lundi 18 avril 2011

THEODECT, pages 75-88: Le monde et l'univers; Jésus de Nazareth, Messie, Christ


Nouveau texte : loyaux-avec-la foi.blogspot.com



n'abordez pas les rubriques qui suivent sans avoir pris connaissance de la Présentation (pages 5 à 10)

Jacques Gruber
THÉOLOGIE
ET
DÉCONSTRUCTION (sigle : THEODECT)

essai de théologie préfigurative en tout respect
mise à jour de notre langage théologique chrétien
une redécouverte de notre foi
Paris 2011

Working out christian Theology
in regard to our western selfcriticism (namely: deconstruction)
essay on respectful advanced Theology
our christian theological language up to date
rediscovering our faith

Bearbeitung der christlichenTheologie
in Aufmerksamkeit zu unserem abendländischen Selbstkriticismus
(anders gesagt: Dekonstruktion)
Essay über respektvolle Spitzen-Theologie
unsere christliche theologische Sprache auf dem neuesten Stand gebracht
eine Wiederentdeckung unseres Glaubens

si vous reproduisez, copiez ou téléchargez ces textes, je vous demande de porter la mention :
copyright Jacques Gruber, Théologie et déconstruction, Paris 2011
vous trouverez une table des matières à la page 88bis
je répondrai aux commentaires dans la mesure de mes moyens
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CINQUIÈME GROUPE : le monde et l’univers
Actualité (virtuality, Dasein) : L’actualité place en premier lieu l’agir, l’apparaître et l’esprit (le faire et non le donné, l’apparaître et non le paraître des faits, la manière* de faire, le style, le ton), elle est ouverte au concret, au contexte, elle est dans l’histoire (car elle ne se conçoit pas sans un avant et un après), elle est disponible au neuf, au nouveau, à l’inat­­ten­du, apte aux ir­ru­ptions, à l’im­prévu. Phénoménologie et pragmatisme. Son unité de mesure est l’aujour­d’hui*. L’actu­a­lité alignée sur une réalité* (ci-dessous) est une alternative au réalisme occidental (dans ses diverses acceptions) comme à la fabulation orientale et à la déréalisation extrême orientale. Je remplace les notions de substance et de nature par celle d’actualité (voir Substance, p. 99).
Réalité proleptique (proleptic Reality, proleptische Realität): nous ne connaissons que des actualités alignées sur une réalité de l’ordre d’un universel concret lié à la fin de l’histoire qui, pourtant, peut être actualisée de façon anticipative comme Entièreté*. Ces réalités et réalisa­tions revêtent un statut d‘effectuations. Il s’agit d’un faire, d’un agir, qui est con­cep­tu­a­lisé, nom­mé, dit. Ces actualités, axées sur la réalité finale, forment un tissu et une histoire. L’unité de mesure de l’actualité est l’aujourd’hui (voir Aujour­d'hui du salut par la foi, p. 91).
L’actualité est une connaissance de la réalité, elle est d’ordre épistémo­lo­­gique, alors que la réalité est d’ordre ontologique. Parler de réalité proleptique, c’est viser la réalité en son centre* de gravité : 1) l’actualiser comme ce contre quoi l’on se heurte (un donné contextuel concret, déli­mi­té dans l’es­pa­ce et dans le temps au sein de mul­tiples con­nex­ions, sans que rien ne l’empêche d’être universel) ; 2) la concevoir de façon phénoménologique par le rebond* provoqué par ce heurt* (à la fois dans et par son ados­se­ment en ar­rière, sa projec­tion en avant, ses relations laté­rales) ; 3) la nommer par son propre nom de réalité proleptique et transcendantale (non au sens kantien, mais au sens des nombres transcendantaux) : dyna­misme en voie d’achè­ve­­ment, de parachè­ve­ment, dont il nous appartient qu’il soit ou non vécu, ici et maintenant, comme totali­sa­tion ; 4) l’ex­pri­­mer à bon escient soit dans le discours de la con­nais­sance et de la science, soit sur le registre de l’existence ontolo­gi­quement fondée (Voir Centre de gra­vi­té ontologique, p. 65).
L’actualité vécue par nous est toujours ensemble de l’ordre des processus psy­chiques (ressentir, penser, vouloir) et de l’ordre des états physiques, elle est exclusive de toute explication définitive de ce déroulement concomitant de faits radicalement hé­té­rogènes comme de toute solution satisfaisante concernant cette dichoto­mie (note 1) Tout cela se passe « comme si », comme s’il existait une relation entre eux (note 2) c’est un irré­duc­tible*. Sous la forme d’un algo­ri­thme* de Luther (AML), la double actu­a­lité psycho-physique se résout (sans se solutionner), non dans la réalité (qui reste pro­lep­tique), mais dans une surrec­tion et une marche en avant qui sont l’être humain vivant comme globalité. La NèPhèCh HaY de Ge 2, 7 où HaY signifie à la fois « vivant » et « entier ». Cela dit, sans préjuger d’autres traitements possibles dans les divers do­maines des sciences humaines œuvrant sur la plan de l’actualité, non de l’ontologie.
La foi chrétienne est une actualité, un aujourd’hui* du salut* par la foi* pour qui la Réalité (eschatologique) est Jésus-Christ, mais la pensée philosophique connaît l’uni­ver­sel concret hégélien et admet la notion d’es­cha­ton, les mathématiciens ont été con­duits à définir des nombres transcendantaux aux limites de l’infini, la science admet être un trésor d’incom­plé­tude.
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(1) Yechayahou Leibowitz (1903-1994), Juif croyant, médecin, biologiste et philosophe, a consacré à cette question qui était celle de sa vie, un livre quasi exhaustif : Corps et esprit. Le problème psycho-physique.
(2) « Je compose comme un seul tout avec lui [son corps] », Descartes, Sixième Méditation, Pléiade, p. 326).
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La Réalité proleptique est de l’ordre du Principe. Dans cette optique de la Réalité proleptique, il n’y a d’irréel que le mensonge (rappelons-nous le cas de Jean-Claude Romand, note 1) tant et si bien que le men­teur lui-même s’oblige à y croire (et, finalement, y croit). Le désir, l’aspiration, le fantasme, le rêve, l’idéel, le putatif, la rumination, l’in­ven­tion, la créativité, l’utopie, la rêverie, le virtuel, l’imaginaire, la fiction, l’espoir, l’espé­rance, la foi, les possibles, sont des non-concrets néanmoins réels (au sens d’actualités) sans que cela doive entraîner une indis­­tinc­tion générale parce que : a) il y a une diffé­rence entre le concret contre lequel nous nous heurtons et qui se tem­po­ra­lise, et le non-concret libéré de la spatialité et qui re­lève de la seule durée indifférenciée ; b) il y a autant de temporalisations et de temporalités diffé­rentes, c'est à dire de façons spéci­fiques dont peuvent être vécus la chrono­lo­gie, l’au­jour­d'hui, le moment, l’instant, qu’il y a de ca­té­go­ries du concret. Le som­meil paradoxal est, comme on peut s‘y attendre, un mixte : il est vécu dans la seule durée informelle (en l’occurrence : une temporalisation qui échoue) alors même que, par ail­leurs, notre organisme travaille, livré à une temporalité orga­nique. L’il­lu­sion est une er­reur, voire un men­songe, dans la mesure où elle prétend faire vivre aujourd'hui, dans la temporalité, un non-concret qui (hormis la réalisation principielle de la Réalité pro­lep­tique) n’est actuel que sur le mode de la durée.
Concernant la réalité proleptique, il y a une évolution de EP à VST, dans EP, je n’avais pas bien dis­tingué actualité et réalité (comparer EP, p. 245 avec VST, p. 15-16). En ce qui concerne le Saint Esprit, ultime principe de réalité (EP : 221-227 ; VST : 114) et, de ce fait, Jésus Christ présenté comme la Réalité (voir Premier et Dernier, p. 35, 41) pour les êtres humains que nous sommes (EP, p. 117, VST, p. 207), il y a continuité entre EP et VST. Voir Actualité, ci-dessus).
Réel : défini comme obstacle intelligible, voir Heurt, p. 20 et Rebond, p. 21.
Virtuel, artificiel, imaginaire, utopique, vide* sont réels (en anglais, virtual signi­fie réel), mais un réel frustré et frustrant, car pas concret (ci-dessous). Lorsque le caractère proleptique de la réalité* est reconnu, tous ces éléments, qui sont des actualités, sont réels (cf Mai 68 : « Prenez vos désirs pour des réalités, ils en sont »). Il n’y a aucun irréel à proprement parler, il y a du concret et du vécu ou du non concret. Le Vide* spéculatif est interprété comme néant (la pensée se trou­vant seule en face d’elle-même conçoit le Vide comme néant). Voir Centre de gravité ontolo­gique, p. 65 ; Néant putatif, p. 70.
