147, 175 ;
VST, ch 4 : La vie selon l’Esprit ; ch 6 dans son ensemble, p. 250-268, 273-231
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HUITIÈME GROUPE : L’Esprit Saint
Pentecostal (pentecostal, pentekostal) : « qui concerne la Pentecôte », pour se diffé­ren­cier de « pentecô­tiste » (pentecotist, Pentecotist) qui qualifie les phénomènes des mouvements revivalistes et fonda­men­talistes vi­vant une Pen­te­côte permanente. L’effusion du Saint Esprit le jour de la Pentecôte, rela­tée dans Actes 2, est le point de départ de la Nouvelle Alliance au sens que les chrétiens donnent à cette expres­sion. Pentecostal est alors équivalent de pneumatologique pour une Alliance évangélique-apostolique.
Substance, nature, énergie, charisme : Le Créateur donne l’être et l’existence par sa Parole (Ge 2 parle de modelage), Adam nomme sa femme (YChaH : hommesse), il donne leurs noms aux êtres vivants (les étants, les existants). Nous ne créons ni ne nommons Dieu, parce qu’il n’est pas un étant, un existant, nous avons néanmoins accès à son centre* de gravité onto­lo­gique, la Sainteté Unique qui est justice et miséri­cor­de (grâce, compas­sion, pardon, réconciliation), fidélité et vérité, lorsque nous pou­vons re­mon­­ter sa Parole (le cours de son discours depuis nous jusqu’à la Création par la Pa­role). « La Parole a été faite être hu­main », s’agit-il d’un être enfin humain ou d’un être « di­vin » ? Jésus Christ est parole de Dieu lorsque nous le nommons par le Saint Esprit, il recrée notre être et notre existence. Dieu n’est ni essence ni substance ni Nature (qui renvoie à une nais­sance ou qui se pose comme alternative spinoziste) ni énergie, Jésus, Fils de Dieu, n’est ni « divin » ni Être ni Essence.
Il eût mieux valu que les Grecs (Platon, Aristote) aient clairement distingué l’ousia (l’essence) de l’hupokeimenon (sub-stant). Ils ont légué aux Pères un discours ambigu où ousia signifie aussi bien essence que substance, cette dernière acception devenant prépon­dé­rante (hupostasis étant employé pour les Personnes de la Trinité). La notion biblique est celle de ce qui est AMeN (solide) : la Parole* qui inspire confiance et espérance, justice et miséri­corde, grâce et vérité (voir Vérité, p. 54).
De plus, ils ont parlé de « nature » (au sens d’ousia, non de physis) alors que ce mot contient l’idée de naissance. Appliqué à la christo­lo­gie et à la théologie trinitaire, le mot prend un sens de méta-physis qui nous situe en plein dans l’ana­logie* de l’être. Le Nouveau Testament emploie les mots de « Premier* et Dernier », Alpha et Ômé­ga (Ap 1, 8 ; 21, 6 ; 27, 13), pourquoi ne pas les reprendre ? La Trinité* parle de Personnes, ce qui est préférable (sauf si nous concevons la personne en termes d’hypostase, au sens générique du mot).
La substance (étendue ou pensante ou même énergie) ne supporte pas seulement quel­que chose, elle décide de ce qu’est la chose qu’elle supporte, elle est cette chose. Elle peut bien être spiritualisée, il n’en reste pas moins qu’elle ne possède aucune signi­fi­cation d’ac­tu­a­li­té si elle n’est pas le substrat essentiel et identitaire de quelque chose et ce quelque chose ne peut être qu’une créature (en langage bibli­que) ou le donné, résultat des évolutions et des his­toires. Le matérialisme parle d’in­ter­ac­­­­tions entre les in­fra­struc­tures économico-politiques qui déte­rminent les super­stuc­­tures anthropiques et cul­tu­relles. Il n’en va pas de même de la « parole » qui a pour source l’esprit. L’esprit est « prédicatif », il actualise, conçoit et concep­tu­alise, nomme et définit, anime et exprime les existants, les choses, les événe­ments, les faisant ainsi subsister (leur donnant vie) sans en être le substrat essentiel ni identitaire.
Pour l’hylémorphisme aristotélicien, thomasien et thomiste la réalité est faite de ma­tière et de forme (la vraie religion est « la foi in-formée par l’amour »). Le protestan­tisme du xix ème siècle parlait de son « principe matériel » et de son « principe formel » (la foi et l’Écriture). L’actualité* à laquelle contribuent la qualté, l’esprit et la manière, la vitesse, (voir Espace-temps, p. 80) est adossée au donné histo­rique (contingent en dernière analyse) et tendue vers la réalité.
L’ontologie substantialiste que déploie l’analogie de l’être appliquée au domaine reli­gieux est un facteur de resacralisation du monde qui peut aller jusqu’à l’appréhension char­nelle (ou quasi charnelle) des objets, produits ou biens de la religion concernée (pouvoir sacramentel, vie surnaturelle, supranaturalisme, associés à un Ciel d'Éternité).
Au primat de l’essence, je substitue celui de l’existence (leçon reçue de Pascal, de Kierkegaard, des existentialistes, qui n’éliminent pas l’essence !). A la sub­stan­ce ou la nature, je ne sub­stitue pas l’esprit et le sujet, mais la parole créatrice et recréatrice qui est l’énergie du Saint Esprit. Cette notion ne ren­voie ni à l’énergéïa aristo­té­li­cienne ni au double visage, créateur et destructeur, de Chiva, c’est une puissance charisma­ti­que
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qui s’apparente à une force propulsive qui n’est jamais saisie que sur, ou dans, ses effets. Les ortho­doxes et les théo­lo­giens du Process le conçoivent respective­ment comme énergies créatrices ou comme dyna­misme créateur de Dieu. A la nature ou la condition, je substitue l’actualité c'est à dire la présence, au sacré, je substitue la sainteté (la teneur en sainteté). Cette substitution n’a pas pour corollaire la suppression des concepts ou des notions visées, le but recherché est de trouver des appellations plus convenables pour la théologie*.
