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n'abordez pas les rubriques qui suivent sans avoir pris connaissance de la Présentation (pages 5 à 10)
Jacques Gruber
THÉOLOGIE
ET
DÉCONSTRUCTION (sigle : THEODECT)
essai de théologie préfigurative en tout respect
mise à jour de notre langage théologique chrétien
une redécouverte de notre foi
Paris 2011
Working out christian Theology
in regard to our western selfcriticism (namely: deconstruction)
essay on respectful advanced Theology
our christian theological language up to date
rediscovering our faith
Bearbeitung der christlichenTheologie
in Aufmerksamkeit zu unserem abendländischen Selbstkriticismus
(anders gesagt: Dekonstruktion)
Essay über respektvolle Spitzen-Theologie
unsere christliche theologische Sprache auf dem neuesten Stand gebracht
eine Wiederentdeckung unseres Glaubens
si vous reproduisez, copiez ou téléchargez ces textes, je vous demande de porter la mention :
copyright Jacques Gruber, Théologie et déconstruction, Paris 2011
vous trouverez une table des matières à la page 88bis
je répondrai aux commentaires dans la mesure de mes moyens
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CINQUIÈME GROUPE : le monde et l’univers
Actualité (virtuality, Dasein) : L’actualité place en premier lieu l’agir, l’apparaître et l’esprit (le faire et non le donné, l’apparaître et non le paraître des faits, la manière* de faire, le style, le ton), elle est ouverte au concret, au contexte, elle est dans l’histoire (car elle ne se conçoit pas sans un avant et un après), elle est disponible au neuf, au nouveau, à l’inattendu, apte aux irruptions, à l’imprévu. Phénoménologie et pragmatisme. Son unité de mesure est l’aujourd’hui*. L’actualité alignée sur une réalité* (ci-dessous) est une alternative au réalisme occidental (dans ses diverses acceptions) comme à la fabulation orientale et à la déréalisation extrême orientale. Je remplace les notions de substance et de nature par celle d’actualité (voir Substance, p. 99).
Réalité proleptique (proleptic Reality, proleptische Realität): nous ne connaissons que des actualités alignées sur une réalité de l’ordre d’un universel concret lié à la fin de l’histoire qui, pourtant, peut être actualisée de façon anticipative comme Entièreté*. Ces réalités et réalisations revêtent un statut d‘effectuations. Il s’agit d’un faire, d’un agir, qui est conceptualisé, nommé, dit. Ces actualités, axées sur la réalité finale, forment un tissu et une histoire. L’unité de mesure de l’actualité est l’aujourd’hui (voir Aujourd'hui du salut par la foi, p. 91).
L’actualité est une connaissance de la réalité, elle est d’ordre épistémologique, alors que la réalité est d’ordre ontologique. Parler de réalité proleptique, c’est viser la réalité en son centre* de gravité : 1) l’actualiser comme ce contre quoi l’on se heurte (un donné contextuel concret, délimité dans l’espace et dans le temps au sein de multiples connexions, sans que rien ne l’empêche d’être universel) ; 2) la concevoir de façon phénoménologique par le rebond* provoqué par ce heurt* (à la fois dans et par son adossement en arrière, sa projection en avant, ses relations latérales) ; 3) la nommer par son propre nom de réalité proleptique et transcendantale (non au sens kantien, mais au sens des nombres transcendantaux) : dynamisme en voie d’achèvement, de parachèvement, dont il nous appartient qu’il soit ou non vécu, ici et maintenant, comme totalisation ; 4) l’exprimer à bon escient soit dans le discours de la connaissance et de la science, soit sur le registre de l’existence ontologiquement fondée (Voir Centre de gravité ontologique, p. 65).
L’actualité vécue par nous est toujours ensemble de l’ordre des processus psychiques (ressentir, penser, vouloir) et de l’ordre des états physiques, elle est exclusive de toute explication définitive de ce déroulement concomitant de faits radicalement hétérogènes comme de toute solution satisfaisante concernant cette dichotomie (note 1) Tout cela se passe « comme si », comme s’il existait une relation entre eux (note 2) c’est un irréductible*. Sous la forme d’un algorithme* de Luther (AML), la double actualité psycho-physique se résout (sans se solutionner), non dans la réalité (qui reste proleptique), mais dans une surrection et une marche en avant qui sont l’être humain vivant comme globalité. La NèPhèCh HaY de Ge 2, 7 où HaY signifie à la fois « vivant » et « entier ». Cela dit, sans préjuger d’autres traitements possibles dans les divers domaines des sciences humaines œuvrant sur la plan de l’actualité, non de l’ontologie.
La foi chrétienne est une actualité, un aujourd’hui* du salut* par la foi* pour qui la Réalité (eschatologique) est Jésus-Christ, mais la pensée philosophique connaît l’universel concret hégélien et admet la notion d’eschaton, les mathématiciens ont été conduits à définir des nombres transcendantaux aux limites de l’infini, la science admet être un trésor d’incomplétude.
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(1) Yechayahou Leibowitz (1903-1994), Juif croyant, médecin, biologiste et philosophe, a consacré à cette question qui était celle de sa vie, un livre quasi exhaustif : Corps et esprit. Le problème psycho-physique.
(2) « Je compose comme un seul tout avec lui [son corps] », Descartes, Sixième Méditation, Pléiade, p. 326).
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La Réalité proleptique est de l’ordre du Principe. Dans cette optique de la Réalité proleptique, il n’y a d’irréel que le mensonge (rappelons-nous le cas de Jean-Claude Romand, note 1) tant et si bien que le menteur lui-même s’oblige à y croire (et, finalement, y croit). Le désir, l’aspiration, le fantasme, le rêve, l’idéel, le putatif, la rumination, l’invention, la créativité, l’utopie, la rêverie, le virtuel, l’imaginaire, la fiction, l’espoir, l’espérance, la foi, les possibles, sont des non-concrets néanmoins réels (au sens d’actualités) sans que cela doive entraîner une indistinction générale parce que : a) il y a une différence entre le concret contre lequel nous nous heurtons et qui se temporalise, et le non-concret libéré de la spatialité et qui relève de la seule durée indifférenciée ; b) il y a autant de temporalisations et de temporalités différentes, c'est à dire de façons spécifiques dont peuvent être vécus la chronologie, l’aujourd'hui, le moment, l’instant, qu’il y a de catégories du concret. Le sommeil paradoxal est, comme on peut s‘y attendre, un mixte : il est vécu dans la seule durée informelle (en l’occurrence : une temporalisation qui échoue) alors même que, par ailleurs, notre organisme travaille, livré à une temporalité organique. L’illusion est une erreur, voire un mensonge, dans la mesure où elle prétend faire vivre aujourd'hui, dans la temporalité, un non-concret qui (hormis la réalisation principielle de la Réalité proleptique) n’est actuel que sur le mode de la durée.
Concernant la réalité proleptique, il y a une évolution de EP à VST, dans EP, je n’avais pas bien distingué actualité et réalité (comparer EP, p. 245 avec VST, p. 15-16). En ce qui concerne le Saint Esprit, ultime principe de réalité (EP : 221-227 ; VST : 114) et, de ce fait, Jésus Christ présenté comme la Réalité (voir Premier et Dernier, p. 35, 41) pour les êtres humains que nous sommes (EP, p. 117, VST, p. 207), il y a continuité entre EP et VST. Voir Actualité, ci-dessus).
Réel : défini comme obstacle intelligible, voir Heurt, p. 20 et Rebond, p. 21.
Virtuel, artificiel, imaginaire, utopique, vide* sont réels (en anglais, virtual signifie réel), mais un réel frustré et frustrant, car pas concret (ci-dessous). Lorsque le caractère proleptique de la réalité* est reconnu, tous ces éléments, qui sont des actualités, sont réels (cf Mai 68 : « Prenez vos désirs pour des réalités, ils en sont »). Il n’y a aucun irréel à proprement parler, il y a du concret et du vécu ou du non concret. Le Vide* spéculatif est interprété comme néant (la pensée se trouvant seule en face d’elle-même conçoit le Vide comme néant). Voir Centre de gravité ontologique, p. 65 ; Néant putatif, p. 70.