EP, p. virtuel : 196 ; imaginaire : p. 72, 209, 245 ; utopie, utopique : p. 62, 82, 90
VST, p. virtuel : 16, 40, 44, 92, 153, 186, 198, 214, 218 ; imaginaire : p. 10, 30, 53, 77, 116-119, 136, 149, 152, 154, 181, 218, 276, 332 ; utopie, utopique : p. 49, 51, 69, 162, 166, 190, 194, 250, 312, 323, 327
Concret (ou vécu) : La conception d’une réalité proleptique*, ci-dessus, et le réel défini comme ce contre quoi l’on se heurte (voir Heurt, p. 20) conduisent à assimiler le réel avec le concret vécu, l’effectif. Les réductions (phénoménologiques), les induc­tions, les déductions se situent dans le concret. Par opposition, on trouve soit des projec­tions ou des idéalisations, soit des abstrac­tions. Les pro­jec­tions (du type Paradis, Ciel, Au-delà) sont des croyances forgées à partir de vécus humains traités par l’extrapolation ou l’hyperbole jusqu’à être parfois même hypostasiés et substantifiés. Les abs­trac­tions sont du domaine spéculatif (notions, concepts), elles ré­sultent d’une absoluti­sa­tion qui se prête au discours de l’Absolu (méta­phy­sique, méta­phy­si­que juive, chrétienne, musul­mane). Elles ne sont pas à exclure, mais elles ont tendance à prendre une vie propre et à se complaire entre elles, nous menant, sans prendre gare, à des raisonnements et des conclusions qui nous éloignent du donné. Le con­cret est le point de départ pour des inductions (des mons­tra­tions), l’abstrait, pour des dé­duc­tions (des démons­tra­tions).
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(1) Après avoir fait croire pendant des décennies qu’il était un médecin travaillant à l’OMS, à Genève, J-C. Romand, plutôt que d’avouer son mensonge, a tué son beau-père, sa femme, ses enfants et son chien (1993).
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Le concret vécu dans sa dimension sociétale est le contexte ou l’environnement. Qu’il s’agisse de chrétienté (constantinienne ou non), d’un monde profane ou autrement religieux. Dans les so­cié­tés ambiantes ou mondialisées qu’elles soient marquées par l’animisme, le polythéisme, les religions non chré­tien­nes, par une forme de chré­tienté ou par la sécularisation, le chré­tien n’est jamais comme un pois­son dans l’eau. Cela ne lui est cependant pas préjudiciable à vrai dire parce que, pour autant que l’en­­vi­­ron­ne­ment mon­dain qu’il intériorise ne l’écrase pas, ce dernier constitue l’un des principes* opposants (l’autre étant la parole* de Dieuth* sous la pres­sion desquels il naît à la manière* d’être (d’exister) du témoin (voir Al­go­ri­thme de Luther, p. 29).
Pour la réduction (phénoménologique), l’induction, la déduction : , p., l’index thé­ma­tique à ces mots. Pour l’abstraction : voir Absolu, p. 113 ; Irréductibles, p. 32 ; Néant putatif, p. 70 ; Révéla­tion, p. 21 ; Transcen­dance, p. 118.
Voir Conditions, circonstances, ci-dessous).
concret : EP, p. 87, 91, 225, 228
VST, p. 16, 27, 62-64, 92, 96, 120, 137-138, 151, 153, 163, 167, 171, 175, 198, 203, 211, 215-216, 218, 235, 311-312, 346, 351
vécu : EP, p. 18, 22-23, 55, 78, 88, 90, 92, 95, 108-109, 112-113, 132, 134, 137, 150, 152, 154, 158, 171, 176, 178, 182-183, 193, 207-208, 215, 222, 229, 231, 236, 239
VST, p. 10-11, 14, 16, 21, 24-25, 28, 30, 44 (note), 46, 49-50, 57, 63-64, 65 (note), 68-70, 81-82, 89, 91-92, 96-99, 107, 114, 121, 127, 131,135, 144-145, 158, 160, 163, 170, 173-174, 177, 183, 185, 189, 192, 195, 199, 202, 204, 206, 214-215, 217, 224-226, 235, 237, 254, 261-262, 270, 276, 277, 285, 291, 297, 300-302, 209, 319, 324, 329-330, 334, 349
Conditions, circonstances : Les conditions sont des faits nécessaires, des a priori ; les circonstances, elles, sont mêlées (des médiations* immanentes) ; du point de vue épistémo­lo­­gi­que­, les circonstances sont la méthode). Les conditions ne sont pas entièrement contin­gentes (non voulues), ce sont des régulations provenant du « monde de la vie » (le Lebenswelt de Husserl), de l’ordre d’un déjà-là, un ensemble de données à la fois naturelles, sociales et historiques (le contexte), reconnues comme régulatrices (tradi­tion au sens de fi­dé­li­té, non de répétition). Les conditions sont déductives, les circons­tances sont en partie induites (a posteriori) et en partie déduites (a priori).
VST, p. ch 2 : 35-71.
Confusion, mutations, engendrement : Dans VST, je ne traite pas comme il eût fallu sans doute de la confusion et des mutations ; à vrai dire, elles sont présentes en arrière-plan. « Cette situation durera aussi longtemps que nous re­fuserons toute idéologie totalisatrice (reli­gieuse ou séculière), que la science res­te­­ra sur sa lancée exponentielle et qu’il y aura aussi bien des gens portés sur la vénération que déga­gés de tout tabou », VST p. 9. Voir Présen­­ta­tion, La crise du christia­nis­me et de la culture occidentale, p. 5).
Confusion : Elle découle du nihilisme faible ou dur qui (avec la religion de la vie) est devenu la culture de l’Occident aujourd'hui (note 1). Par contre coup, la déco­lo­ni­sation s’accom­pagne d’un ré­veil des iden­­tités cul­tu­relles, avec un retour en force du théolo­gi­co-politique (Ré­pu­bli­ques islami­ques, nationa­lisme hindouiste et bouddhiste par exemple). La décons­truc­tion phi­loso­phique se double de démarches des sciences hu­maines qui minimisent la disjonc­tion entre animal et être hu­main, visent à abolir ou à confondre les genres masculin et fémi­nin, à créer des hu­ma­­noïdes robots, à tenter des ma­nipulations génétiques sur l’être humain (chi­mères), sans compter les idéologies qui pensent créer un homme nouveau (socialiste) ou un surhomme en intervenant de façon agressive sur le cours de l’histoire au lieu de changer les manières d’être*, de devenir (voir Temps, histoire, éternité, p. 93).
(1) Michel Murat analyse la prose gidiennee qui dit et ne dit pas, croit et ne croit pas, aussi bien qu’à l’inverse (p. 251-253), plus loin, il rappelle le soupçon de fascisme jeté par Roland Barthes sur la langue-même, condamnée à être affirrmative de quelque façon (p. 256) (dans Gilles Philippe et Julien Piat, La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, 2009).
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Pour le citoyen lambda, l’ensemble de ces facteurs a pour résultat le nihilisme phi­losophique faible et l’anarchisme moral doux teintés de fatalisme, le « ma­gique » auquel on veut croire quand ce n’est pas le retour des superstitions, la confiance placée dans les « psy » : « tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil », « tout se vaut (voire même : se justifie) je suis reve­nu de tout », « profitons de la vie ­», « il arrive ce qui arrivera », en attendant : « ça va aller ».
Pour qu’un avancement humain se forge au creuset des métissages en tout genre il faut sortir de la confusion. Que ce soit au risque des mutations imprévisibles sollici­tées par nos interven­tions même les plus scientifiquement menées, ou en donnant sa chance à l’imprévu de l’Es­prit accompagnant une Parole qui nous offre un but autre que nous-mêmes.
Mutations : Les mutations qu’il nous est donné d’ob­ser­ver peuvent être phy­siques ou sociales. Mutations génétiques, biologiques, physiques qui peuvent être na­turelles comme le changement de sexe (poissons, crevettes) au cours de leur existence ; artifi­cielles, dans le cas des organismes transgéniques ; psychosomatiques à l’exemple de la trans­sexualité humaine. Avec Nietzsche (la déconstruction) apparaît la notion de transmutation (ou transvaluation) subversive de toutes les valeurs.
Dans nos sociétés humaines, la confusion et les mutations sont des avatars de la liberté. Les métamorphoses sont des transformations génétiques commandées par une fi­na­li­té biologique (l’insecte parfait). Des mutations sociales accompagnent les ruptures po­li­ti­ques brutales (par exemple : le sujet qui devient citoyen puis citoyen du monde) ou surgissent à la suite des chamboulements fondamentaux, opérés peu à peu par les sciences et leurs ap­plica­tions (révolutions électronique, génétique, microphysique, astro­nomique, archéo­lo­gi­que). Elles se manifestent dans de nouveaux arts de vivre plutôt que dans des manières* d’être nouvelles (nous sommes dans le cas des médiations* immanentes). La science-fiction ou les anticipations du futur opèrent un retour aux manières d’être hu­maines archaïques ; seuls les environnements ont été transfor­més dans les grandes largeurs par des manipulations ex­té­rieures (les effets spéciaux). La magie est dans un cas analogue, opérant en ex­tér­io­rité dans des sociétés traditionnelles, jusqu’à produire des transfigurations to­témiques (hom­me léopard, femme-serpent) jouant sur la psychologie des âmes collectives. Au cas où les média­tions se modifient en intermédiaires (sacramentalisme), on obtient des médiatisa­tions qui opèrent une (re)sacra­li­sa­tion. Dans le domaine mystique (religieux ou politique) les conversions s’accom­pa­gnent de mues au sur le terrain de l’art de vivre comme des manières d’être (d’exister) (la surnature, l’homme socia­liste). Voir Médiation, p. 91.