Il n’est pas besoin de la substance pour que la sainteté soit vécue de façon réelle, pour que le salut soit actuel : la parole* de Dieuth est une terre ferme (voir : Éléments de mé­tho­do­lo­gie : Prendre appui sur un terre ferme p. 45), elle est AMeN ; les charismes sont du con­cret vécu dans le contexte de l’aujourd'hui* du salut* par la foi* (ou Église*) au sein des divers envi­ron­ne­­ments du monde où nous vivons.
En résumé, je suggère ceci : a) les mots d’ « être » comme de « néant* » n’ont d’exis­tence que dans et par la pensée* ; b) il n’y a rien « en dessous » des existants, rien « en arrière » du monde, pas d’essences accessibles au terme d’une réduction phénoménologique ;
en revanche : c) il y a des existants actuels qui ont leur adossement particulier et leur proleptique propre (entre les butées du réel interprétées comme Premier et Dernier dans la foi chrétienne), dont l’apparaître consiste en « ma­nières* de de­ve­nir » les­quelles sont en partie historiques et sociales, en partie propres à cha­cun pour les humains, propres à l’espèce pour les animaux et à leurs lignée pour les végétaux ; d) des choses vouées à l’usure et des événements marqués du sceau de l’imprévisible ; e) la condi­tion des existants, choses, événe­ments relève d’un espace-temps* où le temps détruit l’espace, ce qui engendre l’énergie du devenir du désespoir, pour les humains, le destin, pour les animaux, le sort, pour les vé­gé­taux, le fonctionnement mécanique des choses, le dyna­misme histo­rique des événements, l’ex­pansion de l’univers ;
f) telles sont les circonstances* de la parole* charismatique* de Dieu.
Voir : Aujourd’hui du salut par la foi, p. 91 ; Source (La qualité) p. 56.
Esprit : Dans le vocabulaire biblique, l’Esprit (la RouaHr) ne correpond ni au daïmôn ni au nous grecs, il est le Seigneur comme Souffle, la Présence active, du Sei­gneur (la CheKi­NaH). Pourtant, la pneumatologie concerne tous les pneumata (bons, mau­vais), les dons du Saint Esprit, les esprits de l’animisme, aussi bien que le démo­ni­que. En un sens hégélien, l’Esprit est l’Être qui se pense avec tout l’être. Le charisma­ti­que* concerne à pro­pre­ment parler les dons du Saint Esprit (charis­ma­ta) au sens néotes­ta­mentaire con­cep­tu­alisé par la théologie spéculative trinitaire.
Le Saint Esprit est Dieu tout autant que le Père et le Fils (le combat de Grégoire de Na­zianze à l’époque du second concile de Constantinople, 381): il est le-Saint-qui-est-Esprit (És 6,3). Dans la Trinité écono­mique, il est « Dieu au-dedans de nous », le Père étant Dieu dans la Transcendance*123) de sa Sainteté et le Fils: Dieu au milieu de nous (voir Trinité, p.115).
Cette Personne n’est jamais saisie en soi, mais toujours à partir de ses seuls effets, d’où l’importance prise par la Parole et par les charismes.
À la suite de la distinction entre révélation en voie de formation*22) et révé­la­tion opérationnelle, j’ai été conduit à distinguer entre deux modes de présence du Saint Esprit. Dans la révélation en voie de formation ou histoire sainte, il est présent et actif comme Prin­cipe créateur (Ge 1, 2), dans la révélation opérationnelle, comme Agent recréateur (Ac 2, 1-13 ; Jn 14, 16 et 26 ; 15, 26 ; 16, 7), réconciliateur, régénérateur. Mais ces termes de Principe et d’Agent sont abstraits, ils signifient respectivement : inspi­ra­tion et effusion ; illumination et assis­tance.
Si « l’Esprit souffle où il veut » (Jn 3, 8), on peut parler d’irrationalisme sauf qu’il s’agit ici d’une rationalité ouverte, d’un logos spermatikos (loin de la séparation phari­sienne ?), dans le refus déclaré de toute totalisation (idéolo­gies). Par ailleurs, si le Saint Esprit est un irréductible*, au titre d’une intelligibilité qui fait obstacle*, il agit comme un principe de réalité (spirituel au sens de charisma­tique*).
Voir : Anthropique (paraclétique), p. 55 ; Attestation externe, p. 104 ; Témoignage intérieur, p. 101.
Saint Esprit : EP, p. ch 5 : 179-230 ;
saisi sur ses effets seulement : EP, p. 210-213 ; VST, p. 25, 193, 196 ;
Principe de la révélation en voie de formation : EP, p. 196, 225 ; VST , p. 23
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Agent de la Parole : EP, p. ch 2, 185-186, 196, 208, 210, 213, 218, 221-222, 229, 244 ; VST : 23, 105, 15, 137, 209 ;
Principe de réalité : EP, p. 20, 133-135, 218, 221-227, 229,-230, 241 ; VST, p. 90, 114, 137, 152 ;
la vie selon l’Esprit : VST, p. 210-232
Esprit d’adoption (l) : il médie l’Élection* : VST, p. 80-s.
Adoption : L’esprit d’adoption qui médie l’Élection* VST, p. 80-89
Élection ou sélection ? : Il est difficile et pourtant indispensable de les distin­guer. Israël est-il un peuple élu ou sélectionné ? Ce n’est pas à des chrétiens de donner une ré­ponse à cette question particulière, mais tout le monde peut réfléchir à la portée générale des termes proposés ici.
L’élection est marquée par la gratuité, elle est sans raison (dô­réan), c’est une ma­­nifestation q­ui n’a d’autre explication ni d’autre motif que la grâce, elle porte la marque d‘une disposition éternelle. La sélection est commandée par des consi­dé­ra­tions de mérites, des raisons, des motivations spécifiques, elle est marquée par des conve­nances historiques. L’élection est faite en connaissance de cause des faiblesses de l’élu, elle est pédagogique et, par là, sans repentir, celui qui élit ne revient pas sur son appel, quitte à le renou­ve­ler. Les cas d’endurcissement et de rejet qui se lisent dans l’histoire sainte concernent des cas parti­cu­liers de personnes qui ont méprisé, par un acte volon­taire, le caractère gracieux de l’appel dont elles avaient été l’objet ou se sont imaginées qu’il découlait d‘une sélection exprimant la reconnaissance de leur valeur personnelle. En revanche, on peut perdre sa sélection du moment que l’on ne répond plus au cahier des charges signé au départ.