EP, p. virtuel : 196 ; imaginaire : p. 72, 209, 245 ; utopie, utopique : p. 62, 82, 90
VST, p. virtuel : 16, 40, 44, 92, 153, 186, 198, 214, 218 ; imaginaire : p. 10, 30, 53, 77, 116-119, 136, 149, 152, 154, 181, 218, 276, 332 ; utopie, utopique : p. 49, 51, 69, 162, 166, 190, 194, 250, 312, 323, 327
Concret (ou vécu) : La conception d’une réalité proleptique*, ci-dessus, et le réel défini comme ce contre quoi l’on se heurte (voir Heurt, p. 20) conduisent à assimiler le réel avec le concret vécu, l’effectif. Les réductions (phénoménologiques), les inductions, les déductions se situent dans le concret. Par opposition, on trouve soit des projections ou des idéalisations, soit des abstractions. Les projections (du type Paradis, Ciel, Au-delà) sont des croyances forgées à partir de vécus humains traités par l’extrapolation ou l’hyperbole jusqu’à être parfois même hypostasiés et substantifiés. Les abstractions sont du domaine spéculatif (notions, concepts), elles résultent d’une absolutisation qui se prête au discours de l’Absolu (métaphysique, métaphysique juive, chrétienne, musulmane). Elles ne sont pas à exclure, mais elles ont tendance à prendre une vie propre et à se complaire entre elles, nous menant, sans prendre gare, à des raisonnements et des conclusions qui nous éloignent du donné. Le concret est le point de départ pour des inductions (des monstrations), l’abstrait, pour des déductions (des démonstrations).
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(1) Après avoir fait croire pendant des décennies qu’il était un médecin travaillant à l’OMS, à Genève, J-C. Romand, plutôt que d’avouer son mensonge, a tué son beau-père, sa femme, ses enfants et son chien (1993).
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Le concret vécu dans sa dimension sociétale est le contexte ou l’environnement. Qu’il s’agisse de chrétienté (constantinienne ou non), d’un monde profane ou autrement religieux. Dans les sociétés ambiantes ou mondialisées qu’elles soient marquées par l’animisme, le polythéisme, les religions non chrétiennes, par une forme de chrétienté ou par la sécularisation, le chrétien n’est jamais comme un poisson dans l’eau. Cela ne lui est cependant pas préjudiciable à vrai dire parce que, pour autant que l’environnement mondain qu’il intériorise ne l’écrase pas, ce dernier constitue l’un des principes* opposants (l’autre étant la parole* de Dieuth* sous la pression desquels il naît à la manière* d’être (d’exister) du témoin (voir Algorithme de Luther, p. 29).
Pour la réduction (phénoménologique), l’induction, la déduction : , p., l’index thématique à ces mots. Pour l’abstraction : voir Absolu, p. 113 ; Irréductibles, p. 32 ; Néant putatif, p. 70 ; Révélation, p. 21 ; Transcendance, p. 118.
Voir Conditions, circonstances, ci-dessous).
concret : EP, p. 87, 91, 225, 228
VST, p. 16, 27, 62-64, 92, 96, 120, 137-138, 151, 153, 163, 167, 171, 175, 198, 203, 211, 215-216, 218, 235, 311-312, 346, 351
vécu : EP, p. 18, 22-23, 55, 78, 88, 90, 92, 95, 108-109, 112-113, 132, 134, 137, 150, 152, 154, 158, 171, 176, 178, 182-183, 193, 207-208, 215, 222, 229, 231, 236, 239
VST, p. 10-11, 14, 16, 21, 24-25, 28, 30, 44 (note), 46, 49-50, 57, 63-64, 65 (note), 68-70, 81-82, 89, 91-92, 96-99, 107, 114, 121, 127, 131,135, 144-145, 158, 160, 163, 170, 173-174, 177, 183, 185, 189, 192, 195, 199, 202, 204, 206, 214-215, 217, 224-226, 235, 237, 254, 261-262, 270, 276, 277, 285, 291, 297, 300-302, 209, 319, 324, 329-330, 334, 349
Conditions, circonstances : Les conditions sont des faits nécessaires, des a priori ; les circonstances, elles, sont mêlées (des médiations* immanentes) ; du point de vue épistémologique, les circonstances sont la méthode). Les conditions ne sont pas entièrement contingentes (non voulues), ce sont des régulations provenant du « monde de la vie » (le Lebenswelt de Husserl), de l’ordre d’un déjà-là, un ensemble de données à la fois naturelles, sociales et historiques (le contexte), reconnues comme régulatrices (tradition au sens de fidélité, non de répétition). Les conditions sont déductives, les circonstances sont en partie induites (a posteriori) et en partie déduites (a priori).
VST, p. ch 2 : 35-71.
Confusion, mutations, engendrement : Dans VST, je ne traite pas comme il eût fallu sans doute de la confusion et des mutations ; à vrai dire, elles sont présentes en arrière-plan. « Cette situation durera aussi longtemps que nous refuserons toute idéologie totalisatrice (religieuse ou séculière), que la science restera sur sa lancée exponentielle et qu’il y aura aussi bien des gens portés sur la vénération que dégagés de tout tabou », VST p. 9. Voir Présentation, La crise du christianisme et de la culture occidentale, p. 5).
Confusion : Elle découle du nihilisme faible ou dur qui (avec la religion de la vie) est devenu la culture de l’Occident aujourd'hui (note 1). Par contre coup, la décolonisation s’accompagne d’un réveil des identités culturelles, avec un retour en force du théologico-politique (Républiques islamiques, nationalisme hindouiste et bouddhiste par exemple). La déconstruction philosophique se double de démarches des sciences humaines qui minimisent la disjonction entre animal et être humain, visent à abolir ou à confondre les genres masculin et féminin, à créer des humanoïdes robots, à tenter des manipulations génétiques sur l’être humain (chimères), sans compter les idéologies qui pensent créer un homme nouveau (socialiste) ou un surhomme en intervenant de façon agressive sur le cours de l’histoire au lieu de changer les manières d’être*, de devenir (voir Temps, histoire, éternité, p. 93).
(1) Michel Murat analyse la prose gidiennee qui dit et ne dit pas, croit et ne croit pas, aussi bien qu’à l’inverse (p. 251-253), plus loin, il rappelle le soupçon de fascisme jeté par Roland Barthes sur la langue-même, condamnée à être affirrmative de quelque façon (p. 256) (dans Gilles Philippe et Julien Piat, La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, 2009).
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Pour le citoyen lambda, l’ensemble de ces facteurs a pour résultat le nihilisme philosophique faible et l’anarchisme moral doux teintés de fatalisme, le « magique » auquel on veut croire quand ce n’est pas le retour des superstitions, la confiance placée dans les « psy » : « tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil », « tout se vaut (voire même : se justifie) je suis revenu de tout », « profitons de la vie », « il arrive ce qui arrivera », en attendant : « ça va aller ».
Pour qu’un avancement humain se forge au creuset des métissages en tout genre il faut sortir de la confusion. Que ce soit au risque des mutations imprévisibles sollicitées par nos interventions même les plus scientifiquement menées, ou en donnant sa chance à l’imprévu de l’Esprit accompagnant une Parole qui nous offre un but autre que nous-mêmes.
Mutations : Les mutations qu’il nous est donné d’observer peuvent être physiques ou sociales. Mutations génétiques, biologiques, physiques qui peuvent être naturelles comme le changement de sexe (poissons, crevettes) au cours de leur existence ; artificielles, dans le cas des organismes transgéniques ; psychosomatiques à l’exemple de la transsexualité humaine. Avec Nietzsche (la déconstruction) apparaît la notion de transmutation (ou transvaluation) subversive de toutes les valeurs.
Dans nos sociétés humaines, la confusion et les mutations sont des avatars de la liberté. Les métamorphoses sont des transformations génétiques commandées par une finalité biologique (l’insecte parfait). Des mutations sociales accompagnent les ruptures politiques brutales (par exemple : le sujet qui devient citoyen puis citoyen du monde) ou surgissent à la suite des chamboulements fondamentaux, opérés peu à peu par les sciences et leurs applications (révolutions électronique, génétique, microphysique, astronomique, archéologique). Elles se manifestent dans de nouveaux arts de vivre plutôt que dans des manières* d’être nouvelles (nous sommes dans le cas des médiations* immanentes). La science-fiction ou les anticipations du futur opèrent un retour aux manières d’être humaines archaïques ; seuls les environnements ont été transformés dans les grandes largeurs par des manipulations extérieures (les effets spéciaux). La magie est dans un cas analogue, opérant en extériorité dans des sociétés traditionnelles, jusqu’à produire des transfigurations totémiques (homme léopard, femme-serpent) jouant sur la psychologie des âmes collectives. Au cas où les médiations se modifient en intermédiaires (sacramentalisme), on obtient des médiatisations qui opèrent une (re)sacralisation. Dans le domaine mystique (religieux ou politique) les conversions s’accompagnent de mues au sur le terrain de l’art de vivre comme des manières d’être (d’exister) (la surnature, l’homme socialiste). Voir Médiation, p. 91.