Pour sa part, le Nouveau Testament parle de Nativité, de conversion, de nouvelle créa­ture, de naissance nouvelle : une manière* d’être (d’exister) plus proche de la mue que de la mu­ta­tion (2 Co 3, 18 ; Ph 3, 21, avec métamor­phoô, comme dans la Transfigu­ration : Mc 9, 2 et par.). Il s’y manifeste la tension de la médiation* de la foi, effet actuel de la transformtion attendue par la Création entière (pas seulement par l’Église), l’accom­plis­se­ment plénier de notre être selon l’analo­gie de la grâce et non fonction de celle du désir (de déi­fication).
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Engendrement : La vie nouvelle du chrétien est (ré)engen­drement, non mutation. La « nouvelle cré­a­tion » ou « créature » paulinienne, la « conver­sion » synoptique, la « nouvelle naissance » johannique, sont une Pessah, un passage de la servitude à la libéra­tion, de la mort à la vie, une Pâque qui implique une vraie épreuve de la mort (nuit mys­tique, traversée du dé­sert, tentation(s), panne de l‘Esprit, expérience de la vanité, du vide, mort physique). En pratique, il s’agit d’un changement de temps de tempo­ra­li­té, de tem­po­ralisation (changer l’histoire sans changer le temps, peut produire des muta­tions, mais ne garantit pas qu’elles ne soient pas catastrophiques, voit Temps et histoire.
Ce n’est pas une sublimation puisque, débordés* par le Ressuscité nous restons nous-mêmes (à la fois notre « mêmeté » et notre « mienneté », pour reprendre les ex­pres­sions de P. Ricœur). L’algorithme* de Luther (AML) crée une temporali­sa­tion, laquelle engen­dre une nou­velle tempo­­ra­li­té* d’ordre charismatique*. Le bascule­ment* de la Trans­cendance n’an­nule pas nos transcendances, mais crée une nouvelle situation pour celles-ci (voir Décentre­ment, p. 87).
Voir Engendrement, ci-dessous, Temps et histoire, p. 93 ; Confusion : VST, p. 9, 47, 85, 124, 210, 225, 230, 264, 291, 32 ; mutations : VST, p. 9, 22 (note), 37, 73, 229-230, 242 ; engendrement : VST, p. 229-231
Engendrement : Voir Confusion et mutation, p. 77. L’engendrement est le maître mot d’Eckhart (1260-1328). Il l’emploie dans un sens réaliste : dans le temps, la Trinité engendre la Déité dans notre âme (dans cette « étincelle de l’âme », cette pointe de l’âme « qui ne touche jamais le temps ni l’espace », note 1) comme elle engendre, de toute éternité, le Fils en elle-même.
Ici, je prends le mot au sens d’un passage de témoin de proche en proche.
Je préfère les mots engen­dre­ment-enfantement aux mots muta­tion, métamor­phose, production, génération, procession, émanantion. L’engendrement est une sorte de suc­cession qui n’a rien de naturel sans relever pour cela du sacrement. En l’occurrence : l’en­gendrement par la Parole (1 Pi 1, 23), typique, dans la révélation* opération­nel­le, du « déjà-là » et « pas-encore ». L’engendrement établit une continuité que l’on peut appeler prophétique, il ne crée pas de contiguïté, même par voie de con­sé­quence.
Cette conception est-elle ­de nature à réactiver la psychè freudienne du meurtre du Père ou à relancer les questions d’anthropologie traitées par Margaret Mead (la cul­tu­re postfigu­ra­tive, configurative, préfigurative, note 2) ? L’histoire du christianisme nous instruit à ce sujet : cela se produit dans les faits pour qui se trouve en dehors de la ré­­vé­­la­tion* opérationnelle dont le Saint Esprit* est l’Agent. Tenant compte du té­moignage intérieur du Saint Es­prit, la révélation opéra­­tion­­nelle nous restitue la sur­abon­­dance du Père, nous fait passer des relations génitales autoritaires ou hiérarchiques « pa­rents-enfants » à la culture de l’adoption gracieuse et des relations fraternelles latéra­les.
Voir Algorithme de Luther, p. 29 ; Temps, histoire, éternité, p. 93. VST, p. 229-231
Culture, cultural culturalité(s) (background, culture ; Bildung, Kultur) : Cultural renvoie à la culture des sols, le culturalisme désigne l’école américaine qui étudie les interactions entre les cultures humaines. J’ai repris ce mot pour différencier la culture au sens économico-technico-social du terme : la culture néoli­thi­que, la culture des graviers… (terme voisin de « civilisation », mais qui ne recouvre pas toute l’ex­tension de ce mot), de la culture au sens de l’éducation, la création intellectu­elle et artisti­que, le patrimoine spirituel et esthétique, parfois imma­té­riel de l’huma­ni­té (alle­mand : Bildung).
cultural : VST : 21, 41-45, 74, 89, 108, 119, 147, 151, 177, 201, 203, 215-216, 259, 264, 269, 273, 279, 283, 293, 297, 301, 306, 309, 311, 320, 325, 337
culturel : VST : 14, 17, 21 (note), 23, 39, 43-46, 52, 58, 61, 74, 87, 89, 101, 108, 119, 132, 148, 151, 155, 160, 174, 178, 189, 203, 205, 215, 221, 235, 237, 243, 249, 252, 253 (note), 259, 262, 264, ­296, 305, 309, 311, 313-317, 319, 323, 325, 337, 30
(1) Sermon allemand n° 48 (cité par I. Raviolo dans Vannier, p. 101).
(2) Postfiguratif : les enfants reproduisent la culture parentale ; configuatif : les jeunes adoptent la culture des jeunes de leur temps ; préfiguratif : les jeunes imposent leur propre culture à la société.
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Espace-temps: Nous vivons dans l’espace et dans le temps, dans un espace à plusieurs dimensions. Dans le cas présent, ces dimensions sont naturelle, sociale et politique, culturale, culturelle. Cha­cune pouvant à des titres divers participer du reli­gieux. L’espace-temps n’est pas le même par­tout, pour tous, en tous lieux et temps, des cadres généraux renvoyant à la société, la cul­ture, la religion, existent, mais il faut encore définir l’espace-temps dans chaque cas, selon la qualité ou selon la quantitité, un peu comme un thème astrologique. Toutefois, cette der­nière remarque ne vaut pas dans le sens des prédictions, elle implique une actualité in­sérée dans un devenir qui nous précède et continuera après nous (une réalité* pr­o­leptique) qui soustend une His­toire), elle nous rend aptes à recevoir les promesses de la prophétie (la Parole*). L’es­pa­ce-temps ne définit aucun destin, au contraire, il est approprié aux futurs contingents qui po­saient un pro­blème pour le structura­lisme (métaphysique) de Leibniz.
Bergson avait insisté sur la dissemblance entre l’espace (jugé quantitaif) et la durée (qua­litative). L’idée d’un espace-temps insiste sur le fait que l’espace est temporalisé et que le temps n’existe pas en dehors de tout support spatial. L’espace-temps est à la fois mesuré (quan­titatif, si l’on re­garde d’abord l’espace et ensuite le temps avec ses qualités spatiales) et dynami­sé (qualitatif, quand on considère d’abord le temps et ensuite l’espace dans la durée).
Que l’espace et le temps soient contingents (finis) n’implique pas obligatoirement l’absurdité ou le tragique, nous avons bien d’autres manières de les saisir. Ils se composent pour former une actualité* que nous chérissons et qui est la vitesse (l’énergie ou âme quantifiable, voir Sub­stance, p. 00). Non pas la tempo­ra­lisation* (effet qualitatif des principes* opposants), mais le résultat de la diminu­tion de notre être spatial (corporel et mental) par notre être-temps : nous progressons en nous vidant, nous écou­lons le patrimoine de vitalité remontant à notre conception en nous activant. Notre espace-temps personnel inscrit sa vitesse indi­vi­duelle (voir notre horloge biologique) dans la vi­tesse des plantes annu­elles, celle de la vie des ani­maux, celle séculaire des arbres, millénaire de la planète Terre, multimillénaire de notre Galaxie, qui, eux, défilent lentement devant nos yeux. Tout est dans la manière que nous avons de recevoir et de vivre cet emboîtement de rythmes.
En ce qui concerne les religions de la Bible* (Judaïsme, Christianisme, Témoins de Jéhovah), il existe un espace-temps donné, l’Alliance* à la fois post premier et avant dernier. Le peuple d’Israël, l’É­glise* ou les Églises, les commu­nions satellites, sont des chemins (respec­ti­ve­ment: électifs, charis­ma­tiques ou fonda­men­ta­listes) de l’Alliance.
VST espace-temps humain, genres bibliques d’espace-temps : ch 2 : 35-72.