Le contrat unilatéral de l’Alliance (la BeRiTh) et de l’ensemble de la Promesse bi­blique est de l’ordre de l’élection, les religions qui font appel à des critères (en parti­cu­­liers, les mérites) renouent avec la sélection. Dans le cadre de l’élection, on peut con­cevoir une nouvelle Alliance (ou une Alliance renouvelée), mais la sélection se gagne ou se perd, se conserve, s’abîme, se détruit et se trouve, au final, révoquée et déchue. L’é­lec­tion est un vrai paradoxe*, la sélection un calcul intelligent; la première insuffle une espérance, la seconde présuppose un espoir. Pour ces raisons, l’élection est, de toute évidence, ouverte alors que la sélection est grosse de toutes les exclusions ou forclu­sions.
élection : EP, p. 78, 84, 89, 134, 155-156, 173, 181, 183, 194, 208, 211, 214, 230 ;
VST, p. 14, 21, 50, 52, 60, 84, 87 (note), 89, 94, 157, 178, 236, 275 (avec note)-276, 320, 324, 328-329, 333, 351 ;
sélection : VST, p. 9, 37, 276, 320
Élection médiée : L’Élection d’Israël est directe et sans repentir de la part du Seigneur (encore qu’il existe des avertissemnts explicites en cas d’infidélité du peuple : Lé 18, 25-28 ; 20, 22). Par la médiation de Jésus Christ, par grâce (actualisée de façon charis­ma­ti­que), les non-Juifs sont au bénéfice de cette Élection. Cela se produit « en Christ » seule­ment ; dans la me­sure où nous pouvons nous dire tels dans la foi* (par la médiation* de la foi. D’où mon expression d’Élection médiée.
Voir : Genèse réci­pro­que, p. 106 : extra nos et néanmoins pro nobis (VST, p. 285).
VST, p. 87-89
Prédestination médiée : Interprétation christologique barthienne de la prédesti­na­tion : Jésus est l’Élu réprouvé.
VST, p. 94-96
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Témoignage intérieur du Saint Esprit : Le témoignage intérieur du Saint Esprit est l’apport essentiel de Calvin à la foi, à la théologie, à l’Église chrétienne (EP, p. 179). Tel quel, il reste tout à fait valable, mais il a été formulé dans une situation historique de chrétienté qui n’existe plus aujourd’hui. Afin de rendre compte, en effet, de cette conception dans le présent monde, il faut tenir compte de ce qu’aujourd’hui le christia­nisme c’est l’Église (l’Église, ses œuvres, ses mouvements, ses institutions). C’est pour­quoi, il convient de donner leur statut propre à ces réalisations: celui d’at­tes­tations* externes du Saint Esprit. En effet, nous ne pouvons parler de témoignage inté­rieur dans ce cas: tant pour ceux qui sont membres de l’Église que pour les gens qui vivent hors d’elle, l’Église (mais aussi l’Écriture, les sacrements, la diaconie) est une attes­ta­tion externe.
Voir Attestation externe du Saint Esprit, p. 104 ; Ecclesia, p. 109 ; Église, p. 109. EP, ch 6.
Inspiration et effusion ou illumination et assistance ? : Comme Principe, dans la révélation en voie de formation (ou histoire sainte), le Saint Esprit agit comme ins­pira­tion et effusion. Dans la révélation opérationnele, il a un rôle d’Agent, il est illu­mina­tion et assis­tance.
Voir Anthropique : paraclétique, p. 55 ; Axiome, p. 29; Emmanuel-Ressuscité, p. 85 ; Esprit, p. 100 ; Heurt, Résilience, Rebond, p. 20; Transcen­dance, p. 118.
Cœur nouveau (un) : À côté de la chair (BaSaR ; en grec, à la fois sarx et sôma), de l’âme (NéPhèCh, grec : psychè), de l’esprit (RouaHr ; grec : pneuma) (note 1), des entrailles (Ra­Ha­MiM ; grec : splanchna), le cœur (LeV ; grec : kardia) est un composant de l’an­thro­po­lo­gie bi­blique qui compte beaucoup. En Dieu, il désigne le siège de la justice et de la misé­ri­corde, de la fidélité (ou grâce) et de la vérité ; en l’être humain, le lieu des orientations et des décisions, de la métanoïa (con­ver­sion reli­gieuse). On peut le rapprocher du plus intime de l’intime (intimior intimo meo) augusti­nien. La parole* de Dieuk ne s’adresse pas d’abord à l’intelligence (note 2), n’est pas de l’ordre des sentiments, mais touche le cœur. Le témoignage intérieur du Saint Esprit est « secret », il a lieu dans le cœur et éclaire notre entendement. Le cœur a sa logi­que, ces « raisons que la raison ne connaît point » (Pascal, Pensées, Brunschvicg, n° 277).
Le cœur nouveau est un effet de l’Écriture avec le Saint Esprit (la parole* de Dieu. Je le décris comme un élargissement*, une appropriation* du salut et un appro­fon­­dis­­se­­ment*.
La façon de parler de la Bible hébraïque est synthétique, la chair, l’âme, l’esprit, le cœur expriment chacun l’être humain en entier ; ce sont des apparaître d’une seule et même personne. Lorsque la parole* de Dieuk* parle au cœur, cela concerne notre être et notre devenir en entier.
VST : ch 3 : 73-141.
Élargissement : Possibilité d’insérer notre espace-temps* dans les limites Pre­mière* et Dernière, ce qui produit, par voie de conséquence, une subjectivité élargie.