Pour sa part, le Nouveau Testament parle de Nativité, de conversion, de nouvelle créature, de naissance nouvelle : une manière* d’être (d’exister) plus proche de la mue que de la mutation (2 Co 3, 18 ; Ph 3, 21, avec métamorphoô, comme dans la Transfiguration : Mc 9, 2 et par.). Il s’y manifeste la tension de la médiation* de la foi, effet actuel de la transformtion attendue par la Création entière (pas seulement par l’Église), l’accomplissement plénier de notre être selon l’analogie de la grâce et non fonction de celle du désir (de déification).
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Engendrement : La vie nouvelle du chrétien est (ré)engendrement, non mutation. La « nouvelle création » ou « créature » paulinienne, la « conversion » synoptique, la « nouvelle naissance » johannique, sont une Pessah, un passage de la servitude à la libération, de la mort à la vie, une Pâque qui implique une vraie épreuve de la mort (nuit mystique, traversée du désert, tentation(s), panne de l‘Esprit, expérience de la vanité, du vide, mort physique). En pratique, il s’agit d’un changement de temps de temporalité, de temporalisation (changer l’histoire sans changer le temps, peut produire des mutations, mais ne garantit pas qu’elles ne soient pas catastrophiques, voit Temps et histoire.
Ce n’est pas une sublimation puisque, débordés* par le Ressuscité nous restons nous-mêmes (à la fois notre « mêmeté » et notre « mienneté », pour reprendre les expressions de P. Ricœur). L’algorithme* de Luther (AML) crée une temporalisation, laquelle engendre une nouvelle temporalité* d’ordre charismatique*. Le basculement* de la Transcendance n’annule pas nos transcendances, mais crée une nouvelle situation pour celles-ci (voir Décentrement, p. 87).
Voir Engendrement, ci-dessous, Temps et histoire, p. 93 ; Confusion : VST, p. 9, 47, 85, 124, 210, 225, 230, 264, 291, 32 ; mutations : VST, p. 9, 22 (note), 37, 73, 229-230, 242 ; engendrement : VST, p. 229-231
Engendrement : Voir Confusion et mutation, p. 77. L’engendrement est le maître mot d’Eckhart (1260-1328). Il l’emploie dans un sens réaliste : dans le temps, la Trinité engendre la Déité dans notre âme (dans cette « étincelle de l’âme », cette pointe de l’âme « qui ne touche jamais le temps ni l’espace », note 1) comme elle engendre, de toute éternité, le Fils en elle-même.
Ici, je prends le mot au sens d’un passage de témoin de proche en proche.
Je préfère les mots engendrement-enfantement aux mots mutation, métamorphose, production, génération, procession, émanantion. L’engendrement est une sorte de succession qui n’a rien de naturel sans relever pour cela du sacrement. En l’occurrence : l’engendrement par la Parole (1 Pi 1, 23), typique, dans la révélation* opérationnelle, du « déjà-là » et « pas-encore ». L’engendrement établit une continuité que l’on peut appeler prophétique, il ne crée pas de contiguïté, même par voie de conséquence.
Cette conception est-elle de nature à réactiver la psychè freudienne du meurtre du Père ou à relancer les questions d’anthropologie traitées par Margaret Mead (la culture postfigurative, configurative, préfigurative, note 2) ? L’histoire du christianisme nous instruit à ce sujet : cela se produit dans les faits pour qui se trouve en dehors de la révélation* opérationnelle dont le Saint Esprit* est l’Agent. Tenant compte du témoignage intérieur du Saint Esprit, la révélation opérationnelle nous restitue la surabondance du Père, nous fait passer des relations génitales autoritaires ou hiérarchiques « parents-enfants » à la culture de l’adoption gracieuse et des relations fraternelles latérales.
Voir Algorithme de Luther, p. 29 ; Temps, histoire, éternité, p. 93. VST, p. 229-231
Culture, cultural culturalité(s) (background, culture ; Bildung, Kultur) : Cultural renvoie à la culture des sols, le culturalisme désigne l’école américaine qui étudie les interactions entre les cultures humaines. J’ai repris ce mot pour différencier la culture au sens économico-technico-social du terme : la culture néolithique, la culture des graviers… (terme voisin de « civilisation », mais qui ne recouvre pas toute l’extension de ce mot), de la culture au sens de l’éducation, la création intellectuelle et artistique, le patrimoine spirituel et esthétique, parfois immatériel de l’humanité (allemand : Bildung).
cultural : VST : 21, 41-45, 74, 89, 108, 119, 147, 151, 177, 201, 203, 215-216, 259, 264, 269, 273, 279, 283, 293, 297, 301, 306, 309, 311, 320, 325, 337
culturel : VST : 14, 17, 21 (note), 23, 39, 43-46, 52, 58, 61, 74, 87, 89, 101, 108, 119, 132, 148, 151, 155, 160, 174, 178, 189, 203, 205, 215, 221, 235, 237, 243, 249, 252, 253 (note), 259, 262, 264, 296, 305, 309, 311, 313-317, 319, 323, 325, 337, 30
(1) Sermon allemand n° 48 (cité par I. Raviolo dans Vannier, p. 101).
(2) Postfiguratif : les enfants reproduisent la culture parentale ; configuatif : les jeunes adoptent la culture des jeunes de leur temps ; préfiguratif : les jeunes imposent leur propre culture à la société.
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Espace-temps: Nous vivons dans l’espace et dans le temps, dans un espace à plusieurs dimensions. Dans le cas présent, ces dimensions sont naturelle, sociale et politique, culturale, culturelle. Chacune pouvant à des titres divers participer du religieux. L’espace-temps n’est pas le même partout, pour tous, en tous lieux et temps, des cadres généraux renvoyant à la société, la culture, la religion, existent, mais il faut encore définir l’espace-temps dans chaque cas, selon la qualité ou selon la quantitité, un peu comme un thème astrologique. Toutefois, cette dernière remarque ne vaut pas dans le sens des prédictions, elle implique une actualité insérée dans un devenir qui nous précède et continuera après nous (une réalité* proleptique) qui soustend une Histoire), elle nous rend aptes à recevoir les promesses de la prophétie (la Parole*). L’espace-temps ne définit aucun destin, au contraire, il est approprié aux futurs contingents qui posaient un problème pour le structuralisme (métaphysique) de Leibniz.
Bergson avait insisté sur la dissemblance entre l’espace (jugé quantitaif) et la durée (qualitative). L’idée d’un espace-temps insiste sur le fait que l’espace est temporalisé et que le temps n’existe pas en dehors de tout support spatial. L’espace-temps est à la fois mesuré (quantitatif, si l’on regarde d’abord l’espace et ensuite le temps avec ses qualités spatiales) et dynamisé (qualitatif, quand on considère d’abord le temps et ensuite l’espace dans la durée).
Que l’espace et le temps soient contingents (finis) n’implique pas obligatoirement l’absurdité ou le tragique, nous avons bien d’autres manières de les saisir. Ils se composent pour former une actualité* que nous chérissons et qui est la vitesse (l’énergie ou âme quantifiable, voir Substance, p. 00). Non pas la temporalisation* (effet qualitatif des principes* opposants), mais le résultat de la diminution de notre être spatial (corporel et mental) par notre être-temps : nous progressons en nous vidant, nous écoulons le patrimoine de vitalité remontant à notre conception en nous activant. Notre espace-temps personnel inscrit sa vitesse individuelle (voir notre horloge biologique) dans la vitesse des plantes annuelles, celle de la vie des animaux, celle séculaire des arbres, millénaire de la planète Terre, multimillénaire de notre Galaxie, qui, eux, défilent lentement devant nos yeux. Tout est dans la manière que nous avons de recevoir et de vivre cet emboîtement de rythmes.
En ce qui concerne les religions de la Bible* (Judaïsme, Christianisme, Témoins de Jéhovah), il existe un espace-temps donné, l’Alliance* à la fois post premier et avant dernier. Le peuple d’Israël, l’Église* ou les Églises, les communions satellites, sont des chemins (respectivement: électifs, charismatiques ou fondamentalistes) de l’Alliance.
VST espace-temps humain, genres bibliques d’espace-temps : ch 2 : 35-72.
Alliance : Espace-temps d’Israël, de l’histoire sainte* : VST 52-53, puis de la Nouvelle Alliance : VST, p. 68-71 (être en Christ : VST, p. 54-68 et temples du Saint Esprit : VST , p. 84-86) pour un salut dans l’histoire et pour l’Histoire* : VST, p. 268-280. Voir Transcendance, p. 118.