Alliance : Espace-temps d’Israël, de l’histoire sainte* : VST 52-53, puis de la Nou­velle Alliance : VST, p. 68-71 (être en Christ : VST, p. 54-68 et temples du Saint Esprit : VST , p. 84-86) pour un salut dans l’histoire et pour l’Histoire* : VST, p. 268-280. Voir Transcendance, p. 118.
VST, p. 52-53, 70-71
Limite(s) (logique des limites) : La notion de limite apparaît lorsque les sujets humains sont appréciés en fonction de leur espace-temps* (ci-dessus). Avec cette notion, je prends une direction tout différente de la philosophie moderne, en particulier de celle de Hegel et de sa descendance et rejoins le domaine de la linguistique et du structuralisme. La phi­losophie des modernes, sans s’en aviser peut-être, est tributaire de la théologie mystique, laquelle, ne peut parler de l’Incréé et de l’Éternité qu’avec des analogies hu­maines affectées d’un coefficient négatif qui affecte ensuite, en retour, le discours sur le créé. Là où Spinoza, Hegel et les hégéliens parlent de négation, je parle de limitation, quand Hegel évoque la négation de la négation, je recours à la délimitation. La limite éfinit sans exclure et dérermine sans nier. Au lieu d’une dia­lec­tique qui avance par subsumations successives, je considère des en­sembles souples qui coha­bitent dans des espace-temps eux-mêmes emboîtés et modifient constam­ment leurs contours au contact des autres. « On ne repousse pas ses limites, on les découvre », Jean-Louis Étienne, explorateur des régions polaires (France-information, 10 août 2011).
Les limites peuvent limiter ou délimiter. Il est bon de pouvoir être limité, mais la limitation est aussi perçue comme une contrainte, voire un refoulement. La délimitation est vécue par nous de l’intérieur comme un obstacle-organe, elle permet une gestion volontariste de nos limites ; de nous adapter à l‘extérieur, de nous développer, d’échanger, de nous en­ri­chir, nous transformer intérieurement. Les limites peuvent entrer dans des séries choisies, dans des histoires, dans une Histoire. La logique des limites est plus proche du vi­vant que les logiques intellectualistes, elle convient à une théorisation de type théolo­gique chrétien. Elle a quelque chose à voir avec le concept bergsonien des organes-obstacles (ici, plutôt, des obstacles-organes), mais non avec les monades leibniziennes aveugles et closes sur elles-mêmes.
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Les limites ne fonctionnent pas comme la négativité, elles définissent sans nier, sans exclure, sans détruire, elles peuvent signifier une mise à part qui n’est pas exclu­sive. Comme toute chose humaine et non humaine, les limites peuvent se scléroser, les in­té­­grismes en tout genre l’illustrent.
Être délimités par notre espace-temps, être « en place », n’équivaut pas à dire que nous ne nous transcendons pas. Un sportif bat des records sans sortir de son corps, mais avec son corps. Il faut imaginer que nos espace-temps ne sont pas amalgamés (même s’il leur est loisible de former des amas, de s’en séparer, de les dé­faire) ; ils baignent dans un milieu nourricier (voir Source : la qualité, p.56 ; Valeur, p. 125), comme les globules rouges dans le sang, les poissons dans la mer, les oiseaux dans l’air, chacun de nous dans son milieu familial et socio-professionnel.
S'il n'y a pas de limites, peut-il y avoir une science ? Dans le cas d'une réalité* proleptique, le hors-Tout* implique des limites avant-première et avant-dernière. Le zéro et l’infini n’ont d’existence qu’à titre de fonctionnalités mathématiques, les nombres transcendan­taux (à la limite de l’infini) im­pli­quent une limite (mais spéculative) de l’infini.
Dans VST, je n’ai pas envisagé la question de savoir si nos espace-temps* peuvent se dilater à l’intérieur de leurs limites. Si le système est clos, un espace-temps* ne peut se dilater qu’au détriment des autres ou au risque d’un compactage qui peut tourner au trou noir ; dans un système en expansion, où tous les espace-temps se dilatent proportion­nel­le­­ment, c’est un bénéfice pour tous.
Voir Premier et Dernier, dernier alinéa.
EP, p. 23-24, 69, 79-80, 92, 112-117, 121, 209, 236 ;
limites avant-dernières VST, p. 44-ss, limite n’est pas négativité : VST, p. ch 2 : La factualité constructive des limites ; ch 3, Des limites première et dernière ; ch 4 : Le sens des limites, p. 90-ss.
Négativité: voir Transcendance, p. 118.
Adossement : Cette notion ne concerne pas l'enracinement, le fondement, la base, le support, le vec­teur, mais un fait ou un ensemble de faits historiques qui nous servent de dossier pour nous pro­­je­ter en avant dans une direction définie marquée par l’éthique. Une fois sortis de l’histoire sainte biblique, nous ne sommes plus dedans, mais loin d’être répudiée, elle peut alors nous servir d’adosse­ment pour un salut* dans l’histoire et pour l’Histoire* (Mt 5, 17 ; 7, 12 ; 22, 40 ; Jn 1, 45 ; Ap. 11, 3-12). Via les Juifs messia­ni­ques du premier siècle, le patrimoine d’Israël, est pas­sé, pour ainsi dire, dans le domaine public. Si les chré­tiens étaient entrés dans l’Alliance du Sinaï, ils seraient devenus Juifs, mais ils se rattachent à l’Alliance abrahamique et s’ados­sent à l’Alliance du Sinaï. Au contraire de la foi, l’adosse­ment n’est pas intention­na­li­té (voir Foi, p. 91). Voir Sujet, p. 59 ; s-ad-sub-jet, p. 61.
EP, p 115, 237 ;
VST, p. 23, 49, 9, 61-64, 67-70, 80, 123, 163, 177, 202, 204, 206, 217, 225, 269, 271, 274, 288, 299, 319
Tension eschatologique (eschatologic tension ; eschatologische Spannung) : la défi­ni­­tion d’un espace-temps* christologique (voir Corps de Christ, p. 86) met en évidence deux aspects : vers l’arrière, un adossement à l’histoire sainte* biblique et, en avant, une tension* eschatologique. La limite arrière et la limite avant de l’espace-temps christologique (en quoi consiste ce suspens) ne sont pas de même nature. La limite arrière est un adossement, la limite avant est un horizon venant à nous. D’un côté, la sortie de l’histoire sainte, de l’autre, une urgence* essentielle. Voir Eschatologie réalisée, ci-dessous.
Eschatologie réalisée et actualisée, tension eschatologique : La redécouverte de la dimension eschatologique de la foi chrétienne et, par conséquent, de la théologie, revient à Johannes Weiss (1863-1914) et à Albert Schweitzer (1875-1965). Dans une élabo­ra­tion ultérieure, Charles Dodd a été amené à parler d’« eschatologie réalisée » et
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d‘ « eschatologie encore à réali­ser », Oscar Cullmann a distingué entre le « déjà là et le « pas-encore ». L’ex­pres­sion d’es­cha­tologie réalisée prête à confusion, Dodd visait les arrhes du Royaume dans la vie régénérée du chrétien et de l’Église, mais, par la suite, cette expression a été comprise comme une anticipation réelle du Royaume dans et par l’Église, c’est-à-dire comme une affirmation de la théologie de la substitution.
M’ap­puy­ant sur la reconnais­sance d’un caractère proleptique de la réalité* qui m’amène à parler, ici et maintenant, d’actualité(s)* je propose de nommer « escha­to­logie réalisée » les seules réalités der­niè­res et « eschatologie actualisée » les réalisations avant-der­nières, arrhes et signes des réali­tés dernières qui ne dépendent en rien de nous.
La conséquence de cette présence eschatologique est la tension eschatologique.
La Liturgie (orthodoxes, catholiques) culminant dans l’eucharistie peut suggérer un sentiment de suffisance ; la prédication de la Parole* et de la Cène* à laquelle l’assem­blée participe par le chant (protestants) peut nous laisser sur notre faim. Le défi pour les Églises serait de parve­nir à un culte « avant dernier » qui soit un vécu de l’eschatologie actualisée.
EP, p. eschatologie actualisée ou réalisée : 105, 154 ; tension eschatologique : 98, 115, 230, 237 ;
VST, p. eschatologie actualisée ou réalisée : 26, 36, 55, 61, 64, 185 238, 245 ; tension eschatologique : 59, 61, 64, 67, 70, 125, 127, 131, 163, 170, 177, 185, 202, 204, 206, 207, 208, 211, 217, 225, 246, 270, 271, 319 ;
autres passages relatifs à l’eschatologie : EP, p. 45-46, 91, 102, 107, 109, 112, 114-115, 196, 207, 209, 222-223, 228, 238 ;
VST, p. 24, 62 (note), 63 (note), 73, 93, 98, 105, 108, 119, 124-125, 133 139, 152, 157, 159, 168, 173, 179, 184-185, 211-212, 219, 224-226, 228-29, 31, 23, 245-248, 251, 270-272, 276-277, 286, 29, 207, 311, 316, 323
Panthéisme et panenthéisme eschatologiques : Le premier terme (Dieu en tous) con­cerne la fusion en Dieu, dans le Dieu trinitaire pour les chrétiens, pensée de déification ou de divinisation eschatologique soutenue (avec des nuances) par ortho­doxes et ca­tholi­ques. Le second terme (tous en Dieu) exprime l’idée de la nouvelle créa­tion eschatolo­gi­que qui, tout en étant « en Dieu », dans sa Présence immédiate, reste, à la vérité, une créa­tion : « Et la place de la cité [la Nouvelle Jérusalem descendue du Ciel] était d’or pur comme un cristal limpide. Mais de Temple, je n’en vis point dans la cité, car son Temple c’est le Sei­gneur, le Dieu Tout-Puissant ainsi que l’agneau [leur Pré­sence] » (Ap 21, 21b-22).