Voir Premier et Dernier, p. 35, 41 ; Recréation de notre subjectivité, p. 103.
VST, p. 89-98

Appropriation : Elle est l’œuvre du Saint Esprit* qui nous approprie le don de Dieu, de l’ordre du donum*, touchant notre être dans sa totalité et produisant des réactions spéci­fi­ques sur le plan de la volonté et de l’intelligence. Nous ne nous approprions pas les dons du Seigneur (charismes), nous les actualisons et les personnalisons. Ils ne nous aliènent pas, ils développent notre personnalité propre, activant chez nous des possiiblités jusque là inertes. Voir Recréation de notre subjectivité, p. 103, Subjectivité, p. 62.
EP, p. 70, 74, 156, 169, 240 ; VST, p. 98-114, 115, 118, 128, 137, 139, 157, 171, 180, 194, 220, 336
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Approfondissement : Il va plus loin que l’appropriation, au cœur de notre être.
Voir Manière(s) d’être, ci-dessous, Recréation de notre subjectivité, p. 104.
VST, p. 114-141
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(1) La Bible n’est pas intellectualiste, elle ne mentionne guère le cerveau. Job parle de la « moelle de ses os » (21, 24), Le même mot (MoaH) signifie « moelle « et « cerveau » (ce qui est physiologiquement très juste).
(2) La Bible hébraîque n’a pas de conception abstraite de la pensée ou de l’intelligence (BîNaH) comme dans la culture grecque où pluseurs termes s’y rapportent expressément : sunèsis, nous, phronèsis, dianoïa.
Manière(s) d’être (d’exister) (way of life ; Wesen) : Si je ne reconnais pas d’analogie de l’être (au sens d’analogie ­dans l’être, en matière d’être) entre le Saint Unique et l’humanité mul­tiple, entre le Cré­a­teur et la créature, je constate une analogie de la manière d’être (de devenir) en l’espèce de la qua­lité de l’existence, à savoir : la sainteté. Cette analogie est du domaine de l’Alliance qui existe non à la façon du don­né, mais du don, relevant d’une compréhen­sion juridique et eschatologique, non naturelle, mais néanmoins effective.

L’Alliance du Sinaï concerne l’identité du Peuple mis à part, elle est centrée sur l‘ob­servance des commandements et la reconnaissance pour les dons du Sauveur et du Créa­teur. L’Alliance de la foi, ouverte à tous (celle d’Abra­ham, vécue en Jésus Christ et par lui), relève de l’existence charismatique (œuvre du Saint Esprit).
La manière d’être (de devenir), notre façon d’exister, est plus que le comportement, elle implique l’expression verbale.
Voir : Alliance, p. 80 ; Analogie, p. 51 ; Centre de gravité ontologique, p. 65 ; Ontolo­gie, p. 64 ; Wesen, p. 103.
EP, p. 16-17, 54, 69, 72, 85, 01, 108, 116, 118, 122, 141, 148, 155, 157, 168, 175, 185, 194, 197-198, 210, 212-213, 220-222, 224, 226, 239, 243, 244, 246
VST, p. 20-21, 36, 41, 50, 62, 65, 69, 73, 77, 88, 93, 97-98, 101, 110, 112, 119, 122, 123 129, 140, 146, 151, 157, 163, 165-166, 172, 174, 180-181, 193-195, 198, 201-206, 209-232, 233, 250, 265, 269-271, 273, 275, 279, 284, 291, 298, 300-302, 306, 311, 314 , 317-321, 336, 344, 346, 349-50
Recréation de notre subjectivité : effet concret de l’analogie de la grâce par op­po­si­tion à celle du désir.
Voir Analogie, p. 51 ; Désir, p. 74 ; Décentrement, p. 87 ; Subjectivité et inter­sub­jectivité, p. 62.
EP, p. 221-227 ; VST, p. 120-138
Wesen : mot allemand que l’on traduit parfois par « essence », mais qui a plutôt le sens de « manière* d’être », de « manière d’être spécifique ». C’est une essence qu’on ne peut op­po­ser à l’existence puisqu’elle en est une forme singulière et typée.
Ne vaudrait-il pas mieux traduire Wesen par « manière d’exister ». Lorsque je parle de « manière d’être », je vise, en fait un « exister », un "devenir".
VST, p. 221 et note, 227, 298
Témoins (faith’s whitnesses, Glaubens Zeugen) témoignage (testimony, Zeugnis): De tout temps, le christianisme a connu des témoins, mais le temps de confusion et de mutations d’aujourd'hui a vocation à devenir celui des té­moins. Le temps de ceux qui, en paroles, en actes, par le don de leur vie, rendent té­moi­­gnage du et au « Témoin fidèle et véritable » qui est « l’A­men » (Ap 3, 14).
Nous sommes faits témoins, rendus tels, en fonction des circonstances (à savoir : les autres témoi­gnages, les témoignages bibliques attestés par le témoignage intérieur du Saint Esprit, avec l’attesta­tion* externe de l’Écriture et de l’Église) et grâce à cette Occasion qu’est Jésus Christ acte et objet de foi.
Reprenant l’algorithme* sotériologique de Luther (AML) : « Toujours pécheur, toujours juste c’est-à-dire toujours pénitent », je dis: « Toujours en nous-mêmes, tou­jours débordés* par le Ressuscité, c’est-à-dire toujours témoins ». En donnant le pas au témoin et au témoignage sur l’élu et l’élection, est-ce que je ne retourne pas au confes­sio­n­na­lisme et aux œuvres ?
Le témoignage chrétien est, au premier abord, une attestation* externe de Celui en qui nous mettons notre confiance et notre espérance. Dans ce moment-là, notre inter­lo­cu­teur peut penser : « Ce dont il témoigne est « saint, juste et bon » (Rm 7, 12), comme, du vivant de Jésus, certains pouvaient dire : « N’est-ce pas le Messie ? » (Lc 3, 15 ; Jn 4, 25). Le témoignage chrétien ne se parachève que lorsque le « moment de l’Évangile » s’est produit chez celui que nous avons rencontré. Autrement dit : lorsqu’il y a eu entre nous un contact avec la parole* de Dieuk qu, étant mise en œuvre dans la démythisation* du Christ et annoncée, effectue la médiation*.