VST, p. 52-53, 70-71
Limite(s) (logique des limites) : La notion de limite apparaît lorsque les sujets humains sont appréciés en fonction de leur espace-temps* (ci-dessus). Avec cette notion, je prends une direction tout différente de la philosophie moderne, en particulier de celle de Hegel et de sa descendance et rejoins le domaine de la linguistique et du structuralisme. La philosophie des modernes, sans s’en aviser peut-être, est tributaire de la théologie mystique, laquelle, ne peut parler de l’Incréé et de l’Éternité qu’avec des analogies humaines affectées d’un coefficient négatif qui affecte ensuite, en retour, le discours sur le créé. Là où Spinoza, Hegel et les hégéliens parlent de négation, je parle de limitation, quand Hegel évoque la négation de la négation, je recours à la délimitation. La limite éfinit sans exclure et dérermine sans nier. Au lieu d’une dialectique qui avance par subsumations successives, je considère des ensembles souples qui cohabitent dans des espace-temps eux-mêmes emboîtés et modifient constamment leurs contours au contact des autres. « On ne repousse pas ses limites, on les découvre », Jean-Louis Étienne, explorateur des régions polaires (France-information, 10 août 2011).
Les limites peuvent limiter ou délimiter. Il est bon de pouvoir être limité, mais la limitation est aussi perçue comme une contrainte, voire un refoulement. La délimitation est vécue par nous de l’intérieur comme un obstacle-organe, elle permet une gestion volontariste de nos limites ; de nous adapter à l‘extérieur, de nous développer, d’échanger, de nous enrichir, nous transformer intérieurement. Les limites peuvent entrer dans des séries choisies, dans des histoires, dans une Histoire. La logique des limites est plus proche du vivant que les logiques intellectualistes, elle convient à une théorisation de type théologique chrétien. Elle a quelque chose à voir avec le concept bergsonien des organes-obstacles (ici, plutôt, des obstacles-organes), mais non avec les monades leibniziennes aveugles et closes sur elles-mêmes.
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Les limites ne fonctionnent pas comme la négativité, elles définissent sans nier, sans exclure, sans détruire, elles peuvent signifier une mise à part qui n’est pas exclusive. Comme toute chose humaine et non humaine, les limites peuvent se scléroser, les intégrismes en tout genre l’illustrent.
Être délimités par notre espace-temps, être « en place », n’équivaut pas à dire que nous ne nous transcendons pas. Un sportif bat des records sans sortir de son corps, mais avec son corps. Il faut imaginer que nos espace-temps ne sont pas amalgamés (même s’il leur est loisible de former des amas, de s’en séparer, de les défaire) ; ils baignent dans un milieu nourricier (voir Source : la qualité, p.56 ; Valeur, p. 125), comme les globules rouges dans le sang, les poissons dans la mer, les oiseaux dans l’air, chacun de nous dans son milieu familial et socio-professionnel.
S'il n'y a pas de limites, peut-il y avoir une science ? Dans le cas d'une réalité* proleptique, le hors-Tout* implique des limites avant-première et avant-dernière. Le zéro et l’infini n’ont d’existence qu’à titre de fonctionnalités mathématiques, les nombres transcendantaux (à la limite de l’infini) impliquent une limite (mais spéculative) de l’infini.
Dans VST, je n’ai pas envisagé la question de savoir si nos espace-temps* peuvent se dilater à l’intérieur de leurs limites. Si le système est clos, un espace-temps* ne peut se dilater qu’au détriment des autres ou au risque d’un compactage qui peut tourner au trou noir ; dans un système en expansion, où tous les espace-temps se dilatent proportionnellement, c’est un bénéfice pour tous.
Voir Premier et Dernier, dernier alinéa.
EP, p. 23-24, 69, 79-80, 92, 112-117, 121, 209, 236 ;
limites avant-dernières VST, p. 44-ss, limite n’est pas négativité : VST, p. ch 2 : La factualité constructive des limites ; ch 3, Des limites première et dernière ; ch 4 : Le sens des limites, p. 90-ss.
Négativité: voir Transcendance, p. 118.
Adossement : Cette notion ne concerne pas l'enracinement, le fondement, la base, le support, le vecteur, mais un fait ou un ensemble de faits historiques qui nous servent de dossier pour nous projeter en avant dans une direction définie marquée par l’éthique. Une fois sortis de l’histoire sainte biblique, nous ne sommes plus dedans, mais loin d’être répudiée, elle peut alors nous servir d’adossement pour un salut* dans l’histoire et pour l’Histoire* (Mt 5, 17 ; 7, 12 ; 22, 40 ; Jn 1, 45 ; Ap. 11, 3-12). Via les Juifs messianiques du premier siècle, le patrimoine d’Israël, est passé, pour ainsi dire, dans le domaine public. Si les chrétiens étaient entrés dans l’Alliance du Sinaï, ils seraient devenus Juifs, mais ils se rattachent à l’Alliance abrahamique et s’adossent à l’Alliance du Sinaï. Au contraire de la foi, l’adossement n’est pas intentionnalité (voir Foi, p. 91). Voir Sujet, p. 59 ; s-ad-sub-jet, p. 61.
EP, p 115, 237 ;
VST, p. 23, 49, 9, 61-64, 67-70, 80, 123, 163, 177, 202, 204, 206, 217, 225, 269, 271, 274, 288, 299, 319
Tension eschatologique (eschatologic tension ; eschatologische Spannung) : la définition d’un espace-temps* christologique (voir Corps de Christ, p. 86) met en évidence deux aspects : vers l’arrière, un adossement à l’histoire sainte* biblique et, en avant, une tension* eschatologique. La limite arrière et la limite avant de l’espace-temps christologique (en quoi consiste ce suspens) ne sont pas de même nature. La limite arrière est un adossement, la limite avant est un horizon venant à nous. D’un côté, la sortie de l’histoire sainte, de l’autre, une urgence* essentielle. Voir Eschatologie réalisée, ci-dessous.
Eschatologie réalisée et actualisée, tension eschatologique : La redécouverte de la dimension eschatologique de la foi chrétienne et, par conséquent, de la théologie, revient à Johannes Weiss (1863-1914) et à Albert Schweitzer (1875-1965). Dans une élaboration ultérieure, Charles Dodd a été amené à parler d’« eschatologie réalisée » et
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d‘ « eschatologie encore à réaliser », Oscar Cullmann a distingué entre le « déjà là et le « pas-encore ». L’expression d’eschatologie réalisée prête à confusion, Dodd visait les arrhes du Royaume dans la vie régénérée du chrétien et de l’Église, mais, par la suite, cette expression a été comprise comme une anticipation réelle du Royaume dans et par l’Église, c’est-à-dire comme une affirmation de la théologie de la substitution.
M’appuyant sur la reconnaissance d’un caractère proleptique de la réalité* qui m’amène à parler, ici et maintenant, d’actualité(s)* je propose de nommer « eschatologie réalisée » les seules réalités dernières et « eschatologie actualisée » les réalisations avant-dernières, arrhes et signes des réalités dernières qui ne dépendent en rien de nous.
La conséquence de cette présence eschatologique est la tension eschatologique.
La Liturgie (orthodoxes, catholiques) culminant dans l’eucharistie peut suggérer un sentiment de suffisance ; la prédication de la Parole* et de la Cène* à laquelle l’assemblée participe par le chant (protestants) peut nous laisser sur notre faim. Le défi pour les Églises serait de parvenir à un culte « avant dernier » qui soit un vécu de l’eschatologie actualisée.
EP, p. eschatologie actualisée ou réalisée : 105, 154 ; tension eschatologique : 98, 115, 230, 237 ;
VST, p. eschatologie actualisée ou réalisée : 26, 36, 55, 61, 64, 185 238, 245 ; tension eschatologique : 59, 61, 64, 67, 70, 125, 127, 131, 163, 170, 177, 185, 202, 204, 206, 207, 208, 211, 217, 225, 246, 270, 271, 319 ;
autres passages relatifs à l’eschatologie : EP, p. 45-46, 91, 102, 107, 109, 112, 114-115, 196, 207, 209, 222-223, 228, 238 ;
VST, p. 24, 62 (note), 63 (note), 73, 93, 98, 105, 108, 119, 124-125, 133 139, 152, 157, 159, 168, 173, 179, 184-185, 211-212, 219, 224-226, 228-29, 31, 23, 245-248, 251, 270-272, 276-277, 286, 29, 207, 311, 316, 323
Panthéisme et panenthéisme eschatologiques : Le premier terme (Dieu en tous) concerne la fusion en Dieu, dans le Dieu trinitaire pour les chrétiens, pensée de déification ou de divinisation eschatologique soutenue (avec des nuances) par orthodoxes et catholiques. Le second terme (tous en Dieu) exprime l’idée de la nouvelle création eschatologique qui, tout en étant « en Dieu », dans sa Présence immédiate, reste, à la vérité, une création : « Et la place de la cité [la Nouvelle Jérusalem descendue du Ciel] était d’or pur comme un cristal limpide. Mais de Temple, je n’en vis point dans la cité, car son Temple c’est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant ainsi que l’agneau [leur Présence] » (Ap 21, 21b-22).