EP : panthéisme : p. 163, 187 ; panenthéisme : p. 186
VST : panthéisme : p. 124, 147, 230 (note) ; panenthéisme : p. 124, 230 (note)
Hors-Tout (outsideWhole, auszen-All) : Le hors-Tout n’est pas un mythe, pas une nécessité, c’est une exigence de la pen­sée*, un universel Dehors que nous pensons de l’intérieur de celui-ci, à partir de ses butées internes et sans lequel il ne peut y avoir ni cohésion de la pensée ni cohérence du discours ni solidité du réel*. Il s’agit d’une conceptua­li­sation spéculative (comme le temps ou l’ère de Planck), mais elle en vaut la peine. Le hors-Tout n’est pas derrière, dessous, après (méta) la Physique, il est hors physique. Le Mur de Planck sert d’adossement aux physiques classiques aussi bien que quantique.
La pensée du hors-Tout n’est ni celle de la Transcen­dan­ce*, ni celle de l’Éternité ou de l’Infini, voire celle d’un « Dieu », c’est la pensée de la der­nière limite qui n’est pas la limite des limites, car elle implique l’idée du Tout com­me dé­passement, ex­pan­­sion, éner­­­gie cré­atrice. Même si le hors-Tout peut être con­si­déré comme l’universel irré­duc­­tible*, son penser ne fonctionne ni comme négation ni par éli­mi­­nation, mais en se con­cen­­trant de façon réactive sur l’idée du Tout. Le hors-Tout té­moi­gne que rien n’est impensable et que la pensée n’est pas qu’abstraction, ré­duc­tion, in­­duction, déduction, qu’elle est aussi (et peut être d’a­bord) médita­tion. Ainsi, si nous pen­sons le hors-Tout, nous évitons que le Tout soit as­si­mi­lé à la Coïnci­dence*. Le gain pour la pensée est que le hors-Tout nous permet de penser le Tout en rapport avec ses éléments et les éléments en fonc­tion du Tout, comme un struc­tu­ra­lisme qui médite­rait l’ultime.
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L’expression savante serait : le « panexonoumène » : ce qui est pensé comme en dehors de tout (préférer : « le hors-Tout »).
Le hors-Tout est l’expression par laquelle je remplace le vide* absolu ou le néant*. Le vide* absolu n’existe pas, le néant n’est que dans notre pensée*. S’il prenait quelque existence que ce soit (serait-ce à titre de fonctionnalité –la né­an­tisa­tion-), il défalquerait la somme entière des existants de quelque sorte qu’ils puis­sent être. Si le Tout n’est pas éter­nel, notre pensée exige qu’il y ait un avant et un après, mais ceux-ci ne peuvent être appré­hen­dés et désignés en eux-mêmes, cela ne peut se faire que par la seule référence au Tout lui-même : le Tout comme autre que lui, la Tout extério­rité. On peut imaginer que le Tout et le hors-Tout sont dans un rapport dialectique comme l’être et le non-être chez Platon.
Cette expression ne correspond pas aux confins de l’univers: au-delà des étoiles, des planètes, des astéroïdes, au-delà des systèmes solaires, au-delà des trous noirs, des pulsars, des qazars, du rayonnement fossile, au-delà des galaxies, au-delà du Big-bang, au-delà des univers parallèles. C‘est une conceptualisation spéculative (pensée pure) qui veut exprimer deux choses: a) que notre esprit n’a pas de bornes et exige de penser les origines et les fins ; b) que ces questions sont hors toute expérience (voir Premier et Dernier, p. 35, 41 ; Vide, p. 76, 84).
Les butées du hors-Tout sont les butées du réel, mais, à la différence du réel, on ne rebondit pas contre elles parce que leur réalité n’est autre que spéculative (de pensée), les butées du réel sur le hors-Tout sont opaques, elles bloquent. Elles peuvent être considérées comme des asymptotes du réel.
Avec ses crochets tournés vers l’extérieur, le schéma :
0] Tout [0
est ouvert. Le hors-Tout, pas plus que la Transcendance*, n’est une mise entre paren­thèses universelle. Ce sont les irréductibles basiques qui font figure d’épochè radicale. Le Tout n’est pas englobé, il reste un Tout ouvert. Le Vide* n’englobe pas. Bien que limité, le Tout n’est pas enfermé. Le hors-Tout n’est ni une réduction (puis­qu’il n’y a rien à mettre entre par­en­thèses) ni une méthode d’élimination (où le bébé –le Tout- serait jeté avec l’eau du bain), c’est une façon de penser ce qui est et existe à partir d’une mise entre crochets (tournés vers l’extérieur) de tout ce qui ne peut être que pensé (sans spéculation ni mythologisation)
Ces considérations ont des applications dans quelques domaines.
Théologie : L’Éternité est le hors-Tout pris sous l’angle du temps de sorte que parler de Dieu en termes d’Éternité (comme nous le faisons pour la Trinité), c’est con­fondre Dieu avec le hors-Tout (voir Saint (Le) Unique, p. 114 ; Interprétation de la Trinité, p. 115).
Morale: Prendre conscience du hors-Tout, c’est-ce qu’exprime l’Ecclésiaste: « Va­ni­té des vanités, tout est vanité ». Le schéma ci-dessus rend compte de la vanité de toute chose alors qu’un Tout enfermé dans des bornes peut être absolutisé comme cela se produit lorsque le Tout est conçu comme sans bornes (indéfini qui devient Infini).
Mathématiques: Les équations qui ont le zéro pour pivot sont la mise en œuvre d’un adossement en un point particulier du Tout (l’énoncé du problème) et du heurt con­tre les butées du Réel*. L’énoncé du problème est tel qu’il contient une solution (au­trement dit : que le Tout est homogène ou supposé tel). Les mathématiques savent utiliser et même met­tre à profit la vanité pour avancer dans l’investigation du Tout con­sidéré comme en­semble total nécessaire (distinction entre nécessaire et absolu). Le zéro est le recours au point de vue de l’extériorité sur laquelle le Tout est ouvert à ses deux ex­trémités (et non pas dans laquelle il est enfermé), extériorité contre laquelle il bute cependant. Les butées du Réel posent l’homogénéité du Tout et le recours au point de vue sur l’extériorité ouverte du Tout (le zéro) permet la démonstration évidente et certaine des problèmes internes au Tout, mais, du moins jusqu’à présent, pas du Tout lui-même (échec de la mise en une équation unique de l‘univers).
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Nihilisme: Nietzche n’a rien trouvé de mieux pour surmonter le nihilisme que « L’éter­nel retour du même ». P. Tillich a une vision voisine lorsqu’il préconise le retour périodique de la théonomie (il me semble que, chez lui, c’est plus une sinusoïde qu’un éternel re­tour). Dans les deux cas, le retour du même est comparable au = 0 des mises en équations. On peut retrouver cette configuration chez Paul Ricœur. Il pense l‘identité (hu­maine) sur le double mode de la mêmeté et de l’ipséité, dans une optique où le retour du même (la mêmeté) est rompu par l’auto-conception de soi qu’est l’ipséité. Ce n’est plus le re­tour éternel du même, mais le retour du même au sein d’une temporalité, un retour du même qui permet la mise en mouvement, la progression. La mêmeté seule, c’est le repli stérile sur soi.
Aujourd'hui, notre monde occidental vit un nihilisme doux qui interprète la pluralité et l’égalité démocratique au sens de : « Tout se vaut », « Tout est dans tout », « Personne n’est meilleur que les autres ». Nous avons à affirmer l’existence de différences, différences de fait et différences de valeur. Cela n’a pas pour conséquence de développer des conflits, les mises en question sont facteurs de progrès des mentalités (voir Genèse réciproque, p. 106).
Le hors-Tout, comme tout ce qui touche à ce qui dépasse notre expérience, est spé­cu­latif. Des questions du genre: Comment le hors-Tout a-t-il pu s’actualiser? sont sans réponse, on atteint à l’irréductible. Ce n’est pas un mythe pour autant, car la rivière renvoie à une source et évoque un estuaire, l’incendie témoigne d’une mise à feu et laisse présumer d’une auto-extinction (parce qu’il a tout brûlé, ou à cause du vent qu‘il soulève lui-même, ou parce qu‘il rencontre un océan, un désert), l’existence d’une expérience univer­selle à vocation de to­talité impose pour la pensée l’idée de limites ultimes. Poser l’infinité éternelle du Tout relève, en revanche, du mythe, cela bloque la pensée ou même la renie. Voir Transcendance, p. 118.