La relation entre le témoignage chrétien et le témoignage* intérieur du Saint Esprit s’établit comme suit : je rencontre une parole vivifiante pour moi, laquelle me met en mesure d’apporter de la Vie à d’autres
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Notre témoignage, l’Église* (en particulier, comme Ecclesia* ne se repré­sen­tent pas
les effets qu’ils produisent, même s’ils s’en doutent. C’est comme la beau­té des ani­maux, elle vient d’eux, mais elle existe pour nous et pas pour eux. C’est aux gens de l’ex­té­rieur qu’il est donné de les découvrir. Le danger vient de ce que l’Église* ou le chrétien disposent des moyens pour se présenter aux regards tels qu’ils veulent paraître, afin de lier leur authenti­ci­té à cette visibilité, tabler sur elle pour asseoir leur autorité.
EP, p. 125-126, 129-130, 206-207, 223, 245 ; VST, p. 9-12, 14, 21, 24-34, 36, 54-59, 62, 66, 72, 87, 91, 97, 109-111, 118, 144, 146, 151, 157-164, 173-174, 176-177, 185-186, 196, 200-209, 217, 220-223, 226-227, 229- 235, 238, 243, 262, 267, 275, 284-285, 289, 291, 298, 300, 319, 324-325, 328-329, 333-334, 337, 339, 341, 348-352
Contre témoignage : Le témoignage chrétien connaît des tentations ou des défis internes. Sans prétendre être exhaustif, je les caractérise comme une temporalisation de la médiation* de la foi mal vécue, un désespoir de la révélation, l’angoisse d’une faillite de l’Évangile, le contre témoignage.
VST, p. 338-342
Déchristianisation : Je fais une différence entre la déchristianisation, qui est un phénomène spirituel, la laïcisation, qui est un phénomène politique et la sécularisation, qui est un phénomène culturel.
VST, p. 249-268
Attestation externe (external attestation, extern Zeugnis) du Saint Esprit : Il n‘y a de témoignage intérieur* du Saint Esprit, de médiation* de la foi*, qu’avec la parole* de Dieu (lorsque nous recevons l’Écriture avec le Saint Esprit*). L’Écriture*, le témoignage d’un chrétien, l’Église* sont des attestations externes, des médiatisations produites par des inter­mé­diaires (voir Média­tion, p. 91). L’Écriture au titre du lieu où se produit la parole* de Dieu, le témoignage* indivi­duel et celui de l’Église dans la mesure où, étant nourri-e-s de l’Écriture, l’un et l’autre conduisent à celle-ci.
L’attestation externe du Saint Es­prit concerne la chrétienté* (non constan­ti­nienne) vécue de l’intérieur ou le christianisme* vu de l’ex­térieur, de façon descriptive, par des personnes (qu’elles soient mem­­bres de l’É­glise* d’une façon sociologique ou ex­térieures à celle-ci) qui en saisis­sent bien l’his­­­­­toire et les spé­c­i­fi­cités théoriques et pratiques, sans que se produise pourtant le témoignage intérieur du Saint Esprit* ou sans quelles soient en mesure d’identifier cette opération pour ce qu’elle est parce qu’elles se trouvent être, ou demeurent, étrangères à la parole* de Dieu*.
Dans ce cas de figure, la chrétienté*, le christianisme*, l’Église* ou même l’E­c­cle­­sia* restent au stade du pro­blème (voir Aporie, p. 26). L’attestation externe est en quelque sorte l’en­vers du témoignage intérieur* du Saint Esprit ou l’indicaion d’un tel témoignage, sa suppo­si­tion. Histoire des religions, phénoménologie des religions, théo­lo­gie des religions élaborées sans préjugés doivent reconnaître en dernière analyse qu’il leur manque un élément et même une clé qu’ils saisissent en creux sans pouvoir les nommer.
L’attestation externe du Saint Esprit est d’abord l’Écriture*, elle a, ensuite, une composante ecclésiale et une composante individuelle, mais elle reste de l’or­dre d’une connaissance, d’une informa­tion, ce n’est jamais un ob­stacle* intelli­gible mar­qué par l’intel­li­gi­bilité du Saint Esprit*. On peut la comparer à un poteau indicateur qui n’est pas lui-même la destina­tion qu’il indique. L‘­Écriture, attestation externe, ne devient parole* de Dieuk qu’a­vec le Saint Esprit, l’Église* ne devient attestation externe du Saint Esprit que dans la mesure où elle vit de la parole de Dieuth. L’É­criture est attestation externe du Saint Esprit au premier degré, l’Église l’est, mais au second de­gré, dans la mesure où elle naît et vit de l’Écriture devenant parole de Dieuk pour elle.
La rencontre avec des œuvres d’art peut faire naître une vocation artistique, la mu­séo­graphie n’aura aucun effet de ce genre ; la lecture des œuvres littéraires suscite des écrivains-écrivines, les cours de littérature forment des chercheurs et des critiques ou, par­fois, des pédants. Le témoignage chrétien sous sa forme kérygmatique, paréné­tique, éthi­que, caritative, poétique, lyrique, artistique, dans la mesure où il démy­thise* le Ressuscité engendre* des chrétiens ce qui n’est pas le résultat de la simple fréquenta­tion de l’Écriture* ou de l’Église* (sous ses divers aspects).
Entre EP et VST, ma pensée marque une évolution, sur ce sujet, mais garde toujours le même cap.