EP : panthéisme : p. 163, 187 ; panenthéisme : p. 186
VST : panthéisme : p. 124, 147, 230 (note) ; panenthéisme : p. 124, 230 (note)
Hors-Tout (outsideWhole, auszen-All) : Le hors-Tout n’est pas un mythe, pas une nécessité, c’est une exigence de la pensée*, un universel Dehors que nous pensons de l’intérieur de celui-ci, à partir de ses butées internes et sans lequel il ne peut y avoir ni cohésion de la pensée ni cohérence du discours ni solidité du réel*. Il s’agit d’une conceptualisation spéculative (comme le temps ou l’ère de Planck), mais elle en vaut la peine. Le hors-Tout n’est pas derrière, dessous, après (méta) la Physique, il est hors physique. Le Mur de Planck sert d’adossement aux physiques classiques aussi bien que quantique.
La pensée du hors-Tout n’est ni celle de la Transcendance*, ni celle de l’Éternité ou de l’Infini, voire celle d’un « Dieu », c’est la pensée de la dernière limite qui n’est pas la limite des limites, car elle implique l’idée du Tout comme dépassement, expansion, énergie créatrice. Même si le hors-Tout peut être considéré comme l’universel irréductible*, son penser ne fonctionne ni comme négation ni par élimination, mais en se concentrant de façon réactive sur l’idée du Tout. Le hors-Tout témoigne que rien n’est impensable et que la pensée n’est pas qu’abstraction, réduction, induction, déduction, qu’elle est aussi (et peut être d’abord) méditation. Ainsi, si nous pensons le hors-Tout, nous évitons que le Tout soit assimilé à la Coïncidence*. Le gain pour la pensée est que le hors-Tout nous permet de penser le Tout en rapport avec ses éléments et les éléments en fonction du Tout, comme un structuralisme qui méditerait l’ultime.
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L’expression savante serait : le « panexonoumène » : ce qui est pensé comme en dehors de tout (préférer : « le hors-Tout »).
Le hors-Tout est l’expression par laquelle je remplace le vide* absolu ou le néant*. Le vide* absolu n’existe pas, le néant n’est que dans notre pensée*. S’il prenait quelque existence que ce soit (serait-ce à titre de fonctionnalité –la néantisation-), il défalquerait la somme entière des existants de quelque sorte qu’ils puissent être. Si le Tout n’est pas éternel, notre pensée exige qu’il y ait un avant et un après, mais ceux-ci ne peuvent être appréhendés et désignés en eux-mêmes, cela ne peut se faire que par la seule référence au Tout lui-même : le Tout comme autre que lui, la Tout extériorité. On peut imaginer que le Tout et le hors-Tout sont dans un rapport dialectique comme l’être et le non-être chez Platon.
Cette expression ne correspond pas aux confins de l’univers: au-delà des étoiles, des planètes, des astéroïdes, au-delà des systèmes solaires, au-delà des trous noirs, des pulsars, des qazars, du rayonnement fossile, au-delà des galaxies, au-delà du Big-bang, au-delà des univers parallèles. C‘est une conceptualisation spéculative (pensée pure) qui veut exprimer deux choses: a) que notre esprit n’a pas de bornes et exige de penser les origines et les fins ; b) que ces questions sont hors toute expérience (voir Premier et Dernier, p. 35, 41 ; Vide, p. 76, 84).
Les butées du hors-Tout sont les butées du réel, mais, à la différence du réel, on ne rebondit pas contre elles parce que leur réalité n’est autre que spéculative (de pensée), les butées du réel sur le hors-Tout sont opaques, elles bloquent. Elles peuvent être considérées comme des asymptotes du réel.
Avec ses crochets tournés vers l’extérieur, le schéma :
0] Tout [0
est ouvert. Le hors-Tout, pas plus que la Transcendance*, n’est une mise entre parenthèses universelle. Ce sont les irréductibles basiques qui font figure d’épochè radicale. Le Tout n’est pas englobé, il reste un Tout ouvert. Le Vide* n’englobe pas. Bien que limité, le Tout n’est pas enfermé. Le hors-Tout n’est ni une réduction (puisqu’il n’y a rien à mettre entre parenthèses) ni une méthode d’élimination (où le bébé –le Tout- serait jeté avec l’eau du bain), c’est une façon de penser ce qui est et existe à partir d’une mise entre crochets (tournés vers l’extérieur) de tout ce qui ne peut être que pensé (sans spéculation ni mythologisation)
Ces considérations ont des applications dans quelques domaines.
Théologie : L’Éternité est le hors-Tout pris sous l’angle du temps de sorte que parler de Dieu en termes d’Éternité (comme nous le faisons pour la Trinité), c’est confondre Dieu avec le hors-Tout (voir Saint (Le) Unique, p. 114 ; Interprétation de la Trinité, p. 115).
Morale: Prendre conscience du hors-Tout, c’est-ce qu’exprime l’Ecclésiaste: « Vanité des vanités, tout est vanité ». Le schéma ci-dessus rend compte de la vanité de toute chose alors qu’un Tout enfermé dans des bornes peut être absolutisé comme cela se produit lorsque le Tout est conçu comme sans bornes (indéfini qui devient Infini).
Mathématiques: Les équations qui ont le zéro pour pivot sont la mise en œuvre d’un adossement en un point particulier du Tout (l’énoncé du problème) et du heurt contre les butées du Réel*. L’énoncé du problème est tel qu’il contient une solution (autrement dit : que le Tout est homogène ou supposé tel). Les mathématiques savent utiliser et même mettre à profit la vanité pour avancer dans l’investigation du Tout considéré comme ensemble total nécessaire (distinction entre nécessaire et absolu). Le zéro est le recours au point de vue de l’extériorité sur laquelle le Tout est ouvert à ses deux extrémités (et non pas dans laquelle il est enfermé), extériorité contre laquelle il bute cependant. Les butées du Réel posent l’homogénéité du Tout et le recours au point de vue sur l’extériorité ouverte du Tout (le zéro) permet la démonstration évidente et certaine des problèmes internes au Tout, mais, du moins jusqu’à présent, pas du Tout lui-même (échec de la mise en une équation unique de l‘univers).
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Nihilisme: Nietzche n’a rien trouvé de mieux pour surmonter le nihilisme que « L’éternel retour du même ». P. Tillich a une vision voisine lorsqu’il préconise le retour périodique de la théonomie (il me semble que, chez lui, c’est plus une sinusoïde qu’un éternel retour). Dans les deux cas, le retour du même est comparable au = 0 des mises en équations. On peut retrouver cette configuration chez Paul Ricœur. Il pense l‘identité (humaine) sur le double mode de la mêmeté et de l’ipséité, dans une optique où le retour du même (la mêmeté) est rompu par l’auto-conception de soi qu’est l’ipséité. Ce n’est plus le retour éternel du même, mais le retour du même au sein d’une temporalité, un retour du même qui permet la mise en mouvement, la progression. La mêmeté seule, c’est le repli stérile sur soi.
Aujourd'hui, notre monde occidental vit un nihilisme doux qui interprète la pluralité et l’égalité démocratique au sens de : « Tout se vaut », « Tout est dans tout », « Personne n’est meilleur que les autres ». Nous avons à affirmer l’existence de différences, différences de fait et différences de valeur. Cela n’a pas pour conséquence de développer des conflits, les mises en question sont facteurs de progrès des mentalités (voir Genèse réciproque, p. 106).
Le hors-Tout, comme tout ce qui touche à ce qui dépasse notre expérience, est spéculatif. Des questions du genre: Comment le hors-Tout a-t-il pu s’actualiser? sont sans réponse, on atteint à l’irréductible. Ce n’est pas un mythe pour autant, car la rivière renvoie à une source et évoque un estuaire, l’incendie témoigne d’une mise à feu et laisse présumer d’une auto-extinction (parce qu’il a tout brûlé, ou à cause du vent qu‘il soulève lui-même, ou parce qu‘il rencontre un océan, un désert), l’existence d’une expérience universelle à vocation de totalité impose pour la pensée l’idée de limites ultimes. Poser l’infinité éternelle du Tout relève, en revanche, du mythe, cela bloque la pensée ou même la renie. Voir Transcendance, p. 118.
La conception du hors-Tout est en conformité avec la préférence donnée à la logique des limites sur celle de la négativité (voir Limites, p. 80).
VST, p. 90-94
Vide et vide: il n’y a pas de vide parfait dans la nature, pas de vide absolu dans l’univers (la matière noire de l’univers l’exclut), le vide, au sens physique du terme concerne les lacunes internes au Tout. Le vide, comme extériorité du Tout, avec une majuscule : Vide (que nous interprétons comme néant) est ici rendu par le hors-Tout*).