La conception du hors-Tout est en conformité avec la préférence donnée à la logique des limites sur celle de la négativité (voir Limites, p. 80).
VST, p. 90-94
Vide et vide: il n’y a pas de vide parfait dans la nature, pas de vide absolu dans l’univers (la matière noire de l’univers l’exclut), le vide, au sens physique du terme con­cerne les lacunes internes au Tout. Le vide, comme extériorité du Tout, avec une ma­jus­cule : Vide (que nous interprétons comme néant) est ici rendu par le hors-Tout*).
EP, p. 40, 54, 67, 86, 139-141 et note, 159,
VST, p. 15, 55, 57, 90-92, 116, 147, 156, 167, 192, 260, 263, 286, 31
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SIXIÈME GROUPE : Jésus de Nazareth, le Messie, le Christ
Messianique : terme équivalent de « christique, on peut employer indifférem­ment les deux, mais dans certains cas, messianique est préférable parce qu’il donne messianisme alors que christique donnerait christisme.
Résurrection : Ce n’est pas une ressuscitation, c’est un acte de l’ordre de la Création du monde attesté dans l’histoire, qui va à l’encontre des croyances et des espoirs de ses premiers témoins eux-mêmes.
Comprendre aujourd'hui la Résurrection (comme les autres Signes fondateurs de la foi biblique), c’est comprendre qui étaient ceux qui sont à l’origine des témoignages que nous lisons dans le Nouveau Testament et comprendre qui nous sommes aujourd'hui. Témoigner de la Résurrection à notre tour, réside dans la démy­thisation (p. 88).
EP, p. 17, 22, 43, 46, 54, 77, 80-81, 87-s, 90, 97, 103-105, 109, 135, 159-161, 220-222, 224-225 ;
VST, p. ch 4 : La démythisation du Ressuscité et 14-15, 28-29, 55-58, 81, 93-94, 97, 100, 110, 122, 131, 133, 136-137, 155, 157, 160-161, 166, 169-171, 178, 199, 221, 223, 235, 246-247, 251, 274, 305, 317.
Emmanuel-Ressuscité (qui ressuscite l’Adam) (Emmanuel-Resurrected ; Immanuel-Auferstande) : Cette expression est une façon concrète, actuelle, pour exprimer l’In­­­­car­nation. Ce dernier terme est une abstraction consécutive à des déduc­tions obtenues à partir des projections ou extrapo­la­tions faites dans l’Éternité de nos expériences du divin et de l’humain. Étant donné le sens psychique qu’a pris le mot de « chair », ne vaudrait-il pas mieux parler d’hominifaction ou d'inhumanisation (être fait humain) ? Emmanuel, c’est le Saint Unique au milieu de nous ; Ressuscité, c’est Jésus, « pre­mier né d’entre les morts » (Ap 1,5), vivant en cha­cun de nous par le Saint Esprit, le don déjà actuel sous forme charismatique, de notre avenir. Comme dit Paul, parlant de la réalité historique de la résurrection de Jésus, qu’il induit de son expérience extatique du chemin de Damas, c'est à dire d’une expérience charismatique : Jésus est « ressuscité par le Saint Esprit » (Rm 8, 11), c’est une actualité charismatique.
En dehors des extases mystiques singulières données à des individus et li­mi­tées à ceux-ci, la réalité historique de l’Emmanuel et du Ressuscité est une induction de la ré­vé­la­tion* opérationnelle à partir de la parole* de Dieuth* avec l’assistance pa­ra­clé­tique* du Saint Esprit* fonctionnant comme Agent de la révélation (et donc de la foi).
Voir : Débordés par le Ressuscité, ci-dessous, Résurrection, p. 85 ; Transcendance (la Trans­cendance dans le concret VST 167).
VST, p. 91, 176, 202, 233
Débordés par le Ressuscité (overflowed by the Resurrected ; von dem Auferstande­nen übergelauft) : Si nous sommes en Christ, le Saint Esprit*, lui, est au-dedans de nous, c’est pourquoi l’être en Christ n’a pas le sens d’un englobement, d’un en­fer­me­ment, il nous déborde, d’abord comme l’Église (Corps de Christ*) ensuite afin de ménager toute la place voulue à tous nos frères et sœurs hu­mains, enfin parce que l'espérance qu'il confère dépasse tout "principe espérance" (Ernst Bloch).
La période de Quarante jours dont témoignent les évangiles, où Jésus est apparu en chair et en os à ceux qui l’avaient connu auparavant, a pris fin lors de l’Ascen­sion con­firmée, ensuite, par la Pentecôte. Hormis les visions de Jésus, qui ont une portée sur­tout personnelle (Paul sur le chemin de Damas, le poète Max Jacob, la philosophe Si­mone Weil), la manière que Jé­sus a de se manifester vivant sur le chemin de l’Église, au­jourd'hui, nous la constatons non que la prédication, le chant, l’étude biblique, la ca­té­chèse, etc., nous plaisent, mais parce qu’ils nous changent ou opèrent des change­ments hors de nous. Le Ressuscité qui nous dé­borde n’est pas un golem à notre service ou un zom­bie qui nous hante, il est celui qui nous fait changer en fonction de lui-même et de son message. Dans l’ensemble, nous nous éprou­vons comme débordés par la vie et la paix, débordants d’idées et d’initiatives, malgré les facteurs de déséquilibre ou les dan­gers internes et externes auxquels nous risquons de nous trouver exposés dans le même temps. Nous pouvons nous en aviser avec un léger, ou même un grand, retard ; ou même c’est une personne extéreure qui nous le fera remarquer. En tout cas, il ne fau­drait pas que, cela nous jette dans l’introspection, comme le père de Kier­ke­gaard qui, plus il avançait dans l’âge (et cela a duré de nombreuses années), s’in­ter­­ro­geait avec an­xié­­­té et sans résultat, pour savoir si c’était ou non le signe qu’il était du nombre des élus.
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Le baptême et la cène (laquelle relaie le baptême au cours de notre existence de chré­tiens) sont les circonstances privilégiées où se réalise notre débordement par le Ressuscité. Dans la concep­tion paulinienne du baptême (Rm 6, 3-4), le fait d’être plongés dans l’eau puis retirés (unis à la mort et à la résurrection de Jésus) signifie que nous ne sommes ni sub­mer­gés ni noyés par les eaux dans lesquelles nous sommes immergés, alors même que nous ne savons pas nager ou que nous sommes à bout de souffle et de forces, mais recueillis et emportés, comme au passage (notre pâque), en et par Celui qui remonte du fond de l’abîme. Recueillis et tirés vers le haut comme cela se reproduira lors de toutes nos chutes et rechutes.
Pour la cène, au long des siècles, nous nous sommes braqués, sur le « com­ment » : « Comment le pain et le vin sont-ils corps et sang de Jésus ? ». Nous nous sommes enfermés dans un savoir qui dépasse tout entendement et nous a divisés, alors que la parole essentielle est « Prenez, mangez … , buvez en tous … répandu pour vous » (Mt 26, 26-28). Jésus n’a pas prononcé ces paroles pour les seuls douze qui étaient à table avec lui au cours d’un ultime repas (car Judas dont Jésus connaissait la trahison, n’en a pas été exclu), pas plus qu’en pensant à une foule ano­nyme de chrétiens à venir. C’est de la bouche même de Jésus que nous recevons ces paroles, chaque fois à nouveau, ici et maintenant, pour nous-mêmes, ensemble et personnellement, chacun les recevant à la ma­nière dont le Saint Esprit le rend apte à saisir ce qui se passe (notre pâque) en l’oc­cur­rence. Nous recevons ces paroles avec la conviction que Jésus pensait déjà nommément à nous lorsqu’il les a prononcées au cours du dernier repas pris avec ses disciples de l’époque.
Ces sacrements n’ont rien à voir avec le sens du sacré, mais avec celui du « ser­ment ».
Nous repérons que nous sommes débordés par le Ressuscité grâce aux change­ments que la parole de Dieu et les sacrements produisent pour nous dans l’ordre d’une culture de Vie (mais non de la vie).
Voir : Algorithme de Luther, p. 29 ; Emmanuel-Ressuscité, p. 85.
VST, p. 180, 203, 220-222, 229-231.
Corps de Christ : Tout espace-temps* humain est sur le modèle que je donne du sujet*, étant donné qu’en tant qu’humains nous n’avons pas d’autre modèle à notre dispo­si­tion. Ce modèle est celui d’un adossement et d’un projet réfléchis (« s-ad-sub-jet »). Le propre de l’être humain est d’interpréter et de qualifier diversement son espace-temps. Je parle de « Corps de Christ », non de « Corps du Christ » au sens d’une infusion de divin dans la monde (théologie substantialiste-sacramen­telle de l’In­car­na­tion ininterrompue, théanthro­pie, réalité divino-humaine de l’Église, de la Liturgie, même de la théolo­gie pour certains). Dans et par la foi*, lorsque l’interpréta­tion vient de la parole de Dieu (un adossement* à l’histoire sainte biblique et la tension* eschatolo­gique*, la qualifi­ca­tion* christologique de notre espace-temps est un don du Saint Esprit*, dont le teneur est charismatique*.