Pour la société, mondialisée ou non, le christianisme se situe sur le plan de la « représentation » au double sens de Vorstellung et de Stellver­tre­tung (note 1). Hegel et Scho­pen­hauer parlaient de Vorstellung, Dorothée Sölle parle de Stellvertretung (c’est déso­rmais à nous de « Faire quelque chose pour Dieu », La Représentation, traduction française, p. 162) (note 2), mais cette attestation externe n’existe que parce qu’il y a, par ailleurs, sur le plan de la vie personnelle, communautaire et ecclésiale, une réelle vie chré­tienne qui peut parler au monde à travers le témoignage des chrétiens qui dé­my­thise* le Ressuscité. L’attestation externe du chris­­tia­nis­me* (Écri­ture* et Église*) se situe sur le plan de la réprésentation (voir Anthropo­lo­gie théologique, p. 15). Cette représenta­tion court le risque de se prendre ou de se substituer à l’ac­tu­alité véritable du Christ (Em­manuel Ressuscité), de devenir théâ­trale, en revanche, elle prend tout son sens parce qu’elle s’accom­pagne de notre témoignage : ce que le Saint Esprit nous donne d’être pour le monde.
L’attestation externe diffère du témoignage en ce qu’elle ne fait que décrire et re-pré­senter ce qui est intériorisé, actualisé, effectué, dans et par le témoignage. L’É­glise n’intério­rise pas, elle entérine, elle homologue et édicte, elle consacre, ritualise et sacralise, elle mobilise (ou immobilise). Le témoin s’efface devant Celui auquel il rend té­moignage. En parti­cu­lier lorsque ce té­moi­gnage consiste dans la démythologisation du mythe christique. L’Écriture, l’Église, ne peuvent s’effacer, car elles sont des établisse­ments, elles ne peuvent se déprendre d’une attestation forte d’elles-mêmes, qui les met en position d’intermédiaires. L’attestation externe est liée aux médiatisations, aux inter­mé­diaires (voir Médiation, p. 91). En ce qui concerne l’Écriture comme l’Eglise, si elles sont des facteurs de sacralisation, de resacralisation du monde, elles ne sont plus même des in­ter­mé­diaires, elles n’effectuent plus de médiatisation, elles ne sont plus des attesta­tions externes, elles deviennent des objets de vénération, de culte, de crainte religieuse, des obstacles opaques.
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(1) Il ne faut pas confondre la Stellvertretung (lieutenance, vicariat) de Luther, traduite par « Représentation » avec la représentation (Vorstellung) comme faculté cognitive (Hegel, Schopenhauer), même lorsqu’il s’agit du témoignage qui possède ces deux dimensions.
(2) J. Gruber, « La Représentation de Dorothée Sölle », Revue d’histoire et de philosophie religieuses de Strasbourg, avril-juin et juillet-septembre 1986, p. 207-210.
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Voir Anthropologie de la parole de Dieu, p. 16 ; Ecclesia, p. 109 ; Église, p. 109 ; Mythe christique, p. 87 ; Té­moi­­gnage intérieur du Saint Esprit, p. 101 ; Unité lisible, p. 111.
EP, p. 176, 218, ch 6 231-242 ;
VST, p. 20, 24, 48, 66, 67(note), 70, 88, 99, 107, 110-111, 114, 157-158, 160-161, 164, 170, 176, 185, 205-206, 222, 232, 248, 283-286, l’Ecclesia comme attestation externe : 291-333, 340-342, 35, 349-351
Accomplissement: Dans une anthropologie* de la parole de Dieuth, l’ac­com­plissement concerne les relations entre Premier et Nouveau Testaments : la révéla­tion qui vient à maturité (voir Ré­vé­­­lation, p. 21) : EP, p. 94-106
Pour l’accomplissement historique réalisé par Jésus, nous n’avons pas besoin de recourir au paulinisme (le salut par grâce, par le moyen de la foi). Déjà l’évangile selon Marc témoigne d’un « salut par la foi » qui ac­com­­plit la tradition de Moïse (Mc 2, 5-12 ; 5,34 ; 5, 36 ; 9, 23 ; 10, 52 ; 11 24).

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À la suite de Jésus, c’est par la foi* que nous accomplissons la Loi. Cette dernière est accomplie sans être abolie, car, dans et par la foi, il nous est donné de l’accomplir comme spontanément, sans la moindre idée de mérite, sans être centrés sur l’application de ses prescriptions au risque d’être obnubilés par elles (Mc 10, 28 et par.: Pierre s’étonne d’avoir tout quitté pour suivre Jésus ; Mt 25, 37-39, les justes s’étonnent d’avoir accompli quelque geste de compassion à l’égard de Jésus). Voir Inconscient de la main gauche, p. 74.
Dans l’Évangile, je note au moins ces trois au quatre points qui jalonnent l’ac­com­plis­sement actualisé par Jésus : a) la relation directe, intime, de Jésus au Père qui dépasse celle des inspirés de la Bible hébraïque et la comparaison du Seigneur qui est « comme un père » pour son peuple; b) l’ouverture de l’Alliance* aux pécheurs, aux exclus du peuple d’Israël: « les brebis perdues du peuple d‘Israël » (Mt 10 6) et aux « nations » (les goïm); c) la meilleure justice et l’amour par excellence (VST : 128-130), impliquant une in­té­rio­ri­sa­tion de la Loi (Mt 5, 17-39, Paul et la circoncision du cœur, Rm 2,29, mais, déjà, De 10,15) ; d) l’annonce du Règne en relation avec le titre eschatologique de Fils de l’homme que Jésus s’applique à lui-même.
Sur le plan théologique: cet accomplissement, compris comme substitution de l’É­glise à Israël, a nourri l’an­ti­judaïsme et l’antisémitisme chrétiens. Il faut reprendre cette no­tion dans la perspective ouverte par Luther : le salut (l’accomplissement) se réalisant en Christ, extra nos (hors de nous) et néanmoins pro nobis, (à notre place, à notre bénéfice, pour nous). L’Apocalypse le dit à sa façon lorsqu’elle parle du Res­sus­cité comme étant l’A­men (3, 14). La position de Luther avait été combattue par le concile de Trente et le catholicisme posttri­dentin sous l’accusation d’extrincésisme (si le Christ ne s’incarne pas de façon substantielle dans l’eu­cha­­ris­­tie, le salut ne s’incarne pas non plus de façon sur-naturelle dans des vies sauvées). Par delà ses Traités antisémites, Luther ouvre, de façon inattendue, la voie à un prosionisme chrétien dont se réclame aujourd'hui le fondamentalisme évangélical.