EP, p. 40, 54, 67, 86, 139-141 et note, 159,
VST, p. 15, 55, 57, 90-92, 116, 147, 156, 167, 192, 260, 263, 286, 31
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SIXIÈME GROUPE : Jésus de Nazareth, le Messie, le Christ
Messianique : terme équivalent de « christique, on peut employer indifféremment les deux, mais dans certains cas, messianique est préférable parce qu’il donne messianisme alors que christique donnerait christisme.
Résurrection : Ce n’est pas une ressuscitation, c’est un acte de l’ordre de la Création du monde attesté dans l’histoire, qui va à l’encontre des croyances et des espoirs de ses premiers témoins eux-mêmes.
Comprendre aujourd'hui la Résurrection (comme les autres Signes fondateurs de la foi biblique), c’est comprendre qui étaient ceux qui sont à l’origine des témoignages que nous lisons dans le Nouveau Testament et comprendre qui nous sommes aujourd'hui. Témoigner de la Résurrection à notre tour, réside dans la démythisation (p. 88).
EP, p. 17, 22, 43, 46, 54, 77, 80-81, 87-s, 90, 97, 103-105, 109, 135, 159-161, 220-222, 224-225 ;
VST, p. ch 4 : La démythisation du Ressuscité et 14-15, 28-29, 55-58, 81, 93-94, 97, 100, 110, 122, 131, 133, 136-137, 155, 157, 160-161, 166, 169-171, 178, 199, 221, 223, 235, 246-247, 251, 274, 305, 317.
Emmanuel-Ressuscité (qui ressuscite l’Adam) (Emmanuel-Resurrected ; Immanuel-Auferstande) : Cette expression est une façon concrète, actuelle, pour exprimer l’Incarnation. Ce dernier terme est une abstraction consécutive à des déductions obtenues à partir des projections ou extrapolations faites dans l’Éternité de nos expériences du divin et de l’humain. Étant donné le sens psychique qu’a pris le mot de « chair », ne vaudrait-il pas mieux parler d’hominifaction ou d'inhumanisation (être fait humain) ? Emmanuel, c’est le Saint Unique au milieu de nous ; Ressuscité, c’est Jésus, « premier né d’entre les morts » (Ap 1,5), vivant en chacun de nous par le Saint Esprit, le don déjà actuel sous forme charismatique, de notre avenir. Comme dit Paul, parlant de la réalité historique de la résurrection de Jésus, qu’il induit de son expérience extatique du chemin de Damas, c'est à dire d’une expérience charismatique : Jésus est « ressuscité par le Saint Esprit » (Rm 8, 11), c’est une actualité charismatique.
En dehors des extases mystiques singulières données à des individus et limitées à ceux-ci, la réalité historique de l’Emmanuel et du Ressuscité est une induction de la révélation* opérationnelle à partir de la parole* de Dieuth* avec l’assistance paraclétique* du Saint Esprit* fonctionnant comme Agent de la révélation (et donc de la foi).
Voir : Débordés par le Ressuscité, ci-dessous, Résurrection, p. 85 ; Transcendance (la Transcendance dans le concret VST 167).
VST, p. 91, 176, 202, 233
Débordés par le Ressuscité (overflowed by the Resurrected ; von dem Auferstandenen übergelauft) : Si nous sommes en Christ, le Saint Esprit*, lui, est au-dedans de nous, c’est pourquoi l’être en Christ n’a pas le sens d’un englobement, d’un enfermement, il nous déborde, d’abord comme l’Église (Corps de Christ*) ensuite afin de ménager toute la place voulue à tous nos frères et sœurs humains, enfin parce que l'espérance qu'il confère dépasse tout "principe espérance" (Ernst Bloch).
La période de Quarante jours dont témoignent les évangiles, où Jésus est apparu en chair et en os à ceux qui l’avaient connu auparavant, a pris fin lors de l’Ascension confirmée, ensuite, par la Pentecôte. Hormis les visions de Jésus, qui ont une portée surtout personnelle (Paul sur le chemin de Damas, le poète Max Jacob, la philosophe Simone Weil), la manière que Jésus a de se manifester vivant sur le chemin de l’Église, aujourd'hui, nous la constatons non que la prédication, le chant, l’étude biblique, la catéchèse, etc., nous plaisent, mais parce qu’ils nous changent ou opèrent des changements hors de nous. Le Ressuscité qui nous déborde n’est pas un golem à notre service ou un zombie qui nous hante, il est celui qui nous fait changer en fonction de lui-même et de son message. Dans l’ensemble, nous nous éprouvons comme débordés par la vie et la paix, débordants d’idées et d’initiatives, malgré les facteurs de déséquilibre ou les dangers internes et externes auxquels nous risquons de nous trouver exposés dans le même temps. Nous pouvons nous en aviser avec un léger, ou même un grand, retard ; ou même c’est une personne extéreure qui nous le fera remarquer. En tout cas, il ne faudrait pas que, cela nous jette dans l’introspection, comme le père de Kierkegaard qui, plus il avançait dans l’âge (et cela a duré de nombreuses années), s’interrogeait avec anxiété et sans résultat, pour savoir si c’était ou non le signe qu’il était du nombre des élus.
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Le baptême et la cène (laquelle relaie le baptême au cours de notre existence de chrétiens) sont les circonstances privilégiées où se réalise notre débordement par le Ressuscité. Dans la conception paulinienne du baptême (Rm 6, 3-4), le fait d’être plongés dans l’eau puis retirés (unis à la mort et à la résurrection de Jésus) signifie que nous ne sommes ni submergés ni noyés par les eaux dans lesquelles nous sommes immergés, alors même que nous ne savons pas nager ou que nous sommes à bout de souffle et de forces, mais recueillis et emportés, comme au passage (notre pâque), en et par Celui qui remonte du fond de l’abîme. Recueillis et tirés vers le haut comme cela se reproduira lors de toutes nos chutes et rechutes.
Pour la cène, au long des siècles, nous nous sommes braqués, sur le « comment » : « Comment le pain et le vin sont-ils corps et sang de Jésus ? ». Nous nous sommes enfermés dans un savoir qui dépasse tout entendement et nous a divisés, alors que la parole essentielle est « Prenez, mangez … , buvez en tous … répandu pour vous » (Mt 26, 26-28). Jésus n’a pas prononcé ces paroles pour les seuls douze qui étaient à table avec lui au cours d’un ultime repas (car Judas dont Jésus connaissait la trahison, n’en a pas été exclu), pas plus qu’en pensant à une foule anonyme de chrétiens à venir. C’est de la bouche même de Jésus que nous recevons ces paroles, chaque fois à nouveau, ici et maintenant, pour nous-mêmes, ensemble et personnellement, chacun les recevant à la manière dont le Saint Esprit le rend apte à saisir ce qui se passe (notre pâque) en l’occurrence. Nous recevons ces paroles avec la conviction que Jésus pensait déjà nommément à nous lorsqu’il les a prononcées au cours du dernier repas pris avec ses disciples de l’époque.
Ces sacrements n’ont rien à voir avec le sens du sacré, mais avec celui du « serment ».
Nous repérons que nous sommes débordés par le Ressuscité grâce aux changements que la parole de Dieu et les sacrements produisent pour nous dans l’ordre d’une culture de Vie (mais non de la vie).
Voir : Algorithme de Luther, p. 29 ; Emmanuel-Ressuscité, p. 85.
VST, p. 180, 203, 220-222, 229-231.
Corps de Christ : Tout espace-temps* humain est sur le modèle que je donne du sujet*, étant donné qu’en tant qu’humains nous n’avons pas d’autre modèle à notre disposition. Ce modèle est celui d’un adossement et d’un projet réfléchis (« s-ad-sub-jet »). Le propre de l’être humain est d’interpréter et de qualifier diversement son espace-temps. Je parle de « Corps de Christ », non de « Corps du Christ » au sens d’une infusion de divin dans la monde (théologie substantialiste-sacramentelle de l’Incarnation ininterrompue, théanthropie, réalité divino-humaine de l’Église, de la Liturgie, même de la théologie pour certains). Dans et par la foi*, lorsque l’interprétation vient de la parole de Dieu (un adossement* à l’histoire sainte biblique et la tension* eschatologique*, la qualification* christologique de notre espace-temps est un don du Saint Esprit*, dont le teneur est charismatique*.
L’anthropologie* biblique synthétise les notions d’âme, de corps, d’esprit, de cœur. Je propose de traduire BaSaR (chair, être de chair) par individu, CheM servant à indiquer la personne. La traduction de BaSaR par sarx, en grec (chez Paul, en particulier), se charge de connotations sexuelles. L’expression « résurrection du corps » ou « de la chair » serait le mieux rendue, selon moi, par « résurrection de l’individu » (ni la chair au sens matérialiste ou moraliste ni la personne).