L’anthropologie* biblique synthétise les notions d’âme, de corps, d’esprit, de cœur. Je propose de traduire BaSaR (chair, être de chair) par individu, CheM servant à indiquer la per­sonne. La traduction de BaSaR par sarx, en grec (chez Paul, en particu­lier), se charge de con­no­ta­tions sexuelles. L’expression « résurrection du corps » ou « de la chair » serait le mieux rendue, selon moi, par « résurrection de l’individu » (ni la chair au sens matérialiste ou moraliste ni la personne).
EP, ch.6 : p. 231-242 ; l’Église : EP, p. 235 ; VST, p. 64-69
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Décentrement (ou transsituation) (discentering, Umtzentrierung): Nous avons besoin de ne pas nous désassem­bler, de nous rassem­bler afin d’être nous-mêmes, cela ne veut pas dire que nous soyons centrés sur nous-mêmes, égocentriques, l’homme « replié sur lui-même » dont parle Luther (note 1). Le décentre­ment évoque l’idée d’être centré sur autre que soi, sans se désassem­bler. Loin d’être une aliénation, une excentration, c’est une manière* d’être soi-même (d’exister), mais sans être centré sur soi, avec une vraie ouverture sur les autres, une grande curiosité de tout, un appétit de vivre. Je préfère cette notion à celle du transfert, son résul­tat psychologique con­cret, obtenu dans le cadre de l’analogie* de la grâce (ce qui exclut toute excentricité) est la recréation de notre subjecti­vi­té*. Le décentrement touche le moi, pas le soi.
Voir Désir, p. 74 ; Inconscient de la main gauche, p. 74.
VST, p. 50, 114, 117, 118-120 dans EP, p. 196 et VST, p. 131, j’emploie, en un sens voisin, le mot de « trans­si­tu­a­tion »
Mythe christique (ou messianique) : Cette expression est à comprendre soit comme une catégorie de mythe spécifiée (exemple : un mythe des origines, un mythe psy­cho­logique, un mythe biblique, un mythe bouddhique etc.), soit au sens où l’on peut parler d’un « visage christique ».
Dans mon enfance nourrie de Bible, je n’avais aucune peine à comprendre et recevoir la peinture religieuse européenne jusqu’à Van Gogh, Odilon Redon ou Marc Chagall. En revanche, les mythes et légendes gréco-romains me restaient extérieurs, incompris et je les ressen­tais comme inquiétants (mais, au contraire des récits bibliques, c’étaient des inven­tions). Les jeunes d’aujourd'hui et leurs parents doivent se trouver dans la même situation face à l’art plastique d’inspiration chrétienne (biblique ou d’Église).
Nous ne pouvons être témoins si nous n’avons pas compris que, pour l’homme moderne et postmoderne, s’il y a eu un homme Jésus, le Christ, lui, est un mythe.
En 1892, Martin Kähler publiait un livre intitulé : Le Jésus dit historique (histo­risch) et le Christ de l’histoire (geschichtlich) et de la Bible. De là, la formule : « Le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi ». Les uns y voient une séparation hérétique au regard de la tradition christologique, les autres le comprennent comme une distinc­tion toute chal­cé­do­nienne, sans confusion ni séparation. Affirmer, ensemble, le Jésus de l’his­­toire et le Christ de la foi n’est pas équivalent à l’opposition entre un Jésus homme et un mythe du Christ. Dans sa relation unique au Père, Jésus pose à la fois son actualité* historique et son actualité de Fils
Nous avons le choix entre une christologie spéculative déduite de la Sainte Tri­ni­té ou une vérité* scripturaire biblique induite de la parole* de Dieuth. Cette dernière rend témoignage à un Jésus historique qui est en même temps le Christ de la foi, à un Christ de la foi qui est aussi le Jésus de l’histoire.
Pour un chrétien, pour l’Église, le Christ est l’actualité charismatique de Jésus de Naza­reth. Pour ceux qui sont en dehors de cette foi, le Christ est un mythe. Il n’en faut pas moins faire droit à une attestation externe de l’actualité charismatique du Christ Jésus de Nazareth, un mythe sans doute, mais un « mythe christique ». Ni le Christ Jésus de la foi et de l’histoire (ou le Jésus Christ de l’histoire et de la foi), ni le mythe du Christ ou le Christ mythique, mais de multiples expressions littéraires, lyriques, plas­tiques du moment de l’Évangile*.
Je ne pense pas à des images christiques quasi ésotériques, à la théâtralisa­tion du cre­do dog­ma­­ti­que de l’Église et surtout pas à des « bon­dieu­se­ries », mais à un imagi­nai­re nourri de nos di­vers vécus chrétiens de la parole* de Dieu en général et de l’Évan­gi­le* en particulier. Le mythe christique appartient au témoignage* chrétien, il peut jouer un rôle d’in­ter­médiaire culturel, mais pas de médiation*. À la différence de la pré­­di­ca­tion, qui, elle, est une médiation* de la foi, ces vécus s’explicitent en respectant les divers modes d’ex­pres­sion du moment et en usant des moyens de tout temps ap­pro­priés.
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note 1 : Homo incurvatus in se : scolie du Commentaire de l’épître aux Romains (1516), MLO, tome xii, p. 114.
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Sachant que, pour l’homme occidental moderne et postmoderne, comme pour un Juif, un musulman ou un bouddhiste, le Christ est un mythe chrétien, nous n’en croyons pas moins à la possibilité d’un « mythe christique ». C’est notre façon de dire qu’en dépit des appa­ren­ces, le Saint Esprit est au rendez-vous lorsque nous témoignons cul­tu­relle­ment du vécu de notre foi devant des non-chrétiens (Mc 13, 11).
Personne ne vient à notre foi sans être poussé en son for intérieur à prendre con­tact avec la parole* de Dieu ; notre exemple et celui de l’Église* ne sont rien sans ce sceau, mais nous avons aussi l’expérience de l’aide du Saint Esprit* agissant en nous et en eux, de telle sorte que nos paroles et nos comportements peuvent amener nos interlo­cu­teurs-trices, nos commen­saux, nos voisin-e-s, nos camarades de travail, nos ren­contres à faire cette dé­marche qui con­duit à la découverte qu’il n’y a pas de coupure entre l’homme, Jésus de Nazareth, et le Christ de la foi. En d’autres termes, on peut tenter de dire : Jésus de Nazareth est le signifiant*, le Christ est le signifié ; le témoin est le signifiant, le mythe christique est le signifié.
L’expression « mythe messianique » est peut-être meilleure que celle de « mythe christique », vu l’accaparement du titre de Christ par les chrétiens ; messianique est un terme plus large.
Voir : Démythisation, ci-dessous. VST, p. 69, 93, 158-166, 193, 220, 278
Démythisation (demythysing, Entmythisierung) : Pour des raisons euphoniques, je préfère ce mot à démythifica­tion. Il ne s’agit pas de démy­tho­lo­gi­ser les notions bibliques, les transposant d’une culture archa­ï­que à la culture moderne, mais de reconnaître que le Christ, actualité vi­vante pour ceux qui sont à la fois en eux-mêmes et englobés par le Ressuscité*87), paraît un mythe pour tous ceux qui ne sont pas dans cette situation. Une démythisation qui n’est pas une sortie de la foi, mais qui peut ouvrir les yeux d’autrui parce qu’elle réside dans la mise en pratique de cette foi.
La démythisation ne consiste pas à substituer le Jésus de l’histoire au Christ de la foi, ou à dédogmatiser Jésus, mais à présenter le message et les comportements dont témoignent le Nouveau Testament, et l’Évangile en première ligne. Non l’evangelium de Christo ni même l’evangelium Christi, mais le testimonium Iesu et de Ieso. Ce qui ne va de pair (à la manière de l’inconscient* de la main gauche avec notre propre façon de rebondir sur ce kérygme qui, pour nous, ne se dissocie pas du message de la Bible hé­braïque. Ce qui a pour conséquence a) sur le plan de l’existence individuelle, la vie cha­ris­­ma­ti­que (animée par les dons du Saint Esprit, différente de sa conception théo­­logale lorsqu’elle est comprise au sens d’une surnature : la grâce, perfectionnement de la na­ture) et, b) sur la plan de l’Église et sur le plan mondial, la manifestation de l’Ecclesia. Autrement dit : le témoignage.
Dans la mesure où la démythisation du mythe messianique consiste dans la mise en œuvre de la parole* de Dieuth ou, plus spécialement, dans le moment* de l’Évangie, ou elle est basculement* de la Transcendance sur nos transcendances, Transcendance* tendancielle, elle est l’œuvre propre de cette Parole même et non pas notre humaine œuvre propre de chrétiens postmodernes se voulant libérés.
Voir : mythe christique, p. 87. VST, p. 155-176
Signifiant et signifié: À diverses occasions, je reprends les définitions saussu­rien­nes mises en œuvre dans l’inter­pré­ta­tion lacanienne du freudisme.