Dans une anthropologie* théologique, l’accomplissement en et par Jésus Christ : Extra nos et néanmoins pro nobis (VST 285-286) intéresse la christologie et la sotério­lo­gie. , voir Genèse réciproque, ci-dessous.
EP, p. 39-41, 79, 80-81, 89, 98-100, 103-104, 123, 134, 152, 157, 159, 173-174, 190-191, 196, 208, 211, 235, 240, 244 ;
VST, ch 6 : Essai de clarification du concept d’accomplissement, p. 284-ss..
Genèse réciproque (reciprocal genesis ; reziprok Entsehung) : il s’agit a) des rela­tions entre la Bible hébraïque et le Nou­veau Testament (EP, p. 98-99) ; b) de l’autogenèse des religions. Elle implique des religions qui sont ouvertes à l’histoire et aux autres religions. C’est une autogenèse au cours de laquelle nous nous ouvrons aux autres sans perdre notre cap, nous nous enri­chis­sons en reconnaissant nos dettes (VST, p. 286-288, 311-316). C’est une pro­po­sition pour le dialogue avec le peuple Juif et avec les autres religions.
Au contraire du nihilisme faible qui, avec la religion de la vie et la démocratie, est aujourd'hui la cul­ture de l’Occident, la Ge­nèse réciproque ne cherche pas à annuler les diffé­rences, mais, au contraire, à les faire travailler.
Exemples: Dans quelle mesure est-il légitime pour des non-Juifs, de recevoir comme parole de Dieu des paroles nommément adressées au peuple élu dans le Premier Testament? (rôle du témoignage intérieur du Saint Esprit, sans doute, autrement dit: avec un effet de reconnaissance pour eux qui ont reçu ces paroles et ceux qui les ont transmises avec toute leur force jusqu‘à nous).
Les Juifs ont une fête de la Création (RoCh haChaNaH), cela doit nous faire réfléchir et avancer sur la place d’une l’écologie de la foi dans la vie de nos Eglises.
Dans des contextes pourtant bien éloignés, les hindouistes et les Juifs, font place à l’idée de la réincarnation. Sans chercher à nous adapter à cette conception, cela doit nous interroger et nous faire progresser sur la résurrection de la chair (de l’individu personnalisé).
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Les bouddhistes sont en position, non de nous faire évoluer, mais de faire progresser notre réflexion sur les notions de moi et de soi.
Que le Coran fasse de Mahomet le Paraclet annoncé par le ivème évangile, plutôt que de nous enferrer dans l’apologétique, est l’occasion de prendre une meilleure conscience de ce que nous affirmons lorsque nous confessons que le Saint Esprit est le Saint Unique lui-même.
Juifs et chrétiens sont sous le même toit, mais logés à des étages différents. Si des meubles semblables s’y trouvent, ils sont de styles différents et disposés d’autre façon. Nous pouvons être invités au rez-de-chaussée, en particulier pendant la semaine des cabanes, mais, en raison de la kachrout, il nous est moins facile de recevoir chez nous, au premier étage. Le dialogue œcuménique intrachrétien devrait être d’autre nature (charisma­tique) et visant une autre fin que l’au­to­ge­nèse (VST, p. 330-333).
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TABLE DES MATIÈRES
Présentation, p. 5 : Penser la foi chrétienne en crise, p, 5 ;
L’intelligence de la foi dans une culture protestante, p. 5 ;
Faire de la théologie après la fin d’une ère de chrétienté constantinienne, p. 6 ;
Rendre compte de sa foi même au regard des mises en cause provenant de la déconstruction, p. 6.
Historique de mon travail, p. 7 : Reconnaissance de dette, p. 7 ;
Suite à donner, p. 8
Pour une élabroation plus avancée, p. 9 ;
Proposiiton de lecture, p. 10.
Liste alphabétique des entrées de l’Index raisonné p. 11
Premier groupe : la Parole, p. 15 : § Anthropologie théologique, p. 15 - antécédents philosophiques, p. 15 - données théologiques, p. 15 ;
§ Anthropologie de la parole de Dieu ,p. 16 ;
§ Bible, Écriture, Parole, p. 17 ; § Infra­bible, ultrabible, p. 17 ; § Vérités scripturaires, p. 18 ; § Cercle herméneutique de la parole de Dieu, p. 18 ;
§ Évan­gile, p. 18 ; § Faillite de l’Évangile, 18 ; § Évangélical, p. 18 ; § Canon biblique, p. 18 ; § Parole de Dieu , p. 19 ; § Moment de l’Évangile p. 19 ;
§ Obstacles, p. 20 ; § Heurt, p. 20 ; § Rebond, p. 21 ;
§ Révélation, p. 21 ; § Révélation en voie de formation et révélation opérationnelle, p. 21 ; miracle, p. 23.
Deuxième groupe : Théologie(s), p. 25 : §Théologie, p. 25 ; § Théologie et théographie, p. 25 ; § Théo­logie molle, armée, vertébrée, p. 25 ; § Théologie inductive ou déductive, p. 25 ;
§Tradition, p. 25 ;
§ Aporie, énigme, mystère, paradoxe, problème, p. 26.
Troisième groupe : questions d’épistémologie, p. 29 : § Axiome, p. 29 ; § Algorithme de Martin Luther, p. 29 ;
§ Irréductibles, p. 32 ;
§ Premier et Dernier, p. 35 : mise en perspective, p. 35 -univers des religions, p. 36 - pensée moderne, p. 37 - psychologie des profondeurs, p. 39sciences, p. 40 - retour à la notion de Premier et Dernier, p. 41 ;
§ Éléments de méthodologie, p. 42 : rappels, p.43, - aller à la racine, p. 44, - se tenir au plus près de la Source , p. 45, - prendre appui sur une terre ferme , p. 45, - procéder par sauts quali­tatifs finis, p. 46, - exemple : Anselme de Cantorbery , p. 48, - un gage de véracité p. 48, - une dimension universaliste, p. 49 ; § schéma récapitulatif , p. 49, - applications, p. 50 ;
§ Analogie p. 52 : - analogie de la foi , analogie de l’être , p. 52, - analogie de la grâce p. 53, - analogie du Royaume (ou du Règne), p. 53, - analogie contex­tu­ell, e p. 53, - analogie de l’idée, p. 54 ; § Asymptote, p. 54 ; § Vérité incommode et dérangeante, p. 54.