EP, ch.6 : p. 231-242 ; l’Église : EP, p. 235 ; VST, p. 64-69
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Décentrement (ou transsituation) (discentering, Umtzentrierung): Nous avons besoin de ne pas nous désassembler, de nous rassembler afin d’être nous-mêmes, cela ne veut pas dire que nous soyons centrés sur nous-mêmes, égocentriques, l’homme « replié sur lui-même » dont parle Luther (note 1). Le décentrement évoque l’idée d’être centré sur autre que soi, sans se désassembler. Loin d’être une aliénation, une excentration, c’est une manière* d’être soi-même (d’exister), mais sans être centré sur soi, avec une vraie ouverture sur les autres, une grande curiosité de tout, un appétit de vivre. Je préfère cette notion à celle du transfert, son résultat psychologique concret, obtenu dans le cadre de l’analogie* de la grâce (ce qui exclut toute excentricité) est la recréation de notre subjectivité*. Le décentrement touche le moi, pas le soi.
Voir Désir, p. 74 ; Inconscient de la main gauche, p. 74.
VST, p. 50, 114, 117, 118-120 dans EP, p. 196 et VST, p. 131, j’emploie, en un sens voisin, le mot de « transsituation »
Mythe christique (ou messianique) : Cette expression est à comprendre soit comme une catégorie de mythe spécifiée (exemple : un mythe des origines, un mythe psychologique, un mythe biblique, un mythe bouddhique etc.), soit au sens où l’on peut parler d’un « visage christique ».
Dans mon enfance nourrie de Bible, je n’avais aucune peine à comprendre et recevoir la peinture religieuse européenne jusqu’à Van Gogh, Odilon Redon ou Marc Chagall. En revanche, les mythes et légendes gréco-romains me restaient extérieurs, incompris et je les ressentais comme inquiétants (mais, au contraire des récits bibliques, c’étaient des inventions). Les jeunes d’aujourd'hui et leurs parents doivent se trouver dans la même situation face à l’art plastique d’inspiration chrétienne (biblique ou d’Église).
Nous ne pouvons être témoins si nous n’avons pas compris que, pour l’homme moderne et postmoderne, s’il y a eu un homme Jésus, le Christ, lui, est un mythe.
En 1892, Martin Kähler publiait un livre intitulé : Le Jésus dit historique (historisch) et le Christ de l’histoire (geschichtlich) et de la Bible. De là, la formule : « Le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi ». Les uns y voient une séparation hérétique au regard de la tradition christologique, les autres le comprennent comme une distinction toute chalcédonienne, sans confusion ni séparation. Affirmer, ensemble, le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi n’est pas équivalent à l’opposition entre un Jésus homme et un mythe du Christ. Dans sa relation unique au Père, Jésus pose à la fois son actualité* historique et son actualité de Fils
Nous avons le choix entre une christologie spéculative déduite de la Sainte Trinité ou une vérité* scripturaire biblique induite de la parole* de Dieuth. Cette dernière rend témoignage à un Jésus historique qui est en même temps le Christ de la foi, à un Christ de la foi qui est aussi le Jésus de l’histoire.
Pour un chrétien, pour l’Église, le Christ est l’actualité charismatique de Jésus de Nazareth. Pour ceux qui sont en dehors de cette foi, le Christ est un mythe. Il n’en faut pas moins faire droit à une attestation externe de l’actualité charismatique du Christ Jésus de Nazareth, un mythe sans doute, mais un « mythe christique ». Ni le Christ Jésus de la foi et de l’histoire (ou le Jésus Christ de l’histoire et de la foi), ni le mythe du Christ ou le Christ mythique, mais de multiples expressions littéraires, lyriques, plastiques du moment de l’Évangile*.
Je ne pense pas à des images christiques quasi ésotériques, à la théâtralisation du credo dogmatique de l’Église et surtout pas à des « bondieuseries », mais à un imaginaire nourri de nos divers vécus chrétiens de la parole* de Dieu en général et de l’Évangile* en particulier. Le mythe christique appartient au témoignage* chrétien, il peut jouer un rôle d’intermédiaire culturel, mais pas de médiation*. À la différence de la prédication, qui, elle, est une médiation* de la foi, ces vécus s’explicitent en respectant les divers modes d’expression du moment et en usant des moyens de tout temps appropriés.
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note 1 : Homo incurvatus in se : scolie du Commentaire de l’épître aux Romains (1516), MLO, tome xii, p. 114.
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Sachant que, pour l’homme occidental moderne et postmoderne, comme pour un Juif, un musulman ou un bouddhiste, le Christ est un mythe chrétien, nous n’en croyons pas moins à la possibilité d’un « mythe christique ». C’est notre façon de dire qu’en dépit des apparences, le Saint Esprit est au rendez-vous lorsque nous témoignons culturellement du vécu de notre foi devant des non-chrétiens (Mc 13, 11).
Personne ne vient à notre foi sans être poussé en son for intérieur à prendre contact avec la parole* de Dieu ; notre exemple et celui de l’Église* ne sont rien sans ce sceau, mais nous avons aussi l’expérience de l’aide du Saint Esprit* agissant en nous et en eux, de telle sorte que nos paroles et nos comportements peuvent amener nos interlocuteurs-trices, nos commensaux, nos voisin-e-s, nos camarades de travail, nos rencontres à faire cette démarche qui conduit à la découverte qu’il n’y a pas de coupure entre l’homme, Jésus de Nazareth, et le Christ de la foi. En d’autres termes, on peut tenter de dire : Jésus de Nazareth est le signifiant*, le Christ est le signifié ; le témoin est le signifiant, le mythe christique est le signifié.
L’expression « mythe messianique » est peut-être meilleure que celle de « mythe christique », vu l’accaparement du titre de Christ par les chrétiens ; messianique est un terme plus large.
Voir : Démythisation, ci-dessous. VST, p. 69, 93, 158-166, 193, 220, 278
Démythisation (demythysing, Entmythisierung) : Pour des raisons euphoniques, je préfère ce mot à démythification. Il ne s’agit pas de démythologiser les notions bibliques, les transposant d’une culture archaïque à la culture moderne, mais de reconnaître que le Christ, actualité vivante pour ceux qui sont à la fois en eux-mêmes et englobés par le Ressuscité*87), paraît un mythe pour tous ceux qui ne sont pas dans cette situation. Une démythisation qui n’est pas une sortie de la foi, mais qui peut ouvrir les yeux d’autrui parce qu’elle réside dans la mise en pratique de cette foi.
La démythisation ne consiste pas à substituer le Jésus de l’histoire au Christ de la foi, ou à dédogmatiser Jésus, mais à présenter le message et les comportements dont témoignent le Nouveau Testament, et l’Évangile en première ligne. Non l’evangelium de Christo ni même l’evangelium Christi, mais le testimonium Iesu et de Ieso. Ce qui ne va de pair (à la manière de l’inconscient* de la main gauche avec notre propre façon de rebondir sur ce kérygme qui, pour nous, ne se dissocie pas du message de la Bible hébraïque. Ce qui a pour conséquence a) sur le plan de l’existence individuelle, la vie charismatique (animée par les dons du Saint Esprit, différente de sa conception théologale lorsqu’elle est comprise au sens d’une surnature : la grâce, perfectionnement de la nature) et, b) sur la plan de l’Église et sur le plan mondial, la manifestation de l’Ecclesia. Autrement dit : le témoignage.
Dans la mesure où la démythisation du mythe messianique consiste dans la mise en œuvre de la parole* de Dieuth ou, plus spécialement, dans le moment* de l’Évangie, ou elle est basculement* de la Transcendance sur nos transcendances, Transcendance* tendancielle, elle est l’œuvre propre de cette Parole même et non pas notre humaine œuvre propre de chrétiens postmodernes se voulant libérés.
Voir : mythe christique, p. 87. VST, p. 155-176
Signifiant et signifié: À diverses occasions, je reprends les définitions saussuriennes mises en œuvre dans l’interprétation lacanienne du freudisme.
En particulier : pour la foi, la démythisation du Ressuscité90), le témoignage, sont de l’ordre du signifiant, le Christ est le signifié. Le pain, le vin de la cène, le repas commnautaire, sont des signifiants; la présence du Ressuscité, le vécu chrétien, l’expérience de la foi, sont le signifié. Sur le plan linguistique, il ne s’agit ni de symbole ni d’identification, mais plutôt de métonymie (la partie pour le tout « Un moteur » pour
« une auto », « une voile » pour un bateau) : un témoin pour Celui qui le déborde (voir Débordés par le Ressuscité, p. 85).