En particulier : pour la foi, la démythisation du Res­sus­cité90), le témoignage, sont de l’ordre du signifiant, le Christ est le signifié. Le pain, le vin de la cène, le repas comm­nau­taire, sont des signifiants; la présence du Ressuscité, le vécu chrétien, l’expé­rience de la foi, sont le signifié. Sur le plan linguistique, il ne s’agit ni de symbole ni d’i­den­tification, mais plutôt de métonymie (la partie pour le tout « Un moteur » pour
« une auto », « une voile » pour un bateau) : un témoin pour Celui qui le déborde (voir Débordés par le Ressuscité, p. 85).
VST, p. signifiant et signifié : 112, 115, 144 ; métonymie, p. 219, 224, 228, 234
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TABLE DES MATIÈRES
Présentation, p. 5 : Penser la foi chrétienne en crise, p, 5 ;
L’intelligence de la foi dans une culture protestante, p. 5 ;
Faire de la théologie après la fin d’une ère de chrétienté constantinienne, p. 6 ;
Rendre compte de sa foi même au regard des mises en cause provenant de la déconstruction, p. 6.
Historique de mon travail, p. 7 : Reconnaissance de dette, p. 7 ;
Suite à donner, p. 8
Pour une élaboration plus avancée, p. 9 ;
Proposiiton de lecture, p. 10.
Liste alphabétique des entrées de l’Index raisonné p. 11
Premier groupe : la Parole, p. 15 : § Anthropologie théologique, p. 15 - antécédents philosophiques, p. 15 - données théologiques, p. 15 ;
§ Anthropologie de la parole de Dieu ,p. 16 ;
§ Bible, Écriture, Parole, p. 17 ; § Infra­bible, ultrabible, p. 17 ; § Vérités scripturaires, p. 18 ; § Cercle herméneutique de la parole de Dieu, p. 18 ;
§ Évan­gile, p. 18 ; § Faillite de l’Évangile, 18 ; § Évangélical, p. 18 ; § Canon biblique, p. 18 ; § Parole de Dieu , p. 19 ; § Moment de l’Évangile p. 19 ;
§ Obstacles, p. 20 ; § Heurt, p. 20 ; § Rebond, p. 21 ;
§ Révélation, p. 21 ; § Révélation en voie de formation et révélation opérationnelle, p. 21 ; miracle, p. 23.
Deuxième groupe : Théologie(s), p. 25 : §Théologie, p. 25 ; § Théologie et théographie, p. 25 ; § Théo­logie molle, armée, vertébrée, p. 25 ; § Théologie inductive ou déductive, p. 25 ;
§Tradition, p. 25 ;
§ Aporie, énigme, mystère, paradoxe, problème, p. 26.
Troisième groupe : questions d’épistémologie, p. 29 : § Axiome, p. 29 ; § Algorithme de Martin Luther, p. 29 ;
§ Irréductibles, p. 32 ;
§ Premier et Dernier, p. 35 : mise en perspective, p. 35 -univers des religions, p. 36 - pensée moderne, p. 37 - psychologie des profondeurs, p. 39sciences, p. 40 - retour à la notion de Premier et Dernier, p. 41 ;
§ Éléments de méthodologie, p. 42 : rappels, p.43, - aller à la racine, p. 44, - se tenir au plus près de la Source , p. 45, - prendre appui sur une terre ferme , p. 45, - procéder par sauts quali­tatifs finis, p. 46, - exemple : Anselme de Cantorbery , p. 48, - un gage de véracité p. 48, - une dimension universaliste, p. 49 ; § schéma récapitulatif , p. 49, - applications, p. 50 ;
§ Analogie p. 52 : - analogie de la foi , analogie de l’être , p. 52, - analogie de la grâce p. 53, - analogie du Royaume (ou du Règne), p. 53, - analogie contex­tu­ell, e p. 53, - analogie de l’idée, p. 54 ; § Asymptote, p. 54 ; § Vérité incommode et dérangeante, p. 54.
Quatrième groupe : l’être humain p. 55 : § Anthropique, démonique, pneumatologique, charismatique, paraclétique, p. 55 ;
§ La Source, p. 56 : - la qualité , p. 56, - incidence christologique, p. 58, - la pensée et la parole, p. 58 ; § Le Sujet (s-ad-sub-jet, p.61), p. 59 ; §Subjectivité, intersubjectivité, p. 62 ;
§ Image et ressemblance de Dieu, p. 62 ; § Ontologie, p. 64 ; § Centre de gravité ontologique, p. 65 ;
§ La Pensée p. 69 ; § Néant putatif, p. 70 ;
§ Autonomie ou liberté, p. 71 ; la Providence, p. 72 ; § Aptitude et capacité, p. 72 ; § Désir (libido), aspiration (desiderium), besoin, demande, p. 74 ; § Inconscient de la main gauche, p. 74.
Cinquième groupe : le monde et l’univers, p. 75 : § Actualité, p. 75 ; § Réalité proleptique, p. 75 ; § Réel, p. 76 ; § Virtuel, artificiel, imaginaire, utopique, vide, p. 76 ; § Concret ou vécu,, p. 76 ; § Conditions et circonstances p. 77 ;
§ Confusion, mutations, engendrement , p. 77 : - confusion , p. 77, - mutation, s p. 80, - engendrement, p. 79 ; § Engendrement, p. 79 ;
§ Culture, cultural, culturalités , p. 79 ; § Espace-temps, p. 80 ; § Alliance, p. 80 ; § Limite(s), logique des limites, p. 80 ; § Négativité, p. 81 ; § Adossement, p. 81, § Tension eschatologique p. 81 ;
§ Eschatologie réalisée ou actualisée, p. 81 ; § Panthéisme, panenthéisme, p. 82 ;
§ Le hors-Tout , p. 82 (incidences théologique, morale, mathématique p. 83, nihiliste p. 84) ; § Le Vide et le vide, p. 84.
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Sixième groupe : le Christ Jésus de Nazareth, p. 85 : § Messianique, p. 85 ; § Résurrection, p. 85 ; § Em­manuel-Ressuscité, p. 85 ; § Débordés par le Ressuscité, p. 85 ;
§ Corps de Christ p. 86 ; § Décen­tre­ment, p. 87 ; § Mythe christique ou messianique p. 87 ; §
Démythisation, p. 88 ; § Signifiant et signifié, p. 88.
Septième groupe : le Salut, p. 89 : § Urgence essentielle, p. 89 ; § Unique nécessaire, p. 89 ;
§ Quali­fi­ca­tion (temporalisation), p. 89 ;
§ Coïncidence, p. 90 ; § Médiation de la foi, médiatisations, médiations immanentes, immédiateté, instantanéité, p. 91 ;
§ Foi, p. 91 ; § Aujourd'hui du salut par la foi, p. 91 ; § Do­kimazein p. 92 ; § Donum et datum p. 93 ; § Écart spécifique de la grâce p. 93 ;
§ Changement de temps, d’histoire p, . 93 ; § Temps, histoire, temporalisations, temporalités, éternité, p. 93 - réflexion des historiens modernes sur l’histoire, p. 93, - réflexion concrète sur l’histoire, p. 94 ; § Salut dans l’histoire et pour l’histoire , p. 96 ; § Histoire sainte et salut dans l’histoire, p. 96 ; § Sortie des histoires saintes, p. 97.
Huitième groupe : l’Esprit Saint, p. 99 : § Pentecostal, p. 99 ; § Substance, nature, énergie, charisme, p. 99 ;
§ Esprit, p. 100 ; § Esprit d’adoption, p. 101 ; § Adoption, p. 101 ; § Élection ou sélection, p. 101 ; § Élection médiée, p. 101 ; § Prédestination médiée, p. 101 ;
§ Témoignage intérieur du Saint Esprit, p. 102 ; § Inspiration et effusion, illumination assistance, p. 102 ;
§ Cœur nouveau, p. 102 ; § Élargissement, p. 102 ; § Appropriation, p. 102 ; § Approfondissement, p. 103 ;
§ Manière(s) d’être (manière-s d’exister), p. 103 ; § Recréation de notre sub­jectivité, p. 103. ; § Wesen , p. 103 ;
§ Témoins, témoignage, p. 103 ; § Contre témoignage, p. 104 ; § Dé­chris­tianisation, p. 104 ; § Attestation externe du Saint Esprit, p. 104 ;
§ Accomplissement, p.105 ; § Genèse réciproque, p. 106.
Neuvième groupe : l’Église, p. 109 : § Église , p. 109 ; § Ecclesia , p. 109 ; § Unité, p. 110 ; § Unité lisible,
p. 111
Dixième groupe : le Saint Unique, p. 113 ; § Absolu, , p. 113 ; § Le Saint Unique, p. 114 : interpréta­tion de la Trinité, p. 115 ;
§ Transcendance, p. 119 : - A) données bibliques, p. 119 ; B) théologie chrétienne, p. 120 ; C) alternative du salut par la foi, p. 121 ; D) théologie déductive, théologie inductive, p. 123 ; § Bas­culement de la Transcendance sur nos transcendances, p. 123 ; § Transcendance tendancielle, p. 124 ;
§ Bien­veillance pédagogique de Dieu, p. 124
Onzième groupe : l’Éthique p. 125 : § La Valeur , p. 125 ; § Renversement non subversif de la Valeur et des valeurs, p. 126 ; § Éthique éthologique, p. 127.

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