Quatrième groupe : l’être humain p. 55 : § Anthropique, démonique, pneumatologique, charismatique, paraclétique, p. 55 ;
§ La Source, p. 56 : - la qualité , p. 56, - incidence christologique, p. 58, - la pensée et la parole, p. 58 ; § Le Sujet (s-ad-sub-jet, p.61), p. 59 ; §Subjectivité, intersubjectivité, p. 62 ;
§ Image et ressemblance de Dieu, p. 62 ; § Ontologie, p. 64 ; § Centre de gravité ontologique, p. 65 ;
§ La Pensée p. 69 ; § Néant putatif, p. 70 ;
§ Autonomie ou liberté, p. 71 ; la Providence, p. 72 ; § Aptitude et capacité, p. 72 ; § Désir (libido), aspiration (desiderium), besoin, demande, p. 74 ; § Inconscient de la main gauche, p. 74.
Cinquième groupe : le monde et l’univers, p. 75 : § Actualité, p. 75 ; § Réalité proleptique, p. 75 ; § Réel, p. 76 ; § Virtuel, artificiel, imaginaire, utopique, vide, p. 76 ; § Concret ou vécu,, p. 76 ; § Conditions et circonstances p. 77 ;
§ Confusion, mutations, engendrement , p. 77 : - confusion , p. 77, - mutation, s p. 80, - engendrement, p. 79 ; § Engendrement, p. 79 ;
§ Culture, cultural, culturalités , p. 79 ; § Espace-temps, p. 80 ; § Alliance, p. 80 ; § Limite(s), logique des limites, p. 80 ; § Négativité, p. 81 ; § Adossement, p. 81, § Tension eschatologique p. 81 ;
§ Eschatologie réalisée ou actualisée, p. 81 ; § Panthéisme, panenthéisme, p. 82 ;
§ Le hors-Tout , p. 82 (incidences théologique, morale, mathématique p. 83, nihiliste p. 84) ; § Le Vide et le vide, p. 84.
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Sixième groupe : le Christ Jésus de Nazareth, p. 85 : § Messianique, p. 85 ; § Résurrection, p. 85 ; § Em­manuel-Ressuscité, p. 85 ; § Débordés par le Ressuscité, p. 85 ;
§ Corps de Christ p. 86 ; § Décen­tre­ment, p. 87 ; § Mythe christique ou messianique p. 87 ; §
Démythisation, p. 88 ; § Signifiant et signifié, p. 88.
Septième groupe : le Salut, p. 89 : § Urgence essentielle, p. 89 ; § Unique nécessaire, p. 89 ;
§ Quali­fi­ca­tion (temporalisation), p. 89 ;
§ Coïncidence, p. 90 ; § Médiation de la foi, médiatisations, médiations immanentes, immédiateté, instantanéité, p. 91 ;
§ Foi, p. 91 ; § Aujourd'hui du salut par la foi, p. 91 ; § Do­kimazein p. 92 ; § Donum et datum p. 93 ; § Écart spécifique de la grâce p. 93 ;
§ Changement de temps, d’histoire p, . 93 ; § Temps, histoire, temporalisations, temporalités, éternité, p. 93 - réflexion des historiens modernes sur l’histoire, p. 93, - réflexion concrète sur l’histoire, p. 94 ; § Salut dans l’histoire et pour l’histoire , p. 96 ; § Histoire sainte et salut dans l’histoire, p. 96 ; § Sortie des histoires saintes, p. 97.
Huitième groupe : l’Esprit Saint, p. 99 : § Pentecostal, p. 99 ; § Substance, nature, énergie, charisme, p. 99 ;
§ Esprit, p. 100 ; § Esprit d’adoption, p. 101 ; § Adoption, p. 101 ; § Élection ou sélection, p. 101 ; § Élection médiée, p. 101 ; § Prédestination médiée, p. 101 ;
§ Témoignage intérieur du Saint Esprit, p. 102 ; § Inspiration et effusion, illumination assistance, p. 102 ;
§ Cœur nouveau, p. 102 ; § Élargissement, p. 102 ; § Appropriation, p. 102 ; § Approfondissement, p. 103 ;
§ Manière(s) d’être (manière-s d’exister), p. 103 ; § Recréation de notre sub­jectivité, p. 103. ; § Wesen , p. 103 ;
§ Témoins, témoignage, p. 103 ; § Contre témoignage, p. 104 ; § Dé­chris­tianisation, p. 104 ; § Attestation externe du Saint Esprit, p. 104 ;
§ Accomplissement, p.105 ; § Genèse réciproque, p. 106.
Neuvième groupe : l’Église, p. 109 : § Église , p. 109 ; § Ecclesia , p. 109 ; § Unité, p. 110 ; § Unité lisible,
p. 111
Dixième groupe : le Saint Unique, p. 113 ; § Absolu, , p. 113 ; § Le Saint Unique, p. 114 : interpréta­tion de la Trinité, p. 115 ;
§ Transcendance, p. 119 : - A) données bibliques, p. 119 ; B) théologie chrétienne, p. 120 ; C) alternative du salut par la foi, p. 121 ; D) théologie déductive, théologie inductive, p. 123 ; § Bas­culement de la Transcendance sur nos transcendances, p. 123 ; § Transcendance tendancielle, p. 124 ;
§ Bien­veillance pédagogique de Dieu, p. 124
Onzième groupe : l’Éthique p. 125 : § La Valeur , p. 125 ; § Renversement non subversif de la Valeur et des valeurs, p. 126 ; § Éthique éthologique, p. 127.

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