VST, p. signifiant et signifié : 112, 115, 144 ; métonymie, p. 219, 224, 228, 234
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TABLE DES MATIÈRES
Présentation, p. 5 : Penser la foi chrétienne en crise, p, 5 ;
L’intelligence de la foi dans une culture protestante, p. 5 ;
Faire de la théologie après la fin d’une ère de chrétienté constantinienne, p. 6 ;
Rendre compte de sa foi même au regard des mises en cause provenant de la déconstruction, p. 6.
Historique de mon travail, p. 7 : Reconnaissance de dette, p. 7 ;
Suite à donner, p. 8
Pour une élaboration plus avancée, p. 9 ;
Proposiiton de lecture, p. 10.
Liste alphabétique des entrées de l’Index raisonné p. 11
Premier groupe : la Parole, p. 15 : § Anthropologie théologique, p. 15 - antécédents philosophiques, p. 15 - données théologiques, p. 15 ;
§ Anthropologie de la parole de Dieu ,p. 16 ;
§ Bible, Écriture, Parole, p. 17 ; § Infrabible, ultrabible, p. 17 ; § Vérités scripturaires, p. 18 ; § Cercle herméneutique de la parole de Dieu, p. 18 ;
§ Évangile, p. 18 ; § Faillite de l’Évangile, 18 ; § Évangélical, p. 18 ; § Canon biblique, p. 18 ; § Parole de Dieu , p. 19 ; § Moment de l’Évangile p. 19 ;
§ Obstacles, p. 20 ; § Heurt, p. 20 ; § Rebond, p. 21 ;
§ Révélation, p. 21 ; § Révélation en voie de formation et révélation opérationnelle, p. 21 ; miracle, p. 23.
Deuxième groupe : Théologie(s), p. 25 : §Théologie, p. 25 ; § Théologie et théographie, p. 25 ; § Théologie molle, armée, vertébrée, p. 25 ; § Théologie inductive ou déductive, p. 25 ;
§Tradition, p. 25 ;
§ Aporie, énigme, mystère, paradoxe, problème, p. 26.
Troisième groupe : questions d’épistémologie, p. 29 : § Axiome, p. 29 ; § Algorithme de Martin Luther, p. 29 ;
§ Irréductibles, p. 32 ;
§ Premier et Dernier, p. 35 : mise en perspective, p. 35 -univers des religions, p. 36 - pensée moderne, p. 37 - psychologie des profondeurs, p. 39 – sciences, p. 40 - retour à la notion de Premier et Dernier, p. 41 ;
§ Éléments de méthodologie, p. 42 : rappels, p.43, - aller à la racine, p. 44, - se tenir au plus près de la Source , p. 45, - prendre appui sur une terre ferme , p. 45, - procéder par sauts qualitatifs finis, p. 46, - exemple : Anselme de Cantorbery , p. 48, - un gage de véracité p. 48, - une dimension universaliste, p. 49 ; § schéma récapitulatif , p. 49, - applications, p. 50 ;
§ Analogie p. 52 : - analogie de la foi , analogie de l’être , p. 52, - analogie de la grâce p. 53, - analogie du Royaume (ou du Règne), p. 53, - analogie contextuell, e p. 53, - analogie de l’idée, p. 54 ; § Asymptote, p. 54 ; § Vérité incommode et dérangeante, p. 54.
Quatrième groupe : l’être humain p. 55 : § Anthropique, démonique, pneumatologique, charismatique, paraclétique, p. 55 ;
§ La Source, p. 56 : - la qualité , p. 56, - incidence christologique, p. 58, - la pensée et la parole, p. 58 ; § Le Sujet (s-ad-sub-jet, p.61), p. 59 ; §Subjectivité, intersubjectivité, p. 62 ;
§ Image et ressemblance de Dieu, p. 62 ; § Ontologie, p. 64 ; § Centre de gravité ontologique, p. 65 ;
§ La Pensée p. 69 ; § Néant putatif, p. 70 ;
§ Autonomie ou liberté, p. 71 ; la Providence, p. 72 ; § Aptitude et capacité, p. 72 ; § Désir (libido), aspiration (desiderium), besoin, demande, p. 74 ; § Inconscient de la main gauche, p. 74.
Cinquième groupe : le monde et l’univers, p. 75 : § Actualité, p. 75 ; § Réalité proleptique, p. 75 ; § Réel, p. 76 ; § Virtuel, artificiel, imaginaire, utopique, vide, p. 76 ; § Concret ou vécu,, p. 76 ; § Conditions et circonstances p. 77 ;
§ Confusion, mutations, engendrement , p. 77 : - confusion , p. 77, - mutation, s p. 80, - engendrement, p. 79 ; § Engendrement, p. 79 ;
§ Culture, cultural, culturalités , p. 79 ; § Espace-temps, p. 80 ; § Alliance, p. 80 ; § Limite(s), logique des limites, p. 80 ; § Négativité, p. 81 ; § Adossement, p. 81, § Tension eschatologique p. 81 ;
§ Eschatologie réalisée ou actualisée, p. 81 ; § Panthéisme, panenthéisme, p. 82 ;
§ Le hors-Tout , p. 82 (incidences théologique, morale, mathématique p. 83, nihiliste p. 84) ; § Le Vide et le vide, p. 84.
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Sixième groupe : le Christ Jésus de Nazareth, p. 85 : § Messianique, p. 85 ; § Résurrection, p. 85 ; § Emmanuel-Ressuscité, p. 85 ; § Débordés par le Ressuscité, p. 85 ;
§ Corps de Christ p. 86 ; § Décentrement, p. 87 ; § Mythe christique ou messianique p. 87 ; §
Démythisation, p. 88 ; § Signifiant et signifié, p. 88.
Septième groupe : le Salut, p. 89 : § Urgence essentielle, p. 89 ; § Unique nécessaire, p. 89 ;
§ Qualification (temporalisation), p. 89 ;
§ Coïncidence, p. 90 ; § Médiation de la foi, médiatisations, médiations immanentes, immédiateté, instantanéité, p. 91 ;
§ Foi, p. 91 ; § Aujourd'hui du salut par la foi, p. 91 ; § Dokimazein p. 92 ; § Donum et datum p. 93 ; § Écart spécifique de la grâce p. 93 ;
§ Changement de temps, d’histoire p, . 93 ; § Temps, histoire, temporalisations, temporalités, éternité, p. 93 - réflexion des historiens modernes sur l’histoire, p. 93, - réflexion concrète sur l’histoire, p. 94 ; § Salut dans l’histoire et pour l’histoire , p. 96 ; § Histoire sainte et salut dans l’histoire, p. 96 ; § Sortie des histoires saintes, p. 97.
Huitième groupe : l’Esprit Saint, p. 99 : § Pentecostal, p. 99 ; § Substance, nature, énergie, charisme, p. 99 ;
§ Esprit, p. 100 ; § Esprit d’adoption, p. 101 ; § Adoption, p. 101 ; § Élection ou sélection, p. 101 ; § Élection médiée, p. 101 ; § Prédestination médiée, p. 101 ;
§ Témoignage intérieur du Saint Esprit, p. 102 ; § Inspiration et effusion, illumination assistance, p. 102 ;
§ Cœur nouveau, p. 102 ; § Élargissement, p. 102 ; § Appropriation, p. 102 ; § Approfondissement, p. 103 ;
§ Manière(s) d’être (manière-s d’exister), p. 103 ; § Recréation de notre subjectivité, p. 103. ; § Wesen , p. 103 ;
§ Témoins, témoignage, p. 103 ; § Contre témoignage, p. 104 ; § Déchristianisation, p. 104 ; § Attestation externe du Saint Esprit, p. 104 ;
§ Accomplissement, p.105 ; § Genèse réciproque, p. 106.
Neuvième groupe : l’Église, p. 109 : § Église , p. 109 ; § Ecclesia , p. 109 ; § Unité, p. 110 ; § Unité lisible,
p. 111
Dixième groupe : le Saint Unique, p. 113 ; § Absolu, , p. 113 ; § Le Saint Unique, p. 114 : interprétation de la Trinité, p. 115 ;
§ Transcendance, p. 119 : - A) données bibliques, p. 119 ; B) théologie chrétienne, p. 120 ; C) alternative du salut par la foi, p. 121 ; D) théologie déductive, théologie inductive, p. 123 ; § Basculement de la Transcendance sur nos transcendances, p. 123 ; § Transcendance tendancielle, p. 124 ;
§ Bienveillance pédagogique de Dieu, p. 124
Onzième groupe : l’Éthique p. 125 : § La Valeur , p. 125 ; § Renversement non subversif de la Valeur et des valeurs, p. 126 ; § Éthique éthologique, p. 127.